A Madagascar, solidarité, équité… et belles rencontres

En mission à Madagascar où il soutient une entreprise de production d'huiles essentielles, Alain Prat exprime la richesse humaine et spirituelle de cette équipe

De la taille de la France plus le Benelux, « l’île rouge » compte 22 millions d’habitants dont 8o% disposent de moins de 2 dollars par jour, et 40% sont analphabètes. Très exposée au dérèglement climatique, la déforestation rampante de la chaine centrale continue… on brûle (tavy) les arbres pour faire du riz pluvial et on amorce ainsi l’érosion qui met à nue la roche, rouge.

Depuis des années l’incurie de la classe politique a dégradé le niveau économique de l’île qui se range maintenant dans les 10 derniers pays du monde pour le PIB. Le nouveau président élu tente de redresser la situation.

Aroma Forest, une SARL sociale et solidaire 

Dans cette conjoncture morose, je tente de donner espoir à une poignée de malgaches de cette petite société qui achète et produit des huiles essentielles ; elle est la propriété à 80% d’une association française qui m’a confié la gérance depuis 2011.

Après avoir redressé ses comptes par une gestion plus rigoureuse, je m’attelle à présent avec Adana, le directeur, à en faire une entité exemplaire au niveau de l’équité et de la solidarité, avec 3 règles essentielles :

  • le partage et la juste répartition des bénéfices en privilégiant les plus modestes : les actionnaires renonçant à recevoir des dividendes, les bénéfices servent à l’augmentation des revenus des salariés, et la consolidation du bilan.

  • aucun salaire inférieur au SMIC malgache égale à 40€/mois. Un instituteur de brousse n’en gagne que 30.

  • le resserrement de l’écart des revenus : Il ne dépassera pas 1 à 10 en 2017, grâce à une même augmentation de salaires en 2017, égale pour tous.

Adana, le directeur, en est pleinement d’accord. C’est lui qui transpose à l’échelle de la société, le fameux « fihavanana » (solidarité familiale), pivot de la culture malgache.

Et Dieu dans tout ça ?

A ma retraite, je ne suis pas parti à Madagascar pour rencontrer Dieu, mais davantage par inclinaison naturelle, pour une aide aux pays du sud. Et pourtant, quand je ne cesse de voir la saleté repoussante d’un Tana délabré, ou ses embouteillages catastrophiques, et que je m’efforce d’être « éveillé », ouvert à l’autre si différent, c’est Lui que je trouve bien souvent :

  • dans ce regard du passant, lourd d’inquiétude, mais qui trouve la force de répondre à mon sourire,

  • dans cette dignité de Niando, la cuisinière, qui me dit que rien ne compte plus à ses yeux, que de pouvoir payer, si chers, les frais de scolarisation de ses enfants,

  • dans cette droiture de Maheva notre magasinier qui loge sa famille dans 15 m2, fait quotidiennement 8km à pied pour économiser les 0,1€ de « taxi be » et emprunte 200€ pour célébrer son mariage religieux,

  • dans cette reconnaissance de Ravalo, le comptable, qui avoue avec des yeux brillants que le plus beau jour du mois est d’avoir reçu la partition intégrale de la messe brève de Haydn, car il est chef de chœur dans sa paroisse,

  • dans cette parole entendue d’Adana, le directeur : lui n’est rien mais c’est l’équipe qui fait tout.

Cette équipe qui m’accepte avec tant de confiance, de bienveillance, d’humilité sincère devant le vasaha, l’étranger, me projette au delà de mes égoïsmes, de mes jugements d’occidental et m’invite au partage (de mon superflu …). A leur tour, ils me font « toucher » ce que je crois être Dieu.

C’est bien cela, comme nous l’affirmons souvent à St Merry : les plus pauvres nous font « toucher » Dieu. Ils nous déplacent dans notre « chambre haute », celle qu’évoquent la bible, Etty Hillesum et Ghandi. Ils nous donnent le goût de Dieu.

Alain Prat, membre de l’équipe pastorale

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1 Commentaire

  • Alain, merci pour cet article sur ton engagement fraternel à Madagascar. Une petite remarque amicale : tu aurais pu mettre une majuscule à « une poignée de Malgaches », mandra pihaona, jm

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