A César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu

… tu es toujours vrai
et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ;
tu ne te laisses influencer par personne, …

Dimanche, 22 octobre 2017

PREMIÈRE LECTURE (Is 45, 1.4-6)
« J’ai pris Cyrus par la main pour lui soumettre les nations »
PSAUME (Ps 95 (96), 1.3, 4-5, 7-8, 9-10ac)
Rendez au Seigneur la gloire et la puissance.
DEUXIÈME LECTURE (1 Th 1, 1-5b)
« Nous nous souvenons de votre foi,
de votre charité, de votre espérance »
ÉVANGILE (Mt 22, 15-21)
« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »

Accueil

Bonjour et bienvenue à tous ; bienvenue aux habitués
et bienvenue aussi à vous amis de passage.
Que vous vous sentiez accueillis par la communauté.

Nous n’étions pas nombreux pour préparer cette eucharistie lundi soir.
Nous nous sommes trouvés devant des textes d’une grande richesse.

Le texte d’Isaïe mérite d’être situé dans son contexte historique.
En l’an 539 avant notre ère, Cyrus le grand,
roi de Perse, un grand conquérant,
s’empare de Babylone où les hébreux sont retenus en captivité.
Il les libère, les autorise à rentrer en Judée
et ordonne la reconstruction du Temple de Jérusalem.
Nous ne connaissons pas ses motivations,
mais les judéens voient en ce roi païen un instrument de Dieu.

Le contexte historique de l’Évangile de Matthieu est plus connu.

Ces deux textes nous invitent à réfléchir
aux relations assez délicates entre la foi et la politique.
Nous entrons dans notre célébration en lisant le texte d’Isaïe ;
au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Robert Picard

Commentaire

Les Pharisiens cherchent à piéger Jésus :
ils lui envoient leurs disciples accompagnés d’Hérodiens,
fervents partisans du roi Hérode
et de sa collaboration avec l’occupant romain.

Pharisiens et Hérodiens sont ennemis
mais ils s’associent pour faire tomber celui
qui menace leurs certitudes et leurs intérêts.
Et le faire condamner à mort à Jérusalem.

Le piège est bien ficelé :
Faut-il ou non payer l’impôt à César ?
-Si Jésus répond non, les Hérodiens le dénonceront
comme traître auprès des autorités romaines.
– S’il répond oui, les Pharisiens l’accuseront
de soumission à César,
de collaboration avec l’occupant et donc de trahison d’Israël.

= Dans les deux cas, Jésus est coincé.
Et il ne peut que se faire des ennemis.


Il va apporter une réponse géniale
en refusant de se laisser enfermer dans l’alternative : César ou Dieu ?
Que les Pharisiens lui montrent la monnaie qu’ils ont en poche !
On y voit l’effigie de l’empereur et une inscription qui le déclare dieu.
Scandale pour un juif !

Jésus leur fait remarquer : vous voyez,
vous vous servez de l’argent qui sert à payer l’impôt,
parce que vous acceptez de vivre dans le système régi par «César».
Puisque vous ne vous rebellez pas,
il est normal que vous donniez à l’Etat les moyens de sa gestion du pays.
Donc, rendez-lui les pièces qui lui appartiennent,
participez à l’effort collectif, servez le bien commun dans l’Empire.

Jésus refuse de diaboliser César mais il délimite clairement
le domaine de son autorité :
l’argent, les échanges économiques, l’organisation de la société.
Il invite les Pharisiens à rendre ce qu’il faut
à la puissance occupante, mais à pas plus qu’il ne faut.

« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu » : et donc,
n’adorez pas César comme un dieu, ne sacralisez pas son pouvoir.

C’est une nouveauté époustouflante : Jésus refuse
que le religieux envahisse toute la vie sociale
et que le politique exerce un pouvoir totalisant sur le religieux.


