Polyptyque des œuvres de miséricorde du Maître d’Alkmaar (1504), Rijksmuseum, Amsterdam. « Nourrir les affamés » (détail).

Accueillir, protéger, promouvoir, intégrer

Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples.
Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit :
« Voici l’Agneau de Dieu. »

Dimanche 14 janvier 2018

PREMIÈRE LECTURE (1 S 3, 3b-10.19)
« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute »
PSAUME (39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd)
Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté.
DEUXIÈME LECTURE (1 Co 6, 13c-15a. 17-20)
« Vos corps sont les membres du Christ »
ÉVANGILE (Jn 1, 35-42)
« Ils virent où il demeurait,
et ils restèrent auprès de lui »

Introduction à la célébration

Bonjour, visages familiers, sourires amicaux, bonjour nouveaux venus, bienvenue à tous !
Nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, qui revient tous les ans, depuis 1914…Dans le monde, toutes les paroisses et communautés catholiques sont invitées à célébrer cette journée, dont le thème est toujours donné par le Pape. Cette année,
François a écrit un message pour le 14 janvier 2018… à la date du 15 août 2017, soit 5 mois
avant, autour de 4 verbes Accueillir, Protéger, Promouvoir et Intégrer, qu’il développe et
décline en propositions concrètes, très concrètes. Nous pourrons y revenir.
Mais cela dit bien, déjà, l’importance de la question des migrants pour les chrétiens, et pour la
société civile ! Depuis l’été 2015, les morts en Méditerranée, les photos d’enfants, les vidéos
des longues marches de personnes fuyant la guerre ont envahi les écrans -petits et grands- les
journaux, les radios. Et tout récemment chez nous, apparaît au premier plan la question de la
modification des lois – ou la rédaction de circulaires- qui encadrent le séjour des étrangers en
France, demandeurs d’asile ou migrants.
Les chrétiens, globalement, ne peuvent pas/plus ignorer ni écarter le sujet : le Pape François y
revient, inlassablement, il y a deux semaines encore dans son message de Noël et dans celui
du 1 er janvier, le Diocèse de Paris s’en est saisi et, à travers le Vicariat à la Solidarité, il prend
des initiatives auxquelles quelques-uns d’entre nous ont participé : il faudra aussi en parler.
Il y avait donc moyen d’organiser cette célébration autour de l’actualité, avec l’énoncé de
quelques chiffres –officiels-, avec des explications sur l’attitude des associations, avec des
exemples de situations insoutenables. Mais les textes du jour nous ont arrêté sur cette voie :
blocage complet, aucun rapprochement entre l’actualité des migrants et le Livre de Samuel ou
l’évangile de Jean … Alors nous sommes revenus aux textes : une lecture plus attentive nous
a fait entendre une petite musique, douce, insistante, patiente, répétitive même, la musique
d’« un appel » : oui, avec ou sans médiateur, Dieu appelle, Il appelle Samuel (aidé par Eli), Il
appelle André, puis Simon amené par André, Pietro nous en dira plus tout à l’heure.
Dieu nous appelle aujourd’hui, Il appelle chacun de nous dans son histoire, encore et encore.
Il nous désigne le migrant et le réfugié, le frère cherchant à vivre près de nous, avec nous. Et
le Psaume 40 que nous allons lire longuement, d’abord intériorisé, est comme un cri de
l’homme vers Dieu.
Dans cette célébration, dans notre prière, essayons de faire silence, de prêter l’oreille, de
laisser l’appel nous toucher au cœur,
au nom du Père, du Fils et du St Esprit

Céline Dumont
Mathis Grünewald, Crucifixion, retable d’Issenheim (1516), Musée Unterlinden de Colmar.

Commentaire

Les textes du jour imposent parfois des acrobaties redoutables quand on cherche un fil rouge, si ténu soit-il, ou une trame plus visible. Eh bien non, circulez, il n’y a rien à voir… Quel est le rapport entre la journée des migrants que l’Église célèbre aujourd’hui et les textes que nous venons d’entendre ? À une première vue, aucun. La Bible, pourtant, fourmille de références au chemin, à la route, au dépaysement, au déracinement, à la déportation, à l’exil. Le Christ lui-même est un rabbi itinérant, qui se présente à ses disciples par ces mots : « Je suis la Voie » (Jn 14,6).

