À Emmaüs, en passant par Saint-Merry

Peut-être quand nous serons enfin déconfinés, pourrons-nous aller regarder plus attentivement le grand tableau central de la chapelle de communion, de Saint-Merry ? Elle porte son nom à cause de ce tableau de Charles-Antoine Coypel que Nicolas Haeusser (filmé par Frédéric Ferlicot) commente en le resituant dans les lieux. 

En complément, quelques mots très profanes et légers sur l’artiste qui se lança dans cette grande toile pour un décor à la pointe de la mode du jour et innovant : 

Ce Parisien, né en 1694, le peignit trois ans avant sa mort en 1752 et il en fit peut-être don à l’église car les archives disent qu’il reçut une montre en or. Habitait-il tout près et était-ce sa paroisse ?  

Il peignait certes, mais il était aisé et (ou car ?)  il était très actif  par ailleurs. Il était né dans un milieu artistique  fécond et reconnu : il était le fils d’Antoine Coypel, sculpteur célèbre,  et avait pour grand-père  Nicolas-Noël Coypel dont on peut admirer également à Saint-Merry «  Jésus et la samaritaine » ( 1684).  Charles,  habile politicien a su profiter de ces atouts. Il a peint, certes, lui aussi mais a également accédé à de très hautes charges pour administrer l’Art en France, sous la Régence et sous Louis XV, en pleine période baroque, ici un baroque assez sage. (Nous n’aborderons pas ici le thème religieux traité par le tableau).

Il écrivit aussi une quarantaine de pièces de théâtre, d’où peut-être la mise en scène de cette toile : amples rideaux pour mettre en valeur les « acteurs » de cette scène, escalier et balustres pour la rendre majestueuse et imposante, perspective sur un ciel bleu qui éclaire et aère le tableau tout en y ajoutant une forte valeur symbolique, le tout s’insérant facilement dans le décor réel qui l’entoure…  

Parmi ses pièces, une comédie à demi-sérieuse intitulée La Poésie et la Peinture, où il comparait, en homme qui les pratiquait, ces deux arts. 

De ces quarante pièces (une par an !!), il n’en publia qu’une mais elle fut jouée par un acteur que vous connaissez tous, si !… C’était une petite comédie pleine de folies et de rebondissements intitulée Les Folies de Cardenio. Il la publia en 1720 et elle fut jouée aux Tuileries l’année suivante par le plus « grand » des acteurs possibles en France… Vous ne trouvez toujours pas  qui y joua ?   Elle fut donnée avec des intermèdes chantés et des ballets interprétés par soixante-huit danseurs, professionnels et courtisans, parmi lesquels, âgé de dix ans, mais déjà roi depuis cinq ans, le jeune Louis XV… 

C’est vous dire le succès qu’ils ont eu tous deux   : Charles Coypel n’avait que vingt-sept ans à l’époque.

                                          Marguerite Champeaux-Rousselot

Déconfinez-vous  chez vous !

A propos de ce tableau,  baladez-vous en  allant  voir de près le tableau et la chapelle  dans le diaporama ( sans son   mais riche en images, et muni de commentaires  choisis ) qui se trouve sur le site de VoiretDire : http://www.voir-et-dire.net/?Saint-Merry-et-ses-oeuvres-majeures

Petit clin d’oeil que nous fait l’actualité : baladez-vous encore en  allant sur la placette  à côté de Saint-Merry :! La première œuvre du Socle (Untitled) en 2020  y évoquait  plus ou moins une sculpture d’Antoine Coypel, le père de  ce Charles-Antoine  Coypel .

Pourquoi ai-je écrit «  plus ou moins » ? Pour aiguillonner votre curiosité  ! Mon expression fait allusion  au caractère intentionnellement  déstabilisant  de cette  oeuvre  contemporaine  que vous pourrez voir et mieux comprendre ( plus que moins ! )  en lisant  cette analyse  de Voir et Dire : http://www.voir-et-dire.net/?RERO-et-Stephane-PARAIN-Untitled-LOADING   

Pour en savoir plus sur l’église de Saint-Merry

https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Paris/Paris-Saint-Merry.htm

  • «L’église Saint-Merry, arts et architecture», brochure éditée par la paroisse
  • «Paris d’église en église», éditions Massin, 2007
  • «Notice sur la vie de saint Merry et Office pour le jour de sa fête», Paris, 1858
  • «Les églises de France, Paris et la Seine» par Maurice Dumoulin et Georges Outardel, article sur Saint-Merry par Maurice Dumoulin
  • «Mémoire au sujet des vitraux anciens dans les églises de Paris» par M. Lafaye, Paris 1871
  • «Corpus Vitrearum, Les vitraux de Paris, de la Région Parisienne, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais», Éditions du CNRS, 1978
  • «Église Saint-Merry de Paris, histoire de la paroisse et de la collégiale (700-1910)» par M. l’abbé Baloche, Librairie Oudin, 1906
  • «Les églises flamboyantes de Paris» par Agnès Bos, éditions Picard, 2003
  • «Vitraux parisiens de la Renaissance», Délégation à l’Action artistique de la ville de Paris, 1993    

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