Amitié

Parfois je me demande ce qui m’est vraiment précieux. Les babioles luxueuses exercent sur mon cœur la fascination des idoles, mais je suis rarement tout à fait dupe de leur valeur factice. Au contraire, les retrouvailles avec un ami d’enfance m’ont rappelé combien l’amitié m’est nécessaire.

Quand on perd l’usage d’un œil, on continue de voir, mais il nous manque la perception du relief. De la même façon, ce sont les amis, je crois, qui me permettent de distinguer la profondeur, la texture de la vie : ils en font le sel et la joie. Cette affirmation pourtant me surprend : qu’échangeons-nous au fond ? Rarement nos conversation dépassent de beaucoup les considérations météorologiques d’usage. Mais cela précisément peut arriver : échapper soudain à la banalité pour se livrer à la confidence incertaine des profondeurs de son cœur. Oser tout à coup la rencontre.

Est-ce parce que je ne suis guère plus qu’une particule élémentaire agitée par les vents tourmentés du siècle que l’amitié absolument exclusive d’Aristote me semble illusoire ? Ou est-ce parce que la vision de l’homme héritée du Christ m’incite si fortement à deviner dans l’autre un frère, une sœur, que l’ordre du monde a radicalement changé ? Absurde ? Je ne sais pas. Dans la perspective du Christ après tout nous découvrons un lien beaucoup plus intime que nous ne pourrions le soupçonner. Certes, le Royaume n’est pas encore établi en plénitude. Mais permettez-moi de le croire : dans l’amitié nous en tenons une image sûre.

Vincent Liard

Billet du dimanche 18 septembre 2016

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.