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Après – After. L’expo d’été 2020

Après deux mois d’épreuve, de remise en cause individuelle et collective, beaucoup ne veulent plus que ce soit comme avant. Pour  contribuer à la recherche, par chacun, de réponses justes, le Collège des arts visuels propose un « après » à voir, à expérimenter. Il a choisi six artistes dont les œuvres permettent d’ouvrir sur un  avenir à construire ensemble, mais dont l’accrochage permet aussi  de découvrir le patrimoine de l’église sous un jour nouveau. Trois ont déjà exposé, deux viennent pour la première fois et le dernier a inauguré le Socle.

Cet événement qui se déroulera en synergie avec l’Accueil confirme que l’art est une composante importante dans la manière dont Saint-Merry conçoit le rapport au monde : accueillir généreusement tous ceux qui dans ce temps de vacances sont en quête de culture, de spiritualité, de relations gratuites, de retrait d’une société marchande bouillonnante. L’exposition 2020 est conçue comme un « avant-goût » de l’« Après ».

Partir de la foi des artistes dans leur art et faire place à l’impact des œuvres sur ceux qui les regardent : une hospitalité offerte par les croyants de Saint-Merry qui manifestent leur foi par un accueil, simple et chaleureux.

Les photos qui accompagnent cette présentation correspondent aux projets qu’ils ont présentés, elles feront place à des photos in situ lorsque l’exposition sera montée.

Les EpouxP. Cyanotype (célébrer la Cène au 24e jour de confinement)

Tissu. Cyanotype. Croisée du transept

Les EpouxP. Cyanotype

Dans cet espace central plein de solennité, une très grande toile bleue (3,71 x 0,95 m) évoque la Cène. Ce n’est pas un tissu peint, mais une photographie très particulière, produite le Jeudi Saint 2020 par Pascale et Damien Peyret alors qu’ils ne pouvaient se rendre aux offices de Saint-Merry. Elle a été conçue avec les moyens à leur disposition selon une technique de 1842, le cyanotype, puis poursuivie le Vendredi Saint et, dans la période de silence qu’est le samedi, transmise à Voir et Dire, pour être publiée le dimanche de Pâques. « Douze cercles parfaits comme des hosties de part et d’autre d’un cercle lumineux au centre, et face à celui-ci une coupe traversée par la lumière.» Lire Pascale Peyret

RERO. Réel, virtuel et spirituel

Tissu imprimé et lettres découpées. Retables et murs du transept

Quatrotype. Réel, virtuel et spirituel

Cet artiste franco-brésilien est un des grands noms de l’art contemporain très apprécié d’une population jeune et de jeunes professionnels. Venu de l’art urbain, il interroge le fonctionnement du monde et interpelle le visiteur par des mots ou de courtes phrases, conçus in situ, présentés toujours de la même manière : police typographique soignée, Verdana, la plus lisible et la plus utilisée dans le monde, barrée aux 2/3. Paradoxalement, celui qui regarde fait un effort pour mieux lire et, surtout, voit mieux le support. Les mots ont été choisis avec des membres du Centre pastoral. Des interrogations, en poésie visuelle, destinées aux croyants et aux non-croyants. Comme la question de « l’Après » se pose dans tous les pays du monde frappés par la pandémie, il a été décidé de décliner ce terme en quatre langues et d’accrocher ces mots dans des espaces qui reçoivent généralement de la peinture religieuse. Celle-ci comprend parfois des mots (ainsi le tableau de Simon Vouet) et interpelait la foi des croyants. L’artiste contemporain fait un peu de même mais surtout autrement.

Isabelle Terrisse. Le nid douillet.

Sculpture sur ossature de fer, nappes de douilles collées. Carré Verrerie

Isabelle Terrisse. Maquette 20 juin 2019

L’exposition de cette œuvre dans laquelle on aurait pu s’asseoir était prévue de longue date par une artiste qui avait apprécié le dialogue avec le Collège des arts visuels. Or elle est décédée brutalement le 13 avril. En accord avec son mari et ses fils,  il a été décidé de lui rendre hommage en exposant simultanément sa grande pièce terminée seulement au tiers  et la maquette initiale. Cette sculpture, dans laquelle on aurait pu entrer et méditer, sera présentée, comme il avait été décidé, face au Christ aux outrages de Pierre de Grauw. 

