Alejandro Tobon. Natures différentes

Une expo d’été où il est question d’habitat et de paix. Neuf nids dans le transept et des bruits d’oiseaux.

On peut comprendre la surprise des touristes qui traversent l’église en cet été 2017.

En fait, l’accrochage de neuf nids géants sous la voûte du Gothique flamboyant exprime pour partie l’esprit du Centre pastoral : une manière de suggérer des idées importantes par une belle œuvre visuelle ; une certaine ouverture au monde avec l’invitation d’un plasticien colombien ; un appel à modifier notre rapport à la nature, comme dans « Laudato Si » avec des bruits d’oiseaux à la place des enregistrements habituels d’oratorios ; neuf nids et autant de significations possibles pour ceux qui les regardent, un signe de la liberté d’interprétation qui prévaut dans cette église si particulière. À l’origine de l’œuvre, deux évènements :

  1. Le Congrès colombien ratifie les accords de paix avec les Farcs, le président Juan Manuel Santos reçoit le prix Nobel de la Paix. La France accompagne le désir de ce pays de changer l’image, notamment par des échanges culturels.
  2. Année France-Colombie : un plasticien colombien répond à l’appel à projets et vient accrocher ces formes inconnues des Parisiens dans les voûtes de Saint-Merry. Alejandro Tobon Rojas, artiste plasticien colombien, fait plus qu’évoquer la disparition des espèces dans un des pays dont la faune est l’une des plus riches du monde (36 parcs et 20 zones protégées), il alerte sur les risques incontrôlés du développement de son continent.

La présence de cette œuvre à Paris exprime notre reconnaissance à tous ceux qui ont contribué à la construction d’une paix encore fragile[1], mais « Natures différentes » ne cache pas certaines inquiétudes.

L’œuvre n’est pas documentaire,elle est composée de sculptures, sans socle, fabriquées minutieusement avec les techniques artisanales de menuiserie, à partir de morceaux de bois ramassés dans les rues de Medellín. Neuf pièces d’architecture vernaculaire de 2 à 5 m de haut reprennent la forme des nids « gulungo » habités par des Oropdenola crestada, qui ont des traits communs avec les loriots d’Europe

Alejandro Tobon Rojas a vécu depuis son enfance au contact de la nature dense et généreuse. Tout son imaginaire est nourri de l’impression forte laissée par les grandes masses végétales des collines voisines de sa résidence. Pour lui, les nids architecturés de Saint-Merry placés  dans un paysage différent de leur point de référence sont une occasion d’affirmer son projet humaniste :

« Les deux situations de nature —autour de Medellín / le centre de Paris—, qui accueillent ces nids sont différentes, mais elles ont des origines qui les rapprochent. Ces lieux ont en commun d’avoir été créés pour la vie, pour naître, pour être sacrés, pour être appréciés en regardant le ciel. »

De l’habitat d’une espèce, on passe insensiblement à la manière dont l’homme habite la terre : une démarche à laquelle Saint-Merry est sensible, une œuvre qui habite pleinement le lieu.

 

Jean Deuzèmes

 

Pour en savoir plus et entrer dans l’œuvre avec un mini film. Lire V&D 

Catalogue en vente à la table d’Accueil.

[1] Lire l’analyse de Marie Delcas, « La Colombie face aux défis de la Paix » ci-dessous, correspondante du Monde à Bogota (29-07-17)

La Colombie face aux défis de la paix

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1 Commentaire

  • Ces oiseaux colombiens… ce sont vraiment des originaux… pas très faciles à vivre, à découvrir leurs nids aux mille reflets et hauts comme des gratte-ciel. Si j’étais un oiseau je n’oserais pas les approcher. Leurs voisins ailés et grimpeurs peuvent se méfier et rester discrets. Tout le monde n’a pas le privilège d’avoir son nid suspendu à St Merry dans une forêt de pierres. Cela vaut le détour. Bravo Alejandro Toban !
    Jacqueline Casaubon

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