À l’heure du péplum

Arles est redevenue, pour une semaine, « Arelate », la ville romaine ainsi nommée par César. Un camp militaire est dressé à La Verrerie, des gladiateurs se battent dans le kiosque à musique... Le journal de Jean Verrier

Mardi 26 août. Je ne peux pas, dans cette chronique, laisser passer le jour de la fête de saint Césaire, évêque d’Arles depuis 503 jusqu’à sa mort en 543. Il était né en Bourgogne vers 470. Disciple de saint Augustin, il fut tracassé par le roi wisigoth Alaric, qui était arien ce qui n’arrangea pas les choses, puis par le roi Théodoric. Il a laissé de très nombreux sermons qui donnent beaucoup de renseignements sur la vie à Arles au début du 6ème siècle. C’est le patron de la petite église que nous voyons de nos fenêtres.

 

« ...une vieille maison avec séchoir en encorbellement »
« …une vieille maison avec séchoir en encorbellement »
« La Maison de retraite perchée sur la colline »
« La Maison de retraite perchée sur la colline »

Mercredi 27 août. Nous avions projeté depuis longtemps de profiter de cet été arlésien 2014 pour rendre visite en famille à notre Tante Marthe, âgée de 95 ans, qui vit depuis quelques années dans une maison de retraite à Vinay « capitale de la noix » (abusivement dite de Grenoble), dans la vallée de l’Isère. Les uns sont venus de l’Ardèche à l’ouest, les autres de Lyon au Nord, une autre de Villars de Lans à l’est, et nous, d’Arles au sud. Petite surprise en arrivant quand nous avons nous vu, de loin, sous la Maison de retraite perchée sur la colline, comme une légende au bas d’une photo, mais en lettres monumentales : « 121ème rosière ». Il ne s’agissait pas de fêter notre tante, qui est pourtant bien méritante, mais d’annoncer une manifestation, très « dix-neuvième siècle » (voir Maupassant) qui se perpétue à Vinay depuis 1863. Bonheur de tante Marthe que nous avons pu faire venir dans notre « gîte », une vieille maison avec séchoir en encorbellement, pour faire la connaissance de ses arrière-petits-neveux, et revoir neveux et petits-neveux. Notre hôte est né à Arles et nous avons évoqué avec lui son quartier du Trébon. Depuis samedi dernier nous avons fait bien des balades dans le Vercors et même jusqu’au monastère de Chalais, en Chartreuse, que Gretchen Amussen, notre amie saint-merrienne, connaît bien. Ah, le soleil n’éclaire plus tous nos matins et les brouillards de la montagne ont parfois tiré un rideau gris sur le bleu du ciel. Nous apprenons même par Le Dauphiné libéré qu’une tempête a secoué le gouvernement. Chacun repart chez lui, retrouverons-nous demain notre été arlésien ?

« Tante Marthe, 95 ans : ses arrière-petits-neveux, petits-neveux et neveux »
« Tante Marthe, 95 ans : ses arrière-petits-neveux, petits-neveux et neveux »
« Oui le soleil est au rendez-vous »
« Oui le soleil est au rendez-vous »

Jeudi 28 août. Oui le soleil est au rendez-vous, il est même venu au devant de nous et nous a accompagnés tout au long de la vallée de l’Isère puis de celle du Rhône. Beaucoup de voitures remontent du Sud vers le Nord. Pour nous la voie est libre et l’été n’est pas fini ! Mais nous ne retrouvons pas tout à fait Arles. Arles est redevenue, pour une semaine, comme chaque année à pareille époque, « Arelate » (la ville au milieu des marais, comme elle fut nommée par César en 49 av. J.-C.). Un camp militaire est dressé à La Verrerie, des gladiateurs se battent dans le kiosque à musique, la coiffeuse propose des coiffures à la romaine, le boucher Genin, de la Roquette, petit-fils de boucher arlésien, s’est fait photographier dans sa vitrine en romain, et on peut manger romain à la Taberna. Le marchand de sushis a fermé provisoirement boutique.

 

 

 

« Ce matin, film et conférence à la Médiathèque, dans l’ancien Hôtel-Dieu... »
« Ce matin, film et conférence à la Médiathèque, dans l’ancien Hôtel-Dieu… »
« ...devenu Espace Van Gogh en souvenir du séjour qu’y fit le peintre »
« …devenu Espace Van Gogh en souvenir du séjour qu’y fit le peintre »

Vendredi 29 août. Et ça continue : ce matin, film et conférence à la Médiathèque (dans l’ancien Hôtel-Dieu devenu Espace Van Gogh en souvenir du séjour qu’y fit le peintre) sur les fouilles de la Verrerie et la maison romaine. Alain Genot, qui les codirige, nous apprend que le beau rouge pompéien des murs de la maison du 1er siècle que nous avions pu admirer il y a juste un mois a noirci en 48 heures, et que c’est irréversible. Cela m’a fait penser à un épisode de Roma Fellini. Ils devront prendre plus de précautions pendant la prochaine campagne. Ce soir et jusque tard dans la nuit, dans le Théâtre romain, dernière séance du 27ème Festival du Film Peplum. C’est aussi l’heure, légèrement avancée par rapport au début de l’été, de l’attaque des moustiques, aussi on vous propose gracieusement à l’entrée une petite vaporisation de produit Cinq sur cinq Tropic. Au programme : Le Roi des rois de Nicholas Ray, un film de 1961. D’ordinaire on vient là pour rire en famille d’un prétentieux navet, et l’on applaudit aux scènes les plus abracadabrantesques. Je ne savais pas que Le Roi des rois raconte la vie de Jésus version Hollywood. Ce n’est pas un chef d’œuvre, mais il y a peu matière à rire, on y voit un beau Jésus roux aux yeux bleus, quelques essais pour sortir des images figées, un développement du rôle de Barabbas, d’immenses foules et de magistrales manœuvres militaires qui complètent bien celles qui sont en ce moment données en ville.

Jean Verrier

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