ARYZ : La Causa / La Cause / The Cause

Installation. Chapelle de communion

ARYZ. Exposition d’été 2020

Il y a des coïncidences qu’il ne faut pas manquer de souligner. Pour la première exposition organisée sous le mandat du père Alexandre Denis, curé de Saint-Merry, mais aussi aumônier des forains et des personnels des cirques, un grand peintre muraliste espagnol met en scène le combat d’un lion et d’un dompteur. Non pas une scène de genre revisitée sur le mode du divertissement, alors qu’il n’y a plus de lion dans les cirques, mais une installation peinte renvoyant à la symbolique multiple du lion. Elle prend  une force supplémentaire après la pandémie du COVID où l’homme s’est battu avec un être invisible à l’œil nu.

Le lion représente le pouvoir et la force, politiquement la majesté, mais il est aussi l’image de la solitude et de la réflexion. S’il fait référence  à une nature royale, le roi de Juda, il signifie aussi l’apparition du mal qui attend patiemment le bon moment.

L’artiste espagnol représente souvent la question de la lutte ; ici, l’homme plie devant l’animal. La  lutte est aussi un thème biblique abordé à de multiples reprises (Jacob et l’ange, Caïn et Abel, etc.), elle est inhérente aux comportements humains. Mais dire la lutte, c’est surtout aspirer à la paix. Mais qu’elle en est la Cause / la Causa / the Cause de ce conflit qui mène à un « Après » ? Telle est la question que semble poser l’artiste dans son installation ouverte à bien d’autres réflexions et interprétations. Une œuvre ouverte qui interpelle chacun.

L’accrochage au milieu de la chapelle de Communion n’est pas neutre après l’épidémie de Covid. L’œuvre est placée au pied d’un tableau du XIXe représentant saint Charles-Borromée faisant face à un autre mal, l’épidémie de peste (1576), alors qu’il organisait la population milanaise, le confinement de l’époque, et distribuait la communion. En concertation avec l’Accueil, cette œuvre offrira l’opportunité de découvrir les représentations multiples d’animaux dans cette église, dont le lion qui joue un rôle symbolique fort dans le chef d’œuvre de Théodore Chassériau (1843), « Sainte Marie l’Égyptienne » et un autre à découvrir….

Valérie Simonnet. Ma vie en 16/9

Photographies et vidéo. Crypte

Valérie Simonnet. Ma vie en 16/9

De nombreuses œuvres de confinement commencent à apparaître avec des intentions très diverses. Valérie Simonnet est une photographe que Saint-Merry connaît bien. Une relation profonde et respectueuse s’est nouée, car l’artiste aborde des sujets auxquels les membres du centre Pastoral sont sensibles (Voir précédente exposition).  Depuis sa fenêtre, durant deux mois, l’artiste a observé ses voisins de loin. Avec une vingtaine de photos, elle ne s’intéresse pas à l’immeuble, dont on ne sait rien, mais aux fenêtres individuelles, à l’humain qui est derrière. Elle s’approche de lui avec douceur et tendresse, comme son autre. Elle accueille ce qui est témoigné de l’intérieur (matériel) des personnes photographiées. Le format des clichés (16/9) est fortuitement le même que celui des fenêtres. Une invitation est faite à chaque visiteur de prendre de la distance par rapport  à sa propre expérience de confinement.  Une bande-son de piano créée pour l’exposition et la vidéo de l’ensemble des clichés accompagneront cette œuvre

Un catalogue a été édité à cette occasion.

Claudie Titty Dimbeng. Passage

Acrylique. Déambulatoire

Claudie Titty Dimbeng. Le Passage. (195x130cm)

Cette artiste franco-ivoirienne a déjà exposé ses grandes toiles lumineuses dans le cadre de l’exposition-découverte sur la spiritualité de la peinture ivoirienne (Vohou-Vohou). Passage est une œuvre de 2006 qui prend un nouveau sens.  Conçue initialement dans un espace féminin, lieu d’intenses partages sur des thèmes aussi divers que la sororité ou l’enfantement, cette toile mystérieuse utilise des formes animales, des motifs ornementaux végétaux  et des symboles akan propres à l’Afrique de l’Ouest pour dire l’union et la fécondité. Le Passage s’arrête à un moment où commence l’Après.

L’accrochage se fera derrière l’orgue de chœur et face à la chapelle de saint Vincent en Afrique.

Jean Deuzèmes

Localisation des œuvres de l’exposition d’été

Un article de commentaires plus précis sera publié ultérieurement.

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