Apprends-nous la vraie mesure de nos jours.

Gardez-vous bien de toute avidité,
car la vie de quelqu’un,
même dans l’abondance,
ne dépend pas de ce qu’il possède.
Dimanche 31 juillet 2016

1ère lecture : « Que reste-t-il à l’homme de toute sa peine ? »(Qo 1, 2 ; 2, 21-23)

Psaume : Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc

2ème lecture : « Recherchez les réalités d’en haut ; c’est là qu’est le Christ » (Col 3, 1-5.9-11)

Evangile : « Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Lc 12, 13-21)

Mot d’accueil du dimanche 31 juillet 2016

Bienvenue à notre célébration,
bienvenue à tous !

Nous saluons en particulier nos amis musulmans présents.
En effet,  l’instance représentative du culte musulman, le CFCM, a appelé,
les responsables de mosquées, les imams et les fidèles
à se rendre aujourd’hui à la messe dans une église, pour exprimer, je cite
« solidarité et compassion »
après l’assassinat du père Jacques Hamel alors qu’il célébrait
le mardi 26 juillet au matin une messe dans une église de Saint-Etienne- du-Rouvray.

Nous remercions pour sa présence M. Tarik Abou Nour, Imam et théologien.
Membre de plusieurs associations dont :
VSMF (Valeurs et Spiritualité Musulmane de France)
Artisans de Paix (dialogue interreligieux).
Il a été un des organisateurs de la Nuit Sacrée
qui s’est déroulée à Saint-Merry le 28 mai 2016 où des communautés
chrétiennes, juives, musulmanes, hindous et bouddhistes
avaient durant toute une nuit chanté Dieu ou le sacré.
Elles ont aussi signé un manifeste assurant que
« Dans l’expression de la foi, il ne peut y avoir de place pour la violence ».

Nous étions, et c’est heureux, assez nombreux lundi dernier lors de la préparation de cette messe,
à nous confronter aux textes proposés ce dimanche. Je dis c’est heureux car comme vous,
nous avons été rattrapés par cette actualité tragique et moins seuls pour y faire face.
Du coup,
ce verset que nous avions retenu pour notre réflexion a pris une résonnance toute particulière.
Nous lirons d’abord, le livre de l’Ecclésiaste, au sens premier,
« celui qui appelle au rassemblement »,
mais comme nous le verrons, sur un mode plutôt désabusé ;
Avant la montée au chœur,
la lettre de St Paul au Colossiens nous rappellera à notre dignité de baptisés,
appelés à sans cesse se renouveler dans l’Esprit du Ressuscité, humbles et agissants,
capables de communiquer en vérité l’amour sans mesure dont ils se savent aimés ;
aimés donc responsables lit-on en filigrane dans l’évangile de Luc au chapitre 12,
responsables parce que dépositaires d’une confiance
qui doit prendre le pas sur nos inquiétudes et anxiétés légitimes.
Nous commencerons par le psaume qui dit notre condition précaire
et appelle sur nous tous Sa bénédiction
« Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !».
Nous entrons dans la célébration au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Alain Clément
Commentaire sur les textes d’aujourd’hui.

Les textes que nous propose la liturgie nous orientent dans 2 directions  qui se recoupent :
· celle de la brièveté de nos vies, de notre temps qui n’est pas celui de Dieu
· celle, à laquelle le groupe de préparation a été plus sensible,
du sens de nos vies présentes et des critères
qui nous permettent de porter un jugement sur leur réussite ou leur échec.

C’est en effet bien à moi, à chacun d’entre nous,
que Jésus renvoie la responsabilité de juger :
« Homme qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ».
Il ne nous fait pas la morale,
ne nous donne pas de commandements à suivre littéralement.
C’est aux générations qui se succèdent de chercher à comprendre,
dans leur propre contexte, la meilleure façon de servir l’objectif
que Jésus propose : « être riche en vue de Dieu ».
Notre Pape François ne cesse de nous rappeler
comment incarner cet objectif dans le monde de 2016.

Pour notre part, la question de notre relation à la richesse est loin d’être résolue.
Une fois qu’on a dit « l’argent ne fait pas le bonheur »
qu’on a admiré le vœu de pauvreté radicale de St François d’Assise ou de mère Theresa
et conspué la fâcheuse tendance de notre société à servir Mammon,
on doit revenir aux réalités terre à terre dans la lucidité :
quels sont nos critères véritables quand il s’agit
· de nos choix professionnels,
· de la gestion de nos économies,
· de l’orientation de nos enfants,
· du jugement que nous portons sur les succès de nos amis ?
Et, au-delà de l’individualisme,
· Nos jugements politiques et comportements en matière de solidarité
avec les plus pauvres qu’ils soient en France ou dans les pays du Sud
font-ils place à cet impératif de « richesse en vue de Dieu »?

