A qui irions-nous ?

… personne ne peut venir à moi
si cela ne lui est pas donné par le Père.

Dimanche 26 août 2018

PREMIÈRE LECTURE (Jos 24, 1-2a.15-17.18b)
« Nous voulons servir le Seigneur,
car c’est lui notre Dieu »
PSAUME (Ps 33 (34), 2-3, 16-17, 20-21, 22-23)
Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !
DEUXIÈME LECTURE (Ep 5, 21-32)
« Ce mystère est grand :
je le dis en référence au Christ et à l’Église »
ÉVANGILE (Jn 6, 60-69)
« Seigneur, à qui irions-nous ?
Tu as les paroles de la vie éternelle »

Commentaire de la première lecture et de l’Evangile
« A qui irions-nous ? »

Lors de la préparation, cette question s’est immédiatement imposée comme le fil conducteur des textes de ce jour. Question qui, en fait, n’en est pas une, puisque la réponse de Pierre fuse comme une évidence : « Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu ». Pour moi aussi, la foi est une évidence, et c’est probablement le cas de beaucoup d’entre nous, du moins pour celles et ceux qui, comme moi, ont été élevés dans la tradition chrétienne, et fréquentent les églises depuis leur plus jeune âge. C’est tellement une évidence pour moi que je n’arrive absolument pas à me mettre à la place de celles et ceux qui ne croient pas, comme les athées, ou qui croient en d’autres dieux. Si j’apprécie toujours autant de visiter les temples bouddhiques en Asie, cela me reste fondamentalement et irrémédiablement étranger, alors qu’à l’inverse, je n’arrive pas à me représenter ce que peut ressentir un athée ou un non chrétien en entrant pour la première fois dans la cathédrale de Strasbourg ou dans une petite chapelle romane. La foi est pour moi une évidence, et pourtant, j’ai les plus grandes difficultés à en parler, je suis dans l’incapacité de dire ce que représente pour moi la joie de Pâques, notamment auprès d’amis qui ne croient pas, peut-être justement parce que la foi s’impose trop à moi, comme si j’étais enfermé en elle. Alors pour que cette évidence ne soit pas un simple automatisme, encore faut-il accepter de se laisser bousculer.
Dans la première lecture, il n’y aurait pas eu cette affirmation extraordinaire de la foi du peuple d’Israël sans cet éloignement et sans l’interpellation de Josué. Dans l’Évangile, il faut d’abord que la parole trouve une opposition forte (« cette parole est rude, qui peut l’entendre ? »), il faut que Jésus bouscule pour que Pierre puisse affirmer « Tu as les paroles de vie éternelle ». Il faut que Thomas doute de la résurrection du Christ pour qu’il puisse dire « Mon Seigneur et mon Dieu ». Sans le doute, il n’y a pas de foi, car le doute est la condition de notre réponse parfaitement libre. Nous sommes libres de suivre Jésus ou de ne pas le suivre, tels ces compagnons qui ont cessé de l’accompagner et que Jésus a laissé partir, sans chercher à les retenir. Jésus lui-même connaîtra ce doute de la foi, mais au plus profond de l’angoisse, il a continué à faire confiance à son Père. Et de la même manière, malgré le reniement de Pierre, malgré nos lâchetés et nos
abandons, Jésus continue de nous faire confiance si nous lui manifestons notre foi. Voilà qui est plutôt rassurant ! Il est grand le mystère de la foi, comme nous le dirons tout à l’heure lors de l’anamnèse, et pour moi, ce grand mystère, c’est que je ne sais toujours pas pourquoi je crois alors que d’autres ne croient pas. Peut-être faut-il tout simplement que j’accepte que c’est un don du Père, mais ce don me paraît si
précieux que je trouve dommage voire injuste que d’autres ne sachent pas le reconnaître.
Mais dans tous ces questionnements, j’ai une certitude : sans la foi, je vivrais certainement moins bien. Alors, rien que pour cela, sans être sûr de bien comprendre, sans être certain de savoir où cela me mène, mais sans me soucier du qu’en dira-t-on, j’ai envie de dire, à la suite de Pierre « à qui irais-je Seigneur ? tu as les paroles de la vie éternelle ».

Vincent Moreau
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