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« Serviteurs de tous »

20 septembre 2015
25ème dimanche du Temps Ordinaire
Année B

Jésus leur demanda :
« De quoi discutiez-vous en chemin ? »
Ils se taisaient,
car, en chemin, ils avaient discuté entre eux
pour savoir qui était le plus grand.
S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit :
« Si quelqu’un veut être le premier,
qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »

Introduction :
La célébration d’aujourd’hui aura pour thème : la famille. Elle a été préparée par des membres de l’Atelier « Synode sur la famille » de notre communauté. Nous avons lu, donc, les textes de ce dimanche dans cette optique, à la veille de la deuxième session du Synode qui se tiendra à Rome du 4 au 25 octobre.
Vous n’ignorez probablement pas que ce synode a suscité des vifs débats, voire des positions violentes de la part de ceux qui sont opposés à toute inflexion doctrinale. Pour leur part, les évêques de France ont adopté un discours modéré et ont préféré demander à 26 théologiens d’éclaircir les enjeux. Ici, dans notre communauté, l’atelier synode poursuit ses réflexions et a produit un document intitulé « Discernement du CPHB – Saint-Merry vis-à-vis des familles » qui est à votre disposition.

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« Y-a-t-il encore une famille chrétienne ? » se demande d’un ton quelque peu provocateur le théologien André Paul. En effet, combien de chrétiens se reconnaissent encore dans le modèle officiel présenté comme immuable et qui ne tient pas compte des évolutions de la société ? La réalité c’est que la famille n’a pas toujours été la même et qu’on ne peut pas parler de « la famille » mais « des familles ». Et, en tous cas, ici, dans notre communauté, nos situations de famille sont, pour le moins, diverses et variées, comme il a été montré par les nombreux témoignages que nos avons donnés en réponse au questionnaire du pape. Ici, à Saint-Merry, tout le monde est accueilli à visage découvert car, comme nous le redit encore Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui : « Celui qui accueille en mon nom, c’est moi-même qu’il accueille »..
Les lectures du Livre de la Sagesse dans la Bible Hébraïque et de la Lettre de Jacques dans le Nouveau Testament nous invitent au discernement, question fondamentale quand on ne veut pas se résigner à obéir sans réfléchir et quand on revendique sa liberté de conscience ; faut-il suivre les traditionalistes ou faut-il suivre les progressistes ?
François, l’évêque de Rome, nous dit que le peuple de Dieu a du “flair“, il a le sensus fidei, le sens de la foi. Il nous invite à une nouvelle manière de faire église à partir de l’expérience humaine qui est source de théologie, une théologie vécue avant d’être théorisée. Notre propre histoire est notre source première de vérité.
L’évangile d’aujourd’hui nous invite à être « serviteurs de tous » pour devenir de véritables disciples du Christ. N’est-ce pas cela plus important que notre situation de famille ?
Nous entrons dans notre célébration : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit – AMEN !

Gerardo Ramos

Commentaire de la lettre de Jacques

On se demande bien comment notre pape François va s’en sortir avec les affrontements que l’on connaît autour du synode de la famille. Voilà qui pose clairement la question du discernement. Qui a raison, qui a tort ? Commençons par nous poser la question pour nous-mêmes… Est-ce que je me mets dans une disposition pour mieux discerner ? Et si je refuse que la vérité me soit imposée au travers de dogmes, comment accéder à la vérité ?
Je vous propose quatre pistes qui se sont dessinées lors de la réunion de préparation de cette célébration.

Première piste : Le texte de Jacques que nous venons de lire évoque combien notre cœur balance entre d’un côté désirs, convoitises, jalousie, aujourd’hui on dirait nos egos, et de l’autre – je cite Jacques – une sagesse qui est pure, pacifique, bienveillante, conciliante, miséricordieuse. Discerner c’est d’abord être au clair avec nous-mêmes, nos pulsions, nos aspirations, nos motivations : qu’est ce qui me tire vers le bas, qu’est ce qui me tire vers le haut ? Jacques nous dit aussi que pour éviter ce regard inquisiteur sur nous-mêmes, nous sommes souvent tentés de nous réfugier dans le conflit. Voilà qui mérite méditation…

Deuxième piste : Quand bien même nous sommes demandeurs de règles parce que c’est rassurant, et l’Eglise s’est empressée d’en édicter à la pelle… je ne crois pas que Dieu nous propose des solutions toutes faites. Dieu n’est pas un bouche-trou. Mais Dieu est celui qui offre son amour, et qui nous questionne sur ce qu’on en a fait. C’est plus exigeant et moins rassurant… Discerner, c’est se poser la question : comment je réponds à cet appel ?

