Arrêtez de me chauffer les oreilles

J’aime les philosophes, mais ils ont trop vite l’idée que Dieu est forcément « tout-puissant ». Là, ils à me chauffent les oreilles.

Ce Dieu là fait-il disparaître ma sciatique ? A t-il empêché ma femme de mourir ? M’empêche t-il de faire des bêtises ? Dieu-tout-puissant, allons donc !

Et que fait ce Dieu-là à Calais, en Syrie, dans les magouilles politiques et autres horreurs ?

Ma conclusion : ce Dieu-là n’existe pas. Ce serait un Dieu pervers qui aiderait les hommes s’il en a envie et ne les aiderait pas s’il n’en a pas envie. Pouah, quelle horreur que ce Dieu-là !

Ou alors, c’est que Dieu est impuissant et ça ne m’intéresse pas.

A moins que… Dieu ne soit ni puissant ni impuissant au sens habituel, qu’il ne soit « qu’amour tout puissant ». Le Credo affirme d’ailleurs : « Père » tout-puissant. « Dieu n’est même que cela : il ne peut que ce que peut l’amour ». Et l’amour tout-puissant de Dieu passerait par le mien dès que je peux faire quelque chose pour autrui ou qu’autrui le peut pour moi.

Ai-je enfin trouvé la vraie nature de Dieu ? Finalement, je n’en sais rien, j’ai à présent une idée de Dieu qui me va bien mais dont la vérité reste impossible à démontrer. Le plus difficile m’attend : faire confiance à Dieu sans parvenir à cerner sa nature ni même savoir s’il existe vraiment : passer du « croire que Dieu est ceci ou cela » au « croire en lui ».

François Delivré

Merci à Hans Jonas et François Varillon

1 Commentaire

  • Un livre très éclairant sur le sujet a montré que le mot « tout-puissant » s’était en fait sédimenté en moyen-âge, mais qu’avant le concile de Nicée il signifiait en réalité « puissant sur le tout » , « seigneur de l’univers » (pantocrator). Le premiers chrétiens ne se posaient pas le fameux problème du mal de la même façon, ils n’avaient pas cette conception d’un Dieu aux super-pouvoirs, mais parlaient simplement par là du fait qu’il était créateur. Je trouve que c’est déjà plus compréhensible, et c’est tout à fait compatible avec votre billet d’humeur !
    (le livre en question s’intitule (pas très sexy) « Pantocrator: le « Père tout-puissant » dans la théologie prénicéenne », JP Batut)

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