Célébration pour Geneviève ESMENJAUD
(19 juin 1925 – 30 avril 2020)

lundi 21 septembre 2020

N’oublie pas : ni le jour ni l’heure tu ne pourras connaître. Alors en humble tâche entretiens le berceau. 

Geneviève Esmenjaud

Voici l’extrait d’un texte écrit par Geneviève le 2 juin 2014, dont le titre est L’autre berceau.
             « … De diminution en diminution, de dépendance en dépendance, me voici donc contrainte à l’aventure inverse de la vie autrefois de ma vie prenant corps, m’habitant et me donnant figure, lors de ce passé maintenant dépassé, et cependant vivant de la reconnaissance d’une fidélité qui ne m’abandonne pas dans cet inconnu sans mémoire, mais non pas sans parole : « Tu n’es pas seule, tu redeviens semence, disparaissant aux yeux du monde. En toi s’accomplit l’invisible, du très secret qui se recueille libre et offert au mystérieux passage de ce présent de pure offrande venant se déposer dans cet accueil de ton berceau.
Néanmoins n’oublie pas : ni le jour ni l’heure tu ne pourras connaître.
Alors en humble tâche entretiens le berceau. »

Anne-Sophie Boutry

Chant : Psaume de la Création (p. et m. Patrick Richard)

Par les cieux devant Toi, splendeur et majesté
Par l’infiniment grand, l’infiniment petit,
Et par le firmament, Ton manteau étoilé,
Et par frère soleil, je veux crier :

Mon Dieu ! Tu es grand, Tu es beau, Dieu vivant, Dieu très haut,
Tu es le Dieu d’amour !
Mon Dieu, Tu es grand, Tu es beau, Dieu vivant, Dieu très haut,
Dieu présent en toute création.

Par tous les animaux de la terre et de l’eau,
Par le chant des oiseaux, par le chant de la vie,
Par l’homme que Tu fis juste moins grand que Toi
Et par tous ses enfants, je veux crier :

Par cette main tendue qui invite à la danse,
Par ce baiser jailli d’un élan d’espérance,
Par ce regard d’amour qui relève et réchauffe,
Par le pain et le vin, je veux crier :

Lecture de la première épître de Saint Jean 1-4

Ce qui était dès le commencement,
ce que nous avons entendu,
ce que nous avons vu de nos yeux,
ce que nous avons contemplé
et que nos mains ont touché,
du Verbe de vie,car la vie s’est manifestée,
et nous l’avons vue
et nous rendons témoignage,
et nous vous annonçons la vie éternelle,
qui était auprès du Père et s’est manifestée à nous,
ce que nous avons vu et entendu,
nous vous l’annonçons, à vous aussi,
afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous.
Et, notre communion est communion
avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ.
Et nous écrivons ces choses, afin que notre joie soit parfaite.

Lecture de l’Evangile selon Saint-Luc (24 – 36 à 50)

Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit :
« La paix soit avec vous ! »
Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit.
Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ?
Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. »
Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux.
Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.
Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,
et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem.
À vous d’en être les témoins.
Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une puissance venue d’en haut. »
Puis Jésus les emmena au dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit.
Or, tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel.
Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, en grande joie.
Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

Commentaire

Geneviève nous laisse un héritage de santé. Son témoignage associait les bienfaits de la méthode Vittoz qu’elle transmettait aux paroles et aux gestes de guérison de l’Evangile, aux paroles et aux gestes de résurrection de l’Evangile. Chaque fois que je découvrais avec elle, en respirant, les sensations corporelles si petites, si variées, si abondantes, si puissantes que nous étions capable d’éprouver – ce dont je m’émerveillais,  elle faisait référence à l’épitre de saint Jean. Car oui, La vie nous est donnée, à la fois de façon très simple et à profusion. Nous en sommes témoins. La réconciliation avec son propre corps permet de se détendre, de savourer le plaisir d’exister, de se sentir à sa place. Exerçons nous à cette réceptivité car elle conduit à la paix intérieure.