Comment concilions-nous la responsabilité d’autonomie financière
et d’indépendance que nous cherchons à assurer à nous et à notre pays
avec l’impératif d’ « être riche en vue de Dieu » qui implique fraternité et partage?

Et comment nous alimentons-nous à la source qui nous permet de trancher nos décisions,
la confiance que nous sommes aimés et valorisés, l’espérance qu’il nous est possible
à notre tour, reprenant la formulation de St Paul, que nous entendrons tout à l’heure
de « revêtir le Christ, l’homme nouveau qui,
pour se conformer à l’image de son créateur, se renouvelle sans cesse» ?

Autant de questions quotidiennes qui restent toujours ouvertes
mais que l’actualité de cette semaine, Parole de Dieu dans notre histoire,
nous amène à poser avec une acuité particulière.

Martine Roger-Machart
Parole du 31 juillet 2016

Après les attentats
de janvier et novembre 2015, après Nice le 14 juillet et Munich la semaine dernière :
Saint-Etienne du Rouvray mardi dernier est une cible nouvelle, du moins en France.
Tant de morts en effet, chaque jour ou presque, inconnus de nous,
en Irak, en Syrie, en Afghanistan, au Pakistan, au Nigeria et ailleurs,
victimes de la même idéologie mortifère et meurtrière.
Comment traverser ensemble cette épreuve ?
Depuis mardi dernier, les textes de cette liturgie ont pris, comme cela a été dit,
une résonance particulière pour celles et ceux qui ont préparé cette célébration.
Ces textes nous interrogent en effet sur le sens de nos vies.
Nous avons évoqué lundi ce passage du Deutéronome,
qui nous invite à choisir entre la mort et la vie.
Choisir la vie aujourd’hui, c’est refuser la peur tout en étant vigilants ;
c’est opter résolument pour des regards, des paroles qui mettent les jeunes en confiance,
quels que soient leur couleur de peau, leur lieu de résidence ;
c’est refuser les amalgames djihadistes-musulmans et creuser avec nos amis musulmans et juifs
les sources qui donnent sens à la commune humanité et destination de l’homme ;
c’est poursuivre ou engager le dialogue avec tous les hommes de bonne volonté
sur l’unité de la condition humaine dans la diversité des cultures
et chercher ensemble comment le traduire concrètement au service de la justice et de la paix.
L’ensemble des textes de ce dimanche nous rappelle le défi de la fraternité.
L’homme riche de la parabole n’est tourné que vers lui-même,
enfermé dans son idolâtrie d’amasser pour demain.

Les terroristes ne se sont-ils pas enfermés dans l’idéologie qui les manipule ?

La bonne nouvelle de l’Evangile, nous dit Paul dans sa lettre aux chrétiens de Colosse,
c’est que le Christ est tout, et en tous. Comment le comprendre et le vivre ?
Il semble difficile d’en circonscrire le sens dans des formules ou des traités de théologie.
Cette réalité transcende toutes nos limites, toutes nos frontières ;
elle rejoint chaque homme, fut-il enfermé en lui-même.
Telle est notre espérance.

Les mots du cardinal André Vingt Trois,
mercredi dernier à Notre Dame de Paris, le disent avec force.
L’espérance inscrite par Dieu au cœur de l’homme a un nom, elle se nomme la vie.
L’espérance a un visage, le visage du Christ livrant sa vie en sacrifice
pour que les hommes aient la vie en abondance.
L’espérance a un projet, le projet de rassembler l’humanité en un seul peuple,
non par l’extermination mais par la conviction et l’appel à la liberté.
C’est cette espérance au cœur de l’épreuve
qui barre à jamais pour nous le chemin du désespoir, de la vengeance et de la mort.

Eliane Brouard
Nous vous proposons maintenant de partager pour prier , de prier pour partager.

Partager maintenant pour mettre en commun nos interpellations, nos doutes, nos convictions.
Partager pour avancer ensemble et construire !
Il n’y a pas de paroles toutes faites l il n’y a pas de solutions miraculeuses..
Il y a à cheminer sous le regard de celui en qui nous croyons,
pour nous chrétiens plus particulièrement sous le regard de Jésus et à la lumière de son Esprit.
Et c’est là une chance folle de chercher à le vivre en  communauté.
Et nous avons une autre chance aujourd’hui ,
celle de pouvoir partager avec d’autres qui croient autrement, en particulier avec vous Mr l’Imam.

