« Un prophète pour les peuples »

Et nous, dans cette synagogue qu’est notre vie, à qui donnons-nous de fait des places de guides ? Où les cherchons-nous ?

­ 31 janvier 2016
4ème dimanche du Temps Ordinaire
Année C

Lectures
1ère lecture : « Je fais de toi un prophète pour les nations » (Jr 1, 4-5.17-19)
2ème lecture : « Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité » (1 Co 12, 31 – 13, 13)
Évangile : Jésus, comme Élie et Élisée, n’est pas envoyé aux seuls Juifs (Lc 4, 21-30)
.

‘Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm :
fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !’ »
Jesus leur dit  :
« Amen, je vous le dis :
aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays..

Accueil
Bonjour et Bienvenue à tous, amis réguliers et hôtes de passage qui venez découvrir notre communauté. Lors de la préparation, nous avons choisi de commencer cette célébration par un geste d’accueil envers notre voisin – poignée de main ou autre – dès maintenant, Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
« Un Prophète pour les peuples », c’est-à-dire pour tous les hommes, tel est le fil des lectures de ce jour, un appel adressé à chacun de nous – être prophète dans notre entourage et par notre vie.Dimanche dernier, dans « Parler la bouche pleine », un bel exemple de témoignage nous fut donné par Agnès Charlemagne. Pendant sept ans, elle amena des centaines d’adolescents, toutes confessions confondues, croyants ou non-croyants, au questionnement de l’existence de Dieu, présent ou absent, à voix haute et en commun, et par écrit. À l’entendre, les difficultés rencontrées ont été peu de choses eu égard à la richesse des retours.
Et c’est ainsi que, dans notre vie, Dieu nous envoie en mission de multiples manières par cette parole rude que rapporte Jérémie : « Toi, mets ta ceinture autour de tes reins et lève-toi », mais en nous assurant de son soutien.

Damien Pasquier-Desvignes

Commentaire sur l’évangile de Luc, 4, 21-30

En écoutant cet Evangile mouvementé, étions-nous l’un des auditeurs ?
Etions-nous là, dans cette synagogue qu’est notre vie ?
Retournons-y pour mieux écouter.

Notre évangile fait suite à celui de dimanche dernier que je rappelle : Luc y montre Jésus dans sa ville d’origine, lisant d’abord un passage d’Isaïe un peu similaire au départ à nos deux premiers textes : « L’esprit du Seigneur (…)  m’a consacré » avant de déclarer solennellement : « Aujourd’hui cette écriture est accomplie pour vous qui m’écoutez ».  L’évangéliste montre ainsi la place unique de Jésus qui ne fait pas qu’annoncer la Bonne nouvelle, mais  la porte avec lui, en lui. On dira même qu’il est cette Bonne nouvelle.
Or quelle gaffe de dire cela dans la ville où il a été conçu et a vécu : certes Luc a montré qu’il est déjà assez célèbre ailleurs, mais cette fois il l’a projeté au milieu de compatriotes qui l’ont connu avant son départ. Or ce sont des expressions ambiguës qui sont employées en grec : un « témoignage » peut être favorable comme défavorable, un « étonnement »  aller  de l’admiration au doute, et cette interrogation : « N’est-il pas le fils de Joseph ? » osciller entre l’acceptation et le refus d’un contraste aussi caractérisé.
Leurs opinions sautaient aux yeux de Jésus, d’où ses réactions dépourvues d’ambiguïté :
Certains dans la foule ont clairement entendu que le Temps de grâce est enfin arrivé : ils admirent que ce miracle, annoncé comme se réalisant dans leur aujourd’hui, démarre de leur propre synagogue, sous l’impulsion magistrale de quelqu’un qui leur est plus ou moins lié. Ils espèrent obtenir chez eux les merveilles qu’il a réalisées à Capharnaüm et même avec un traitement de faveur. Mais Jésus, bien  loin d’entrer dans ce jeu, montre que cette Bonne Nouvelle sera pour tous.
D’autres s’intéressent surtout à sa naissance et à son passé : apparemment les renseignements qu’ils se fournissaient les uns aux autres ne concluaient pas en sa faveur… Il ne déclare pourtant pas, comme le psalmiste ou comme Jérémie, qu’il a été choisi dès le sein de sa mère, mais leur donne une preuve ironique  de son droit  à parler ainsi, en citant à l’appui les exemples incontestables d’Elie et Elisée : « Vous, mes concitoyens, vous m’éjectez vous-mêmes de ma patrie ?! C’est bien la preuve que je suis un prophète, car nul n’est prophète en son pays ! »
Luc montre alors la colère de la foule : cela aussi, des prophètes l’ont connu et nos deux premiers textes y ont fait allusion.
Or il est assez logique que les prophètes de l’Ancien Testament se soient fait des ennemis puisqu’ils rappelaient alors essentiellement la « justice de Dieu » et « son salut » tant espéré (voyez encore nos deux premiers textes), à travers des menaces et des malheurs justifiés comme des châtiments.
Mais Paul, dans l’épitre que nous lirons tout à l’heure, montre en quoi les prophètes anciens sont dépassés ou partiels car c’est désormais l’amour de Dieu qui fait sonner juste nos vies. Et le texte de Luc montre que la façon d’être et d’agir de Jésus réalisait « la grâce » ( c’est le mot du texte ) annoncée par le prophète Isaïe lu dimanche dernier : les pauvres, les captifs, les aveugles, les opprimés, sur le plan physique comme affectif et spirituel, retrouvent avec lui leur dignité et leurs capacités. Ce temps de Jubilé qui s’ouvre, un temps de rémission offert par le Dieu de miséricorde,  cela ne fait-il pas écho à notre année 2016 ? La « grâce », le don, c’est la miséricorde de Dieu envers le peuple ou l’homme qui en a besoin, dont celui qui a raté sa cible ou pris un mauvais chemin.
Que se passe-t-il dans la synagogue alors … ? Certains qui auraient dû jubiler à l’annonce de cette grâce généreuse ne peuvent ni croire ni accepter que ce soit ce Jésus, fils de Joseph, un homme ordinaire, qui soit en capacité d’être un des facteurs clés de cette Bonne nouvelle.
Et nous, dans cette synagogue qu’est notre vie, à qui donnons-nous de fait des places de guides ? Où les cherchons-nous ?

Prophète central pour moi, méconnu pour un autre, chacun peut être prophète, lumière ... N'est-ce pas ainsi que rayonne l'amour de Dieu. ?
Prophète central pour moi, méconnu pour un autre, chacun peut être prophète, lumière. N’est-ce pas ainsi que rayonne l’amour de Dieu. ?

Acceptons que Dieu peut nous parler  même par la bouche d’un inconnu  ou d’un événement qui nous semblent loin de lui…

Et, si l’idée de devoir « être prophète » nous fait trembler, sachons que tous les jours, les autres nous écoutent et nous voient : que nous le voulions ou non, à notre mesure et dans cette synagogue qu’est notre vie, nous sommes tous prophètes pour les peuples.

Mi

 

 

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