Il se passe alors comme avec les apôtres et les disciples et leur quête de sens, même après la mort de Jésus-Christ : le fait d’être relié à son être profond entraine le désir d’une rencontre plus naturelle et plus juste avec les autres. En donnant du temps à la confiance, au partage, au cheminement, quelque chose du mystère de la présence humaine et divine se montre et se déploie — en chair et en os. Je dis « quelque chose » mais vous comprenez : « Voici la lumière, voilà quelqu’un ». Un corps nouveau apparaît, qui vient comme une renaissance.

Martine

Prière universelle

Dieu de tendresse, regarde ton peuple
Ecoute-nous, exauce-nous !

Seigneur, nous te prions pour la famille de Geneviève,
pour ses quatre enfants : Anne, Olivier, Etienne et Charles,
parce que c’est dur de perdre sa mère.
Nous te prions pour la sœur de Geneviève, Solange,
parce que c’est dur de perdre sa sœur.
A tous, enfants, petits-enfants, amis, donne du courage pour supporter l’absence,
nous t’en prions, Seigneur.

Danielle Mérian

Bien qu’elle ait été elle-même étonnamment préservée jusqu’à un âge très avancé,
Geneviève redoutait pardessus tout la vieillesse et les atteintes de l’âge.
Seigneur, aide nous à bien vieillir, fais nous la grâce d’une vieillesse paisible et sereine,
toujours attentive au bonheur des autres, à la beauté du monde, et à l’étonnante aventure de la vie…
Une vieillesse qui sache entendre tes pas dans la brise du soir, et y puiser la sagesse du cœur.  

Odile Guillaud

Pour toutes les femmes et les hommes en marche, celles et ceux qui cherchent leur chemin,
qui trébuchent, tombent et se redressent ; pour les amis aussi, notamment de Saint-Merry,
Démocratie et Spiritualité, Bible et Psychanalyse, auxquels Geneviève était profondément attachée,
prions le Seigneur.

Anne-Sophie Boutry

Qui que nous soyons, à la fois grands et tout petits dans ce monde,
puissions nous reconnaître l’humble et fidèle offrande de vie qui nous est faite et la servir ;
puissions-nous sentir le souffle créateur nous pénétrer jusqu’à la moelle des os.
Prions le Seigneur.

Martine Le Gac

Chant

Ne rentrez pas chez vous comme avant,
Ne vivez pas chez vous comme avant,
Changez vos cœurs, chassez vos peurs,
Vivez en hommes nouveaux.

A quoi bon les mots si l’on ne s’entend pas ?
A quoi bon les phrases si l’on n’écoute pas ?
A quoi bon la joie si l’on ne partage pas ?
A quoi bon la vie si l’on n’aime pas ?

Pourquoi une chanson si l’on ne chante pas ?
Pourquoi l’espérance si l’on n’espère pas ?
Pourquoi l’amitié si l’on n’accueille pas ?
pourquoi dire « amour », si l’on n’agit pas ?

Je vais repartir et je veux te prier,
Je vais repartir et je veux t’écouter,
Je vais repartir et je veux te chanter,
Je vais repartir et je veux t’annoncer.

Témoignages

Poème de Geneviève dans L’Insaisissable : « Brise légère » (lu par Odile Guillaud)
Oui la vie m’a creusée
creusée comme une grotte
pour y loger mes souvenirs
tous ces prochains lointains
encore vivants en moi
la mémoire s’est creusée
pour offrir un repos
dans ma pensée toujours vivante
de vie du cœur et d’espérance
protection recueillement
loin des intempéries des tempêtes du monde
mais ce lieu n’est pas clos
et de juste confiance il s’ouvre à la lumière
aux murmures du souffle
à la brise légère passée devant le seuil
qu’ont-ils senti tous ces aimés en moi
accueillis recueillis
dans mes creux de prière ?
         un peu de paix
            j’espère.