Une véritable subversion :
dans la démocratie athénienne et l’empire romain,
l’institution politique ne se distinguaient guère de l’institution religieuse.

La réponse de Jésus laisse ses adversaires sans voix.
Avec le recul des siècles, elle nous sidère par sa modernité.
Jésus ne sépare pas le spirituel et les affaires de ce monde..
Il ne les cloisonne pas.

Au contraire, il pose une relation forte entre eux.
Mais il s’oppose à leur confusion,
rappelle la nécessité d’une distinction  entre les deux.
Cet entre-deux difficile, c’est l’espace de notre liberté.


Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à travers l’histoire,
l’Eglise n’a pas toujours évité la confusion.
Nous connaissons encore ces dérives
le politique et le religieux se confondent.
Ce n’est pas réservé à l’islamisme …

Lors de la dernière présidentielle, nous avons vu cette dérive à l’oeuvre :
chez Sens commun ou avec Marion Maréchal le Pen.

Il y a encore quelques-uns qui rêvent de construire
au nom de leur foi un « contre-projet culturel et social»,
qui sont nostalgiques d’une société chrétienne,
d’une civilisation chrétienne, d’une politique chrétienne.

En réaction, nous voyons surgir une fausse conception de la laïcité :
certains voudraient cantonner les croyants au spirituel,
à la sphère privée, enlever le drapeau européen de l’Assemblée Nationale
sous prétexte que c’est un symbole marial !

Alors que la laïcité bien comprise,
tout en distinguant les domaines et en refusant la confusion,
reconnaît aux religion leurs forces de créativité sociale et politique.

Ces derniers temps, il a beaucoup été question du « vote catho ».
Certains se sont dits « de droite parce que chrétiens »
ou « de gauche parce que chrétiens ».
Dans les deux cas, ce « parce que » est problématique .

Ici même, nous avons pris part au débat public entre les deux tours.
Plusieurs d’entre nous ont signé des pétitions.
Il fallait le faire pour contre-balancer
la monopolisation de l’identité et du vote catholique par certains.

Mais, après coup, je m’interroge :
avons-nous assez exprimé la tension qui existe
entre notre foi et nos options politiques ?
Avons-nous assez clairement dit que nous,
nous refusions de réduire l’une à l’autre  ?
Sommes-nous vraiment convaincus qu’être catho
de droite ou de gauche est second par rapport à l’enjeu de la foi,
à la puissance de renouvellement de l’Évangile ?

Dire cela ne revient, bien sûr pas, à dire
que nous ne sommes nulle part. Tout au contraire .


L’évangile de ce jour nous invite
à ne pas trop simplifier le rapport foipolitique,
à maintenir une tension créatrice entre les deux.

Jésus nous provoque au discernement :
qu’est-ce qui est à César ? qu’est-ce qui est à Dieu ?

En disant «Rendez à César ce qui est à César»,
Jésus approuve les Hérodiens.
En ajoutant « rendez à Dieu ce qui est à Dieu »,
il approuve les Pharisiens.

Ce faisant, il déplace les certitudes de tous ses adversaires.

Et il nous déplace au passage.

Claude Plettner

Envoi

Voici le moment venu de nous disperser ;
c’est aussi le moment de l’action.

L’action politique peut revêtir des formes très diverses ;
nous pouvons par exemple,
être à l’écoute de la détresse de la population de Gaza.
Les écouter, c’est déjà les reconnaître et les faire exister.

Dans tous les cas nous devons éviter
de sacraliser nos options politiques.

Pour l’illustrer,
vous me permettrez de citer une formule
dont on nous a rabattu les oreilles lorsque j’étais jeune
_il y a bien longtemps _
mais qui est un peu oubliée actuellement.

C’est une phrase d’Emmanuel Mounier :

« Nous ne nous engageons jamais
que dans des combats discutables
sur des causes imparfaites.
Refuser pour autant l’engagement
c’est refuser la condition humaine. »

Robert Picard

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