Troisième piste : Un facteur primordial pour le discernement est la communauté. Pour nous, c’est Saint-Merry et la diversité de cette communauté est une richesse. Il n’y a pas de doute que nous discernerons bien mieux ensemble que seuls, à condition d’accepter de se laisser bousculer par l’autre, pour se laisser aussi bousculer par l’Autre. Je ne m’étends pas, c’est un thème souvent évoqué ici…

Quatrième piste : Le discernement, ce n’est pas seulement une affaire personnelle ou communautaire, ça se vit. Cette fameuse phrase du Christ « Je suis le chemin, la vérité, la vie », je le comprends, en reprenant les mêmes termes, comme : « La vérité se vit en cheminant avec les autres ». Une vérité n’est bonne à dire, que si elle est confrontée à une expérience de vie. La force du message du Christ, c’est justement d’avoir vécu la vérité qu’il nous annonce sur les chemins de Galilée, et de l’avoir vécue jusqu’au bout. Nous sommes la religion de l’incarnation. Toute parole désincarnée est vaine. Le discernement passe par l’exemple, le discernement passe par l’expérience de la vie, et l’on aimerait bien que les pères du synode ne l’oublient pas. Accueillir les gens comme ils sont, là où ils sont, et cheminer ensemble vers plus de vérité.

Michel Bouvard

 Commentaire de l’évangile de Marc

Les disciples ne comprenaient pas les paroles de Jésus et ils avaient peur de l’interroger.
Quand il nous arrive de ne pas comprendre ce que Dieu nous dit à travers Jésus,
– avons-nous peur, nous aussi, de l’interroger ?
– et même, n’avons-nous pas peur de nous interroger ?
– non seulement individuellement, mais à plusieurs, dans notre communauté.
Pourquoi aurions-nous peur de l’interroger ?
Pourquoi aurions-nous peur de nous interroger ?

Avons-nous bien entendu Jésus demander aux disciples comme à nous-mêmes :
« De quoi discutiez-vous entre vous ? »
– dans cet Atelier Synode sur la Famille ?
– dans votre communauté toute entière ?
– dans l’Eglise qui est à Paris ?
– dans les Églises de monde entier ?
– dans l’Eglise universelle ?
– dans ce synode ?
Jésus demande : « De quoi discutiez-vous entre vous au sujet de la famille, au sujet des familles. »
Comme qui dirait : « Cela m’intéresse ! »

Avons-nous bien entendu Jésus nous dire : « Quiconque accueille en mon nom, c’est moi qu’il accueille. »
Quand nous accueillons chacune et chacun dans la diversité de sa vie, de sa vie familiale, c’est donc bien Jésus que nous accueillons.
Et, au-delà, nous accueillons Dieu lui-même qui l’a envoyé pour vivre et comprendre nos multiples situations d’hommes et de femmes de son temps comme du nôtre.

Enfin, il nous est demandé d’être “serviteur de tous“, sans distinction, sans discrimination, sans jugement. C’est le sens de la parole prononcée par le Pape François : “Qui suisje pour juger ?“
ou plus récemment en recevant Mgr Jacques Gaillot et Daniel Duigou : « Bénir cela veut dire : Dieu pense du bien des personnes, Dieu pense du bien de toutes les personnes. »

Michel Bourdeau

Conclusion de l’offrande
– après l’offrande de nos vies…
– après avoir recueilli au sein de notre communauté, de nombreux témoignages sur nos différentes situations familiales,
– après avoir réfléchi à plusieurs et avoir demandé à Dieu de nous aider au discernement,
nous pouvons nous appuyer sur notre sens de la foi – sur notre sensus fidei
– pour réaffirmer ce que nous vivons actuellement au sein de notre communauté,- pour susciter de nouveaux engagements, de nouveaux services, vis-à-vis des familles.
C’est le sens du document “Discernement du CPHB Saint-Merry vis-à-vis des familles“ publié dans la feuille dominicale et dans le site du CPHB. Je le joins à nos offrandes, offrandes de nos vies…

Michel Bourdeau

 

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