Altérité

Dans le livre de Martin Buber  Je et tu, paru en 1923 et réédité en 2012, je déguste la préface de Gaston Bachelard qui évoque l’altérité. J’y retrouve des phrases, glanées et recopiées dans mon carnet de citations d’adolescente, telles que: « Mais qu’un tu murmure à notre oreille, et c’est la saccade qui lance les personnes : le moi s’éveille par la grâce du toi (…) la rencontre nous crée… on n’arrive pas à Dieu en évitant le monde. (…) L’amour du prochain est notre destin intime… en perdant le souci de mon frère j’abandonne Dieu… ».

Avec l’expérience de la (ma) vie, je constate que cette altérité peut être  frileuse, belliqueuse, faite aussi de ruptures, de réconciliations, de rencontres éphémères mais toujours vivifiantes, autant que les liens heureux tissés dans l’amour, l’amitié et la fraternité.

L’autre est un sacré carburant… Pourtant, beaucoup de personnes sont isolées, seules, et manquent de contacts : le facteur, le boulanger, le voisin aperçus le temps d’une livraison, d’un bonjour.

Comment maintenir et nourrir la relation, la dynamiser, la réinventer ? Je ne téléphone plus à ma mère qui perd la mémoire. Alors je lui écris et ma lettre lui fait plusieurs visites : elle la lit, la relit, la fait lire, l’égare, la retrouve, lui tient compagnie… jusqu’à la suivante.

Est-ce que notre société individualiste et repue favorise le lien ? Faut-il être dans un certain dénuement pour désirer, oser la rencontre ? Mais de quel dénuement parlons-nous ? Se vider de soi-même pour faire de la place à l’autre ? Recevoir l’autre comme un autre moi-même ?

Et Dieu dans tout çà ? Je me rassure quand Buber dit : « Chaque tu invoque le Tu éternel ».

Sylvie de Bengy

Billet du dimanche 24 mai 2915

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