Rien à voir, donc ? Pas si sûr. Car au fond il ne s’agit que de cela : d’écouter et de voir. Oubliez les acrobaties exégétiques, les doubles sauts au trapèze de l’allégorie, la recherche de liens insoupçonnés, de résonances mystérieuses. La seule acrobatie que les textes autorisent est celle d’un index pointé, d’un doigt qui montre le Messie. Mais avant de voir, il faut écouter. Exercice qui demande un certain entraînement, surtout si – comme Samuel – on est réveillé en pleine nuit. Pas une seule fois, mais bien deux, trois…

Décidément, ce Dieu-là qui dérange ses serviteurs la nuit est aussi importun qu’un message par Whatsapp à trois heures du matin. Et j’en connais qui – pour ne pas être réveillés – seraient prêts à se boucher les oreilles comme la vipère sourde du psaume 58. (Ne me demandez pas comment les vipères se bouchent les oreilles ; pour une acrobatie, c’en est une : lisez le psaume).

Samuel, lui, il se réveille. Mis sur la voie par le prêtre Éli, il fait confiance, il se dispose à l’écoute, en disant : « me voici ! », sans se douter qu’il va écouter une réprimande en bonne et due forme contre la maison d’Éli, coupable de s’être détournée du Seigneur.

Mathis Grünewald, Crucifixion, retable d’Issenheim (1516), Musée Unterlinden de Colmar. « Jean le Baptiste montre le Christ crucifié » (détail).

S’il y a des « voici » de lâcheté – comme celui de Pilate qui livre Jésus aux bourreaux en disant : « Voici l’homme » (Jn 19,5) – il y a des « voici » qui disent la foi, la disponibilité à l’engagement total, au don de soi, en ayant fait taire la voix des idoles ou des convenances personnelles et politiques. Face au Très–Haut, l’intelligence du cœur et de l’écoute se résume en ces deux mots : « Me voici ». Et il en est de même face au Très–Bas, à ce Jésus que Jean le Baptiste désigne comme l’Agneau de Dieu. « Voici l’Agneau de Dieu ». C’est un index que Jean pointe vers Jésus comme dans le panneau de la crucifixion de Mathis Grünewald, au centre du retable d’Issenheim. « C’est Lui, c’est bien Lui, écoutez-le ».

Pour la deuxième fois cette formule – « agneau de Dieu » – résonne dans l’Évangile de Jean, et seulement chez Jean. Dans les Actes des apôtres (8,32) et dans la Première Lettre de Pierre (1,19), « l’Agneau de Dieu » devient simplement « l’Agneau ». Ainsi que dans l’Apocalypse, véritable symphonie à la gloire de l’Agneau, où le terme revient vingt-huit fois.

Cette image peut nous paraître étrange ou naïve. Dans l’Évangile, elle renvoie à tout un arrière-plan biblique, au « serviteur souffrant » d’Isaïe, au chapitre 53 : « comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent » ; mais aussi à l’agneau pascal.

Proclamer le Christ comme « l’Agneau de Dieu », le fils de Dieu, le Messie, c’est reconnaître en Lui le même Jésus qui nous a indiqué les critères, la seule charte qui compte pour ceux qui veulent le suivre : « j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli » (Mt 25,35).

Finies les acrobaties. « Les chrétiens ont toujours accordé un privilège au prisonnier, au réfugié, au pauvre ou à l’étranger », écrit Michel de Certeau. Et il ajoute : « J’y vois le signe concret et aussi le test pratique d’une structure essentielle à la foi et à la charité dans le christianisme » (L’Étranger ou l’union dans la différence, Desclée de Brouwer, Paris, 1991, pp. 16-17).

Signe concret, test pratique. En d’autres termes, l’accueil du migrant, du réfugié, de l’apatride n’est pas de l’ordre du facultatif ou, pire, de l’accessoire, car il est constitutif de la foi. Ainsi que le répète le pape François, les pauvres, les exclus, les migrants sont « la chair du Christ ».

Polyptyque des œuvres de miséricorde du Maître d’Alkmaar (1504), Rijksmuseum, Amsterdam.