Bruno Fron (lu par Federico Garduno)
Je vous communique quelques mots qui me sont venus concernant Geneviève.
D’abord une extrême curiosité. Le plaisir qu’elle avait à nous accueillir chez elle pendant plus de 20 ans pour les groupes Bible psychanalyse. Ce plaisir nous enchantait et était bien sûr partagé. Par ailleurs en prise avec son éducation d’enfance plutôt janséniste elle s’est battue toute sa vie face à cette image d’un Dieu que Maurice Bellet appelait le « Dieu pervers ». J’ai toujours été particulièrement touché par son intelligence et son courage dans ce combat spirituel. En cela elle reste pour moi un exemple. On ne peut oublier l’élégance qui était la sienne faite de force et de fragilité avec cette sensibilité à la beauté pour tous ces aspects. Beauté dont son être rayonnait.
Merci d’avoir pensé à me prévenir. Je me sentais très proche d’elle. Nous partagions beaucoup et souvent ensemble. Une femme si sensible, si intelligente après une vie si douloureuse. Je suis très triste. Même bouleversé.
Je remercie le ciel de m’avoir permis de rencontrer de telles figures en venant à St-Merry. Une grâce.

Gerardo Ramos, au nom de l’association David et Jonathan, membre de la communauté de Saint-Merry
Je veux rendre hommage à Geneviève Esmenjaud qui a été la première, parmi les membres de la communauté de Saint-Merry, à se joindre à la prière organisée par David et Jonathan, association d’homosexuel-le-s chrétien-ne-s, lorsque celle ci a été accueillie officiellement par décision de l’Équipe Pastorale d’alors. Geneviève ne s’est pas contentée de rester au fond du chœur de l’église en observatrice distante; elle s’ est rapprochée de nous pour nous parler, nous rencontrer. C’est elle qui nous a fait sentir accueillis par ses mots, son attitude généreuse. Elle se demandait pourquoi elle était la seule, pourquoi il n’y avait pas davantage de gens de la communauté.

Daniel Duigou (lu par Danielle Mérian)
Depuis près de vingt ans l’intégration de David et Jonathan à Saint-Merry a fait son chemin, même si certains préjugés gardent la peau dure. 
Merci Geneviève de ta générosité !
Entre dans le repos et cette vie éternelle pour laquelle tu t’es si bien préparée ! 