Alors pitié  ! Surtout pas de rites et de paroles stéréotypés.
Inventons ! goutons d’être ensemble, et reprenons force les uns des autres.

Devant un tel événement y a-t-il une bonne nouvelle que l’on oserait dire?
Qu’est-ce que Jésus  aurait pu dire dans de telles circonstances ?…

Prier…Mais prier pour quoi  faire ?
Pour écouter ce que l’on peut entendre au plus profond de nous-mêmes  à travers cet événement.
Confier les victimes et tous leurs proches  à la tendresse de Dieu
et donc à l’attention aimante de tous ceux qui vont les côtoyer.
Regarder le profil et l’histoire des terroristes,
tenter d’imaginer leurs souffrances,  leurs blessures,  leurs déceptions. ..
Et s’interroger… Que pouvons-nous  offrir  aux jeunes pour se construire,
pour avoir envie d’être acteurs d’un monde renouvelé ?
Avec eux et leurs aspirations,  pour quel monde sommes-nous prêts à travailler   ?

Prier pour confier tout cela au Dieu en qui nous croyons,
pour lui demander force, inventivité, confiance, foi dans les autres,
pour bâtir ensemble ce nouveau temps qui s’ouvre.

Et pour ouvrir ce temps de partage et de prière libre, je crois Mr l’Imam,
que vous avez souhaité nous offrir votre propre prière . D’avance merci de ce premier partage.

Jean-Luc Lecat
Un attentat contre une église est un attentat contre tous les croyants.

Dieu dit dans le Coran :
« Si Dieu ne repoussait pas les gens les uns par les autres,
des ermitages seraient démolis, ainsi que des églises,
des synagogues et des mosquées où le Nom de Dieu est invoqué abondamment… »
Sourate 22, verset 40.

Devant l’inqualifiable, devant le terrorisme aveugle
qui n’a ni foi ni loi qui a frappé cette fois une église :
tous les musulmans condamnent unanimement cet acte barbare et inhumain
et rappellent que le Coran et la sunna qui sont les textes scripturaires de l’islam
sacralisent tous les lieux de cultes et les rendent inviolables.
Nos textes mentionnent explicitement les églises et synagogues comme « sacrées  » et inviolables,
l’histoire de l’islam témoigne également du respect et de l’égard envers tous les lieux de culte.

Nous nous mobilisons tous pour refuser, bannir et dénoncer catégoriquement
tout terrorisme et toute atteinte à la vie que Dieu a rendue sacrée.

Nous présentons nos sincères condoléances
aux familles des victimes du terrorisme aveugle et barbare.

Enfin la question qui se pose et s’impose à chaque fois : à qui profite le crime ?

Il s’agit de l’atteinte à notre bien vivre ensemble dans notre société plurielle,
il s’agit de porter atteinte également à l’image de l’islam
et de nous mener vers une guerre civile aux conséquences destructrices et irréversibles.

Imam Tarik (texte mis à disposition avec la feuille des chants)
Après l’attentat dans une église !
(lu par Geneviève Poitou)

Musulmans et chrétiens de « La Maison islamo chrétienne »
sont ébranlés par l’attentat et le meurtre barbare dont fut victime un prêtre
au cours de la célébration d’une eucharistie.

Les musulmans disent à leurs amis chrétiens leur profonde indignation et leur compassion.
Ils expriment leurs condoléances à la paroisse de ce prêtre et aux catholiques de France,
ainsi que leurs vœux de guérison pour les personnes blessées.

Le jeu de Daesh est de monter les citoyens les uns contre les autres
pour pouvoir recruter de plus en plus d’adeptes.
La solidarité entre tous, croyants ou non,
et le respect mutuel sont les premières armes contre les violences
qui menacent gravement notre société.

L’amitié entre croyants renforce le désir d’œuvrer ensemble à un monde fraternel.

Les uns et les autres en appellent aussi aux responsables politiques,
quelles que soient leurs convictions.
Par-delà les clivages qui les distinguent, ils se doivent d’oublier leurs rivalités.
Nous attendons d’eux qu’ils maintiennent la cohésion sociale entre tous les citoyens.
Les paroles qui divisent sont des victoires de Daesh.

