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Atelier « Foi & Politique »

La salle Xavier de Chalendar était comble ce dimanche 8 janvier. Une centaine de personnes s’y entassait pour cette première réunion de l’Atelier Foi & Politique autour de l’appel des évêques « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Suite lors de la prochaine réunion de l’Atelier : dimanche 5 février à 10 heures.

Dans un premier temps, Jean-François Petit a remis ce texte dans son contexte. Dans un deuxième temps, Guy Aurenche en a présenté les enjeux pour la situation de notre pays. Un débat s’est instauré avec les participants.

Dans une première partie, Jean-François Petit remet le thème Foi & Politique dans son contexte

Question de fond : Comment croire encore à la politique ? Comment s’y investir et comprendre ? Malgré les rivalités, les affaires. Est-ce qu’on règle les problèmes fondamentaux ?
Les chrétiens ont tendance à une séparation pas toujours très claire des genres, selon la parole du Christ : « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Par nature, l’Église n’a pas à privilégier un régime. De fait, dans l’histoire elle a soutenu tous les systèmes. Mais il y a une cohérence profonde avec la démocratie.
Vatican II souligne « la juste autonomie des réalités terrestres » ( Gaudium et Spes, §76). Tout ne vient pas d’une conception religieuse. Pas plus de politique chrétienne que de mathématique ou de philosophie chrétienne. Mais être croyant dans la cité, c’est réfléchir sur « le bien commun », le bien de tous et de chacun et des générations futures.

Les attentes concernant la politique : que les politiques s’intéressent à la vie quotidienne des gens, moins de hiérarchie dans les organisation, cultiver les solidarités, respecter une flexibilité dans les agendas politiques, des programmes plus souples, qui dépassent les arguments de campagne… – tout se vit en fait plus à des niveaux locaux que nationaux – mais la politique, c’est aussi ne pas perdre le sens des ensembles, ce qui est opposé à une approche individualiste.

Les grands textes de l’Eglise de France
1972 : Rapport de Mgr Matagrin. « Pour une pratique chrétienne de la politique »
1996 : « Lettre aux catholiques de France » pilotée par Mgr Dagens : acceptation de la pluralité, du conflit mais ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise
1991 : Commission sociale de l’épiscopat « La politique, l’affaire de tous »
1999 : « Réhabiliter la politique ». Face à deux « risques », la mondialisation et la montée du pouvoir des experts

Questions récurrentes

La question des élus : les élus locaux ou parlementaires ont de plus en plus un rôle d’ « assistante sociale » – mais sont soumis à la logique de leur parti où ils ne sont guère libres.
La question de l’espace du politique : local ? National ? Européen ? Mais avec quels partenaires ? Sont notamment en cours des négociations avec le Niger : coopération, oui mais, contre barrage de l’immigration !
La question de la participation : tentation des extrêmes et du repli communautariste.
Mais apathie devant des enjeux pas clairs et insuffisance des corps intermédiaires (partis, syndicats, associations…).
Conclusion : nous sommes appelés à une vigilance démocratique. On peut – on doit – animer toutes ces questions et s’impliquer personnellement.

Dans une deuxième partie, Guy Aurenche a présenté les enjeux du texte des évêques

C’est un texte de plus ou on s’en empare ?
Les prises de parole des évêques, c’est un texte court en juin : « 2017 année électorale – quelques éléments de réflexion », puis octobre « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Les deux textes sont dans le livret.
Dans le texte de juin les évêques voulaient donner du grain à moudre aux futurs candidats : quels types de sujets doivent être abordés dans les programmes des uns et des autres : les évêques proposent une liste : démocratie, un projet de société, le pacte éducatif, la solidarité, le bien commun, les migrants, l’Europe, l’écologie. Et pour nous, quels sujets nous semblent incontournables pour nos débats ? Ce texte vise les élections de cette année. Deuxième texte plus complet au mois d’octobre.

Ces deux textes ne s’adressent pas aux chrétiens, mais « aux habitants de ce pays ». Pour nous communauté, quelle est notre relation avec les habitants de notre pays ?
Sur le texte d’octobre, les évêques soulignent qu’ils ne veulent pas s’immiscer. Mais nous, n’hésitons pas à nous immiscer. Parlons avec prudence au sens de sagesse, mais sans hésiter…
L’espérance chrétienne n’est pas seulement individuelle mais elle est aussi collective. Comment je donne à cette espérance une dimension intrinsèquement collective ?