Au Rijksmuseum d’Amsterdam, le polyptyque d’un peintre flamand du XVIe siècle, le Maître d’Alkmaar, illustre bien cette réalité. Dans chacun des sept panneaux consacrés aux sept œuvres de miséricorde, dans la foule des différents personnages, se cache le Christ – il faut s’attarder un peu pour le trouver. Car il est lui-même l’affamé, l’assoiffé, le malade, le pèlerin…

Voilà pourquoi nous ne pouvons pas nous taire : il ne s’agit pas de bons sentiments – vrais ou faux –, ni d’une simple question d’humanité – même si l’on peut être atterré par le « déni d’humanité » érigé en programme de gouvernement. Ce n’est pas non plus de l’indignation à peu de frais.

Polyptyque des œuvres de miséricorde du Maître d’Alkmaar (1504), Rijksmuseum, Amsterdam. « Vêtir ceux qui sont nus » (détail).

C’est le seul test qui nous est proposé. Et qui se traduit nécessairement en cri de révolte et en action politique. Non, ce n’est pas en notre nom, a eu raison François Sureau de nous le rappeler dans La Croix du 2 janvier. Pas en notre nom que l’on arrache et l’on brûle les couvertures des migrants, que l’on refuse de l’eau chaude ou de quoi se nourrir, que l’on attribue au compte-gouttes – pour des calculs politiciens – le droit d’asile, que l’on approuve la scandaleuse circulaire qui autorise les contrôles dans les Centres d’hébergement d’urgence, que l’on bafoue les droits de l’homme, au nom de la realpolitik, si peu réaliste, en vérité.

C’est cette expression-là qui nous engage – non pas celle de Pilate, mais celle de Jean : « Voici l’Agneau de Dieu ». Et c’est à ce témoignage-là que nous ne pouvons pas nous dérober. Ainsi nous pourrons dire, avec le psalmiste, « Seigneur, tu le sais ! / Je n’ai pas caché ta justice au fond de mon cœur » (Ps 40,10-11).

Pietro Pisarra

Prière universelle


Protéger
Chaque personne est un être humain unique, qu’il soit migrant, étranger ou citoyen français, demandeur d’asile ou dans l’illégalité.  La société se doit de protéger la vie de chacun,  sans trier, dans son intégralité et dans le respect de sa dignité. 

Donne nous Seigneur, la force de défendre,  quelque soit les circonstances, ce droit fondamental de vivre dans des conditions respectueuses

Intégrer
Tous, autant les migrants que nous-mêmes , nous avons besoin pour exister de nous sentir reconnus dans notre richesse et notre originalité.Chacun doit pouvoir donner et recevoir.

Seigneur, Toi qui es venu homme parmi les hommes, apprends-nous à accueillir l’autre dans sa différence, à l’apprécier et à en découvrir toute la saveur qui enrichit chacun de nous par l’apport d’une sève nouvelle, qui dépoussière notre société ankylosée, et nous stimule par le partage de valeurs qui nous échappaient…

Jean-Luc Lecat

Envoi

Notre célébration s’achève, il y a eu « appel », pour chacun de nous…
Peut-être comme les disciples d’Emmaüs lorsqu’ils avaient écouté Jésus
leur parler sans le reconnaître, peut-être
certains, aujourd’hui, ont-ils reçu ces paroles dans un « cœur tout brûlant » ?
Se laisser bouleverser peut être un signe de l’Esprit, un début de changement de regard ?
Comment allons-nous répondre ? Certains, peut-être « Me voici, Seigneur » ?
D’autres auront encore besoin d’entendre, d’attendre, de voir, parce que rien n’est facile ?
Le temps de Dieu n’est pas notre temps, Dieu est plus grand que notre cœur.
Hier, devant les représentants des 101 paroisses de Paris réunis pour préparer la journée
du Migrant et du Réfugié, Mgr Michel Aupetit a dit :
nous sommes devant un choix de société,
ou bien notre société s’humanise et accepte de « se laisser déranger »,
ou bien elle sera la société des « encombrants », la société « des déchets » comme le dit François.
Cette journée n’est pas une fin en soi, elle est un commencement !
Nous vous proposons de prolonger cette célébration par un temps d’échange « Parler la
bouche pleine », à partir de 12 h 45 en salle X de C, en 2 temps, comme le dit la feuille
– avec des nouvelles de Sifan Tadesse et du projet d’accueil de réfugiés
– des nouvelles de l’actualité du Diocèse et des perspectives d’actions nouvelles.

Céline Dumont

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