Saad Abssi, Mohammed Benali, Christine Fontaine, Michel Jondot (prêtre)
Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray :
Un prêtre assassiné, surenchère dans l’horreur.
(lu par Mounya HANI)

Paris, 27 juillet 2016 – AISA ONG Internationale, condamne l’horrible crime
perpétré à l’Église de Saint-Etienne du Rouvray ôtant la vie à un prêtre
et blessant plusieurs personnes. La multiplication de ces actes terroristes
constitue une attaque à la cohésion de la société. Nous ne devons en aucun cas
entrer dans le jeu de ces terroristes en laissant croire et entendre que l’Islam
serait la source de leur motivation et alimenter un appel à une guerre de religion.

Rejeter la faute et accabler tous les musulmans en les rendant responsables
de cette folie meurtrière serait une erreur qui trahirait les fondements de la république
qui sont l’égalité, la fraternité et la liberté qui unissent la nation,
protègent toutes les confessions, garantissent toutes les libertés d’opinions
et un vivre ensemble qui protège la dignité de chaque membre.
Quant à ceux qui sont fidèles aux préceptes de l’Islam,
ils doivent rejeter avec force et sans ambiguïté l’extrémisme,
ce mal contagieux qui sème le chaos et la désolation d’un bout à l’autre du monde.

Il est urgent de s’unir pour faire face à ce fléau
en éduquant au respect de la sacralité de la vie, en nourrissant les consciences
par la sagesse et la noblesse des caractères et en fortifiant plus que jamais
les liens de fraternité de la famille humaine.

communiqué du Cheikh Khaled Bentounes,
guide spirituel de l’Association Internationale Soufi Alawiya
Extrait du cahier des témoignages mis à la disposition des passant
au sujet de l’assassinat du Père Jacques Hamel.

C’est un drame qui touche notre foi, notre église qui nous atteint profondément.
Prions pour la paix dans le monde,
pour les chrétiens, les musulmans, les juifs, les autres croyants.
Sachons nous rassembler.
Paix au Père Jacques qu’il soit au-dessus de nous et qu’il protège notre monde.


C’est dans la tempête que se révèlent nos cœurs vaillants.
Que le vent de l’esprit souffle fort sur nos âmes
afin que nous soyons persuadés
que nous pouvons déplacer les montagnes de haine et de vengeance.
Alors la confiance nous aidera à déclencher une tempête d’amour.

Mardi 26 juillet 2016 Saint Merry
Prière universelle du 31.07.2016

Je veux lire un signe dans ces évènements douloureux :
qu’ils nous réveillent, qu’ils secouent notre monde endormi dans le confort et les certitudes,
dans la confiance en une économie toujours plus performante, toujours plus excluante,
tandis que bien des formes de vie sont menacées sur terre.
Seigneur je te prie pour que, demain, un monde plus beau, plus équitable, plus fraternel,
permette à tous les jeunes de se construire dans la paix.

Marie-José Deschamps
Viens à notre secours

Mon Dieu, comme l’enfant qui se jette dans les bras de son père,
je crie vers toi,
viens à notre secours, notre monde est en grand danger.
En colère je le suis, face aux horreurs qui sont commises,
ces crimes qui surgissent de partout,
ces pauvres gens, les enfants surtout,
qui n’ont pas eu leur compte de vie.
Je suis désemparée, délivre moi de la peur
si un jour elle vient me ronger et m’immobiliser.
Je dois m’accrocher à l’invincible espérance.
Je te dis souvent : «Mais comment cela va pouvoir s’arrêter?»
Ceux qui tuent sont aussi tes créatures,
tes pensées, ton point de vue ne sont pas les miens,
alors je remets entre tes mains les auteurs de ces crimes.
Que ton Esprit vienne visiter et éclairer
toutes tes créatures, sans exception.
Quand l’amour manque c’est le chaos,
Mais là où il y a de l’amour Tu es là.
C’est ici en bas sur notre terre que tout se passe.

Jacqueline Casaubon

Seigneur, apprends nous la vraie mesure de nos jours
et aide nous aussi à redonner à notre mesure et là où nous vivons
ce que nous avons partagé ici en termes de prière et d’amitié fraternelle.

Alain Clément
Plusieurs auteurs ou lecteurs des textes lus lors de cette célébration
nous indiquent des liens permettant de comprendre davantage l’indignation
exprimée par des musulmans et de s’associer à cette indignation.

 http://www.jmve.ch/

Attentat contre une église est un attentat contre tous les croyants

la Sacralité de la vie en Islam

Doctrine Malikite

 

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