Trois grandes étapes dans le texte

1 – Un regard lucide, un effort d’intelligence
Cela rejoint Laudato si’ §17. « Je propose de nous arrêter brièvement pour examiner ce qui se passe dans notre maison commune ».
Un travail difficile, mais indispensable. On saute souvent cette étape.
C’est toute une position évangélique : que souhaites-tu ? Qui es-tu ?
J’inverse les termes : je ne cherche pas les raisons chrétiennes vers le politique, mais qu’est-ce que la politique apporte à notre foi ? Respecter le monde dans lequel nous travaillons : qu’est-ce que le politique me dit de la puissance, du compromis ? ensemble, pour l’ensemble, un regard en appétit.
Jésus interroge la Samaritaine, il regarde la société : « Donne-moi à boire ».

2 – Ensemble participer à ce travail de refondation.
Il faut que ensemble les chrétiens avec la population nous nous lancions dans un travail de refondation. « Nous ne pouvons pas laisser notre pays voir ce qui le fonde s’abîmer gravement. » Très vite est pointée la division dans la société française : l’une des causes qui abîme cette possibilité de vivre ensemble : un constat et une proposition. Comment participer à ce travail ? Ce document dit clairement qu’il ne vise pas que les prochaines élections : les communautés sont invités à poursuivre ce travail.

3 – Les évêques proposent une méthode : le débat, le dialogue, entre nous, et avec tout cet ensemble des habitants de notre pays. Les modalités :

  • La parole de l’autre. C’est quoi ta parole ? Revenir sur le travail d’écoute.
  • Creuser nos convictions : quelles sont nos convictions ? Comment exprimer la croix dans le débat d’aujourd’hui, sans tomber dans le dolorisme ?
  • Organisation d’un débat respectueux de l’autre, mais qui n’hésite pas à aller en profondeur, mais aussi savoir exprimer ses convictions.
  • Travail de reformulation commune.

4 – Quelques points dans le document :

  • retrouver le politique et son sens spécifique, sans discréditer la politique qui est une des expressions de ce souci du politique,
  • société en tension : une société à fleur de peau, qui sur réagit,
  • ambivalences et paradoxes : pas de solutions toutes faites,
  • contrat social à repenser : l’esprit général du texte,
  • constat : différences culturelles et intégration – richesse et questionnement,
  • l’éducation, l’identité – qui suis-je ? Une vraie question, même si des manipulation,
  • la question du sens : une vie en société ne peut être le sens de vies juxtaposée – articuler le je et le nous
  • crise de la parole,
  • une juste compréhension de la laïcité.

Un pays en attente
Se mettre en question dans nos vies personnelles, de travail, sociales, d’engagement.
Un texte très intéressant à travailler, le second texte plus littéraire…
Il y a des points que nous pourrions travailler de façon plus conséquente.

Un état des lieux de la question : réactions des participants

  • Voir ce qui se passe dans Paris. Il faut s’entendre sur ce terme de débat : cela peut être très extérieur, ou on peut être impliqué…
  • Faire une distinction entre le politique et la politique : les stratégies des politiques font aussi partie du politique, sont importantes à suivre, il ne faut pas les mépriser.
  • Retenir en politique aussi le temps long, incontournable : les choses viendront quand elles doivent venir.
  • La recherche du bien commun : nous sommes tous impliqués mais en France, peu de culture du compromis : le syndicaliste décédé il y a peu François Chérèque en fut un des initiateurs : certains perdent, certains gagnent dans une péréquation d’intérêts bien comprise par tous.
  • Comment débattre? (cf les difficultés autour du « mariage pour tous »). Savoir dire, c’est une technique pour aller vers l’écoute. Chacun a des présupposés mais il peut aussi essayer de comprendre les différences. La communication non violente est à développer (cf groupes « parole des migrants » et « parole des pauvres »). Jean-Claude Caillaux, d’ATD Quart-Monde, la fait vivre dans des groupes : tout peut se dire mais on ne dit jamais « non, je ne suis pas d’accord ! » mais « quel est ton point de vue ? ». En plus des débats entre nous, avec qui avoir un débat à Paris ? Comment l’aborder avec des gens avec qui on n’est pas d’accord ? Ok pour des compromis mais il faut aussi savoir sur quels fondements et quels contenus (par ex. sur les questions de migrations, de solidarité internationale…).
    – Quid des élections à venir ? : Celles-ci sont surtout vécues comme un sondage, peu d’implication des personnes. Comment passer d’une démocratie représentative à une démocratie participative ?

Propos recueillis par Anne René-Bazin et révisés par leurs auteurs

 

 

 

 

1 Commentaire

  • à la liste des « Grands textes de l’Église de France » consacrés à ce sujet, on peut ajouter: Les Évêques français prennent position. La Société La Politique Le Socialisme Les Pouvoirs publics La Civilisation, Le Centurion, 1972, 288 pages.

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