A bas les reliques, vive les saints !

Décidément, depuis ma chronique du mois dernier, nous tombons de Charybde en Scylla.
J’apprends dans la Croix cette semaine qu’on a volé une fiole du sang de Jean-Paul II dans une église italienne, et par la même occasion qu’il existe deux autres fioles du même élixir exposées ailleurs. Après un instant de stupeur, j’ai senti une sainte colère monter en moi : quand les chrétiens en auront-ils fini avec le paganisme et l’idolâtrie ? Sans aller jusqu’à relancer la querelle des images qui a dégénéré en guerre religieuse dans le christianisme antique, sans aucun mépris pour certaines formes de piété populaires qui sont aussi respectables que parfois touchantes, (je pense aux pèlerinages, aux litanies…), il me semble qu’un certain ménage pourrait être fait autour du culte des saints : oui à la mémoire respectueuse et admirative, oui à la pédagogie de l’exemple, oui à la communion des saints, mais non au fétichisme et à la superstition.
Puisqu’il est question d’une mise-à-jour nécessaire et urgente des modes de fonctionnement de la Curie et d’un aggiornamento de la pastorale des familles, donc probablement du droit canonique, ne pourrait-on envisager quelques chantiers annexes, réévaluant pour leur faire un sort définitif les reliquats d’un fatras médiéval assez peu conforme à l’esprit de l’Evangile, depuis les tristement fameuses indulgences jusqu’à certaines pratiques autour des reliques, et de façon générale du culte des saints ? Autre nouvelle de la semaine, dont on ne sait si on doit se réjouir : un tarif unique a désormais été mise en place pour les démarches de canonisations, de façon à ce que ceux qui disposent de plus d’argent ne voient pas leur dossier avancer plus vite… « Faut-il pleurer ? Faut-il en rire ? » chantait Ferrat.
En parlant de la classe ouvrière, on a pu dire avec une certaine condescendance qu’il ne fallait pas « désespérer Billancourt ». Je me demande si la façon dont, soi-disant, on « respecte » la piété populaire, n’est pas en réalité la marque d’un profond mépris, comme si on estimait que certaines personnes seraient incapables d’entrer d’accéder à une foi intelligente. Même si la démarche de foi ne s’adresse pas qu’au cerveau, mais également au cœur et à la sensibilité, ne peut-on rester vigilant à demeurer au cœur de la Bonne Nouvelle de l’Evangile, dont les bouts de tissus trempés dans le sang des disciples sont non seulement absents, mais avec laquelle ils sont dans une large mesure parfaitement incompatibles ? N’y a-t-il pas d’autres gestes symboliques, d’autres rites un peu concrets, qui peuvent être proposés pour soutenir et accompagner la foi sans tomber dans le morbide et le culte d’un homme ou d’un objet ?
Allons, réjouissons-nous cependant : les premiers échos des réponses apportées par le peuple de Dieu au questionnaire sur la famille envoyé par le Vatican sont assez encourageants, une multitude de personnes ayant affirmé haut et fort que le langage employé comme le point de vue exprimé à travers ces questions montraient d’abord une urgence de mise-à-jour de notre Eglise, voire de mise-à-niveau de compréhension de la vie des hommes ordinaires par certains de nos clercs. Comme je suis une incorrigible optimiste, (née pendant Vatican II, ça aide), je pense qu’on va y arriver, avec l’aide de Dieu, de l’Esprit-Saint, du Pape François et de son G8, de tous les hommes de bonnes volontés, y compris (à commencer par ?) les femmes, et allez, je suis même assez encline à accepter l’aide des saintes et des saints, c’est vous dire si je suis prête à tout…

Blandine Ayoub

1 Commentaire

  • A propos du culte des saints, il arrive à st Merry – en cours d’Accueil – que des visiteurs
    traversent le chœur au pas de course (sans un regard) pour aller se prosterner devant ste
    Philomène … et même viennent faire « le ménage de SA chapelle »…..
    ou désirant mettre une « bougie » à la vierge, désirent une bougie portant une image de la vierge ayant leur préférence ……….. sinon pas de lumière;…..
    J’essaie parfois de leur dire que la pensée de leur cœur est tout aussi importante, ça ne passe pas,
    IL y a aussi le chômeur qui vient demander quel est le saint qui fait trouver du travail ?
    Souffrance, souffrance………… que ne fait-on en ton nom ?

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