à mon amie Geneviève
Il est toujours difficile d’évoquer ce qui fait une amitié profonde. Il y a là une part de mystère : «  parce que c’était elle, parce que c’était moi », pour plagier une phrase célèbre. Je vais tout de même essayer.
J’ai rencontré Geneviève à Démocratie et Spiritualité, lors des débuts de l’association, il y a un peu plus de 25 ans.Je ne me souviens plus exactement des circonstances précises qui nous ont rapprochées. Mais mon attention fut attirée par une dame aux cheveux très blancs, à la silhouette fluette, qui ressemblait – pour ceux à qui cette référence est familière –  au personnage de la «  vieille dame » de Babar et qui, de sa voix haut perchée et avec ses manières exquises, parlait, lors de ses interventions, sans fard et avec une liberté, une audace et une modernité de pensée qui contrastaient avec son apparence et venaient secouer l’auditoire. Elle intriguait aussi par sa passion pour la méthode Vittoz, qu’elle nous fit connaître lors des universités d’été par des séances collectives. De son côté, Geneviève avait sans doute au départ  une certaine fascination pour mon statut d’universitaire – une vocation rentrée chez elle.
Mais très vite nos échanges se firent à un niveau plus profond. Elle se mit, en particulier, à me soumettre systématiquement pour approbation – «  qu’en penses-tu ? » – les petits textes qu’elle écrivait régulièrement.  Ce que j’admirais dans ces textes, à rebours de la légitimation universitaire qu’elle attendait, c’est qu’ils n’étaient justement pas académiques, mais écrits de façon bien supérieure d’une prose forte, intense, poétique, singulière, avec une réflexion sortie d’un long processus  alchimique de digestion des expériences et ressentis de la vie, et avec une profondeur et une densité existentielles rares. Tout comme ses poèmes.
C’est avec cela, cet « humus », comme elle disait, en elle, que Geneviève lisait et «  pratiquait » la culture, ce qui a fait le bonheur de nos échanges sur des lectures, des films, des spectacles, des expositions, dans les domaines de la religion, de la psychanalyse, de la littérature, de l’anthropologie et de la philosophie etc, qui nourrissaient notre goût commun pour la compréhension de la condition et de l’existence humaines.
C’est, en particulier, aussi avec cet humus qu’elle comprenait et vivait le christianisme, ou plutôt l’Évangile, incarnant dans sa manière d’être, mais aussi son savoir, la quintessence de la culture et de la spiritualité chrétiennes, loin de toute bondieuserie et en réaction viscérale aux lectures moralisatrices et mortifères d’une certaine tradition bourgeoise, dont elle avait tant souffert.
Cette « condition humaine » que je viens d’évoquer, c’était d’abord nos propres vies et, de cette longue amitié, je garderai plus que tout le souvenir de ces échanges profonds et authentiques où nous nous sommes épaulées mutuellement pour avancer dans notre métier d’êtres humains et devenir toujours davantage nous-mêmes. Geneviève, en aînée et parce qu’elle était elle-même thérapeute, m’a fortement soutenue pour aller, en dépit de tout ou de tous, vers ce qui me passionnait le plus, l’exercice de la psychanalyse et changer ainsi de vie comme elle avait su si courageusement le faire en quittant son foyer et en devenant praticienne du Vittoz. De mon côté, en écoutant les récits des différents épisodes de sa vie, j’ai pu, je crois, l’aider à élaborer encore plus avant cette histoire et, surtout, ce qu’il y avait de plus douloureux et énigmatique pour elle, à savoir cette difficulté qu’elle avait depuis sa prime enfance à se sentir de ce monde et la tentation récurrente qu’elle avait de retourner d’où elle était venue – « ailleurs » -, qu’elle dût combattre toute sa vie. Mon travail scientifique sur l’autisme et le noyau autistique de chacun, non seulement, de ce fait, la passionna, mais lui apporta un éclairage libérateur sur des vécus qu’il avait été si difficile pour elle de faire comprendre à son entourage et de comprendre elle-même. Elle était fière d’avoir réussi, en dépit de cette prédisposition psychique, à « faire sa vie » comme on dit et à remplir sa tâche d’ « humaine », selon son propre mot,  jusqu’au bout.
Pour terminer, j’évoquerai une image qui m’est chère et qui me semble bien condenser ce qui est peut-être le plus difficile à exprimer, à savoir l’attention, la bonté, en un mot, l’amour qui se dégageaient de sa personne dans son rapport à autrui. Cette image, c’est celle d’une petite Vierge sculptée dans la pierre, inspirée du style roman, qui figurait sur son bureau dans son petit appartement-refuge normand d’Hermanville-sur-mer. Simple et droite, elle est assise les pieds solidement posés au sol, comme y invite la méthode Vittoz. Elle tient sur ses genoux l’enfant Jésus, lui aussi, du coup, solidement assis sur ce socle sécurisant. Les mains longues et fines de la Vierge sont posées délicatement sur lui, comme la main de Geneviève sur l’épaule de ses patients, guettant le flux de vie. Elles entourent et tiennent ainsi l’enfant, juste ce qu’il faut pour lui permettre de grandir, de devenir lui-même, d’aller vers les forces de vie, de développer sa créativité et d’affronter toujours le défi du nouveau.
Merci Geneviève pour ce que tu as été, pour ce que tu nous as donné. Ton souvenir restera à jamais vivant dans nos cœurs. Il le restera aussi pour moi dans ce lieu d’Hermanville, où tel un mécène, tu as généreusement donné hospitalité à mon travail d’écriture, au point de m’avoir conduite à m’y établir moi aussi ultérieurement.

Agnès Antoine

Ont également témoigné :
Mathilde Sophie Tauss, de Bible et Psychanalyse
Jean-Baptiste de Foucauld, de Démocratie et Spiritualités

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  1. Jean-luc LECAT-DESCHAMPS says:

    Merci à toutes et tous et a ceux qui l’ont mis en ligne pour ce beau partage de la célébration à laquelle malheureusement nous n’avons pas pu participer merci à vous merci à Geneviève pour la vie transmise

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