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À propos de la reconnaissance

Phoenix, le film de Christian Petzold, se déroule en Allemagne en 1945. Une femme juive sort d’Auschwitz, le visage couvert de bandelettes. Elle est défigurée par une balle. Un médecin l’opère en lui déconseillant formellement de retrouver son visage d’avant. Elle n’aspire qu’à retrouver son mari et c’est ce qui se produit mais il ne la reconnaît pas car il la croit morte. Il lui demande de bien s’exercer à jouer le rôle de sa femme car il y a un héritage conséquent à la clef. Elle obéit à ses injonctions. D’après lui, personne ne se posera trop de questions. C’est en jouant du piano pendant que sa femme chante qu’il comprend que c’est elle avec son bras tatoué.

Le thème principal de ce film est, bien sûr, la reconnaissance. Quand et à quelles conditions a-t-elle lieu ? Le mari n’a pas trop envie de reconnaître sa femme car c’est lui qui l’a dénoncée aux nazis.

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Et nous, qu’est-ce qui nous empêche de reconnaître des personnes que nous avons déjà rencontrées à Saint-Merri à la sortie de la célébration ? Notre faible mémoire des visages ou des noms ? Nous intéressons-nous aux gens différents de nous ? Reconnaître, c’est se rappeler non seulement les visages mais les qualités et les défauts. C’est en quelque sorte être reconnaissant.

Nous sentons-nous nous-mêmes reconnus ? Qui nous fait comprendre que nous sommes reconnus de Dieu ?

Marie-Hélène Terrier

Billet du dimanche 15 mars 2015

2 Comments

  • Reconnaître quelqu’un à la sortie de la célébration, c’est aussi partager une partie de soir. Nous avons déjà partagé, certes. Mais ce partage est ce qui nous lie, notre foi en Dieu. Reconnaître l’autre hors de St Merry, c’est accepté de se livrer un peu soi-même, de se donner un peu soi même.
    Alors, aurais-je réellement l’énergie, l’envie, la générosité de donner?
    C’est aussi accepter que nous ne soyons pas toujours généreux, accepter de se laisser bousculer dans ses certitudes, dans son confort.

  • J’ai vu ce film récemment et j’aime bcp votre méditation sur la reconnaissance. Mais reconnaître qqn présuppose l’avoir connu ou le connaître déjà. Lors des célébrations, nous pouvons vivre un temps de communion et d’unité assez profonde avec des personnes connues ou inconnues…et à la sortie nous nous retrouvons face à la multiplicité des visages et des sujets de conversations , dans des relations à la foi plus personnelles et superficielles. D’où peut-être une certaine difficulté à changer de registre un qq instants; une certaine timidité à la pensée qu’il y a dans une personne tellement plus que son apparence ou son discours. C’est pourquoi j’ai apprécié les groupes carêmes qui sont (entre autres) une occasion de mieux nous connaître au-de-là d’une complicité un peu convenue.
    Pour en revenir au film, rien ne dit – me semble-il- que le mari ait dénoncé sa femme aux nazis…ça ne cadre pas tout à fait avec le personnage par ailleurs assez brut de décoffrage, brutal et opportuniste. Il est dit qu’elle a été arrêtée le 4 du mois et que le 6, il a été vu à la commandantur…j’imagine plutôt …qu’il est allé après coup donner des gages d’allégeance au régime afin que sa position ne soit pas compromise du fait qu’il a été marié à une femme juive…cette dernière scène de « reconnaissance » le montre finalement assez ému voir boulversé. S’il a aimé cette femme sans doute n’est il pas allé jusqu’à la dénoncer aux nazis!

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