Akiko Hoshina, liturgie d’argile

Des ornements liturgiques, deux étoles dans un environnement de céramique, sont exposés dans la vitrine de la Galerie Saint-Séverin jusqu’au 19 avril.

Cette installation, métamorphose du tissu en argile,  exprime un splendide glissement dans la symbolique religieuse et révèle une interprétation inspirée de l’imbrication des cultures.

L’artiste japonaise, qui aime la malléabilité de la terre et sa souplesse, n’a pas utilisé la cuisson. La terre a été humidifiée et roulée avec la paume des mains et le matériau va sécher naturellement puis durcir. En conséquence, l’installation va évoluer, évocation du temps qui passe. La terre symbolise d’ailleurs pour l’artiste le cycle même de la vie : elle est humide donc vivante, puis sèche donc meurt. De plus, elle peut toujours être réutilisée, retravaillée et, de ce fait, la terre renaît toujours. Les créations de Akiko Hoshina  portent en outre les empreintes de ses doigts, c’est-à-dire la trace de son corps.

Cette œuvre confirme aussi un changement dans l’approche de la galerie, cette simple vitrine d’une petite boutique et, pourtant, lieu du diocèse pour promouvoir un certain dialogue entre art contemporain et spiritualité. Avec la nouvelle commissaire, Géraldine Dufournet, « l’avant-garde » des jeunes artistes apparaît plus chatoyante et séductrice, tout en restant mystérieuse ; c’est une esthétique largement empreinte de minimalisme qui singularise cette nouvelle approche. Des questionnements antérieurs portés dans la galerie par des œuvres très conceptuelles, promues par Daria de Beauvais, on est passé à l’expression du spirituel par le beau ; en effet, les œuvres choisies sont avant tout dans ce registre, l’émotion esthétique est immédiate et partageable par plus de monde. La perfection des techniques utilisées y contribue certainement. L’attractivité de la galerie vient alors d’une sorte de déjà-vu, « mais où ? », car c’est bien la question. Les œuvres choisies par Géraldine Dufournet semblent moins hybrides que précédemment. Elles sont porteuses de références elles-mêmes éprises de beauté, de spiritualité et d’une culture de musée plus familière. Les titres contribuent à orienter l’attention  du regardeur.

C’est très net avec « Liturgie d’argile » qui s’affirme dans le champ du rituel. Sa dimension religieuse est palpable : la première étole blanche est largement étalée, tel un gisant. L’autre, recouverte elle aussi de céramique, est accrochée, debout, telle une figure de résurrection. Les étoles sont visibles, mais leur couverture par des langues de céramique blanche rappelle à la fois la culture nipponne, par le matériau et la couleur, et les chefs de plumes d’Indiens, qui relèvent d’autres univers et rituels.

C’est splendide et méditatif. Un œuvre préparatoire à Pâques.

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Jean Deuzèmes

L’exposition est visible jour et nuit du 20 février 2014 au 19 avril 2014 à la Galerie Saint-Séverin.
 Akiko Hoshina, Étoles, 2014 – Argile blanche sur tissus ; dimensions variables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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