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ACTION DE GRÂCES

Que célèbrent les Américains lors du Thanksgiving ? Et qu’en est-il de la connotation religieuse de cette fête instituée au XVIIIe siècle ? Il y a fort à parier que cette année la figure plus que controversée du président Trump s’invitera dans les réunions familiales pour alimenter les conversations. La chronique d’Alain Cabantous

Le jeudi 22 novembre, aux États-Unis,  c’est Thanksgiving Day, journée d’action de grâces et de réjouissance pour remercier le ciel des bienfaits reçus durant l’année. Et, dans ce domaine, il y a fort à faire. Déploiement de l’armée contre les « hordes » migrantes latinos, guerre commerciale à tous crins, ouragans et incendies, tweets aussi caricaturaux que vengeurs, écologie bafouée, conflits permanents avec la presse accusée de tous les maux, degré zéro de la politique, tueries quotidiennes…. Merci qui ? Et pourtant Thanksgiving reste une fête, parfois plus importante que celle de Noël, longtemps tenue pour suspecte aux yeux d’un certain nombre de courants protestants.

Les Pères pèlerins en Amérique

Mais si, aujourd’hui, la plupart des Américains sacrifient volontiers à cette tradition, c’est souvent sans réelle connotation religieuse alors que l’on crut pendant longtemps que cette date remémorait l’épisode (trop) fameux des Pères pèlerins venus d’Angleterre et arrivés dans la baie de Plymouth (Massachusetts) en mai 1620. Alors que beaucoup furent décimés durant les premiers mois d’installation, la petite colonie ne put survivre qu’avec l’appui de la tribu amérindienne des Wampanoag. Afin de célébrer leur première récolte, les Pilgrim Fathers, à l’automne 1621, invitèrent les Indiens à l’occasion de trois journées d’action de grâces. Pour autant, cette célébration ne s’imposa que très lentement, essentiellement au cours du second XVIIIe siècle, sur le territoire des Treize colonies puis des États-Unis. C’est seulement en 1777 qu’une première proclamation nationale à ce sujet fut approuvée par les représentants et c’est George Washington qui, le 3 octobre 1789, écrivait :

Je recommande et assigne que le premier jeudi après le 26e jour de novembre soit consacré par le Peuple de ces États au service du grand et glorieux Être, qui est l’Auteur bienfaisant de tout ce qu’il y a eu, qu’il y a et qu’il y aura de bon. Nous pouvons alors tous nous unir en lui donnant notre sincère et humble merci, pour son soin et sa protection, appréciés du Peuple de ce Pays, avant que celui-ci ne soit devenu une Nation de pitié ; pour les interpositions favorables de sa Providence lors de nos épreuves durant le cours et la fin de la récente guerre ; pour le grand degré de tranquillité, d’union, et d’abondance, que nous avons depuis appréciées ; pour le pacifisme et la raison qui nous ont été conférés pour nous permettre d’établir des constitutions de gouvernement pour notre sûreté et notre bonheur, en particulier la Loi nationale récemment instituée,  pour la liberté civile et la liberté religieuse formant à elles seules une vraie bénédiction ; pour les moyens que nous avons d’acquérir et de répandre la connaissance utile ; et d’une manière générale pour toutes les grandes et diverses faveurs qu’il nous a bien heureusement conférées.

Le président Trump à la Maison blanche. Thanksgiving 2017

Inscrites dans un contexte particulier, portées par les fruits de l’indépendance, les occasions de remercier l’Être Suprême alors ne manquaient pas pour cette jeune nation. Mais il n’était question ni d’un rythme annuel de célébration ni d’un repas avec dinde, purée de patates douces et tarte aux pommes. C’est seulement depuis 1863 que Thanksgiving est célébré chaque année et depuis… 1939 que le président F. D. Roosevelt le fixa au quatrième jeudi de novembre, peut-être pour des raisons… commerciales. De plus, certains historiens remettent aujourd’hui en cause l’origine de cet anniversaire. Si les Pères pèlerins en sont toujours la source, c’est l’extermination d’un village Pequot dont les chefs auraient assassiné un marchand de la jeune colonie en 1637 qui aurait été ainsi célébrée.

Si, lors du Thanksgiving de 2018, il y a peu de chance que les convives s’étripent à propos de l’anniversaire d’un massacre, on peut se demander si l’extrême fracture de la société américaine autour de la figure plus que controversée d’un président qui ose tout ne s’invitera pas dans les réunions familiales pour alimenter méchamment les conversations. « Nous n’en parlerons pas » ? À regarder certains reportages de chaînes américaines précédant le 23 novembre… beaucoup risquent d’en avoir parlé.

Alain Cabantous

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