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Atelier « Fondamentaux de la foi » : Michel de Certeau

Après la recherche menée précédemment sur le rapport à la culture de Michel de Certeau (1925-1986), Jean-François Petit nous introduit à la vision de l'Eglise selon Certeau. Dans notre première rencontre le 7 janvier, il a proposé les axes de cette recherche, et le 4 février il a présenté la thématique de l’ouvrage "L'étranger ou l'union dans la différence", et ouvert le débat. Ce titre à lui seul nous situe bien dans les orientations pastorales de Saint-Merry. A chaque séance, J-F Petit nous informe sur l’actualité de Michel Foucault et de Michel de Certeau. Prochaine réunion le dimanche 11 mars à 10h, à St-Merry.

Atelier Michel de Certeau, dimanche 7 janvier 2018. Après s’être penché sur les aspects culturels des recherches de Michel de Certeau, l’atelier se consacre cette année aux domaines ecclésiologique et théologique de ses travaux, toujours en relation avec ce que nous vivons : Michel de Certeau, hier ET aujourd’hui.

Cinq orientations ont été dégagées :

  1. Une sagesse scientifique : interroger le monde contemporain, notamment sur la « déshumanisation civilisée » que nous vivons
  2. Une quête de « l’inconditionné » : Certeau était mobilisé par la
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    quête mystique. En quoi ses recherches rejoignent-elles les « aventuriers du spirituel » d’aujourd’hui dans un contexte de montée de l’Islam d’une part et de matérialisme hédoniste (Onfray) d’autre part ?

  3. Le langage de la foi : face au constat d’une inadéquation de la transmission des expériences religieuses, il s’agit de sortir des compartimentages, en tenant compte de la référence croissante à l’image, des « fake news », etc.
  4. L’accès à la pensée : comment mettre en circulation pour aujourd’hui des textes éloignés dans le temps, dans la mesure où l’attention est transformée, où nos sociétés sont régies par l’émotion et où nous sommes de plus en plus digitalisés ? Comment trouver de nouvelles modalités de la parole ?
  5. Une pratique historique : nous sommes dans des filiations longues. Comment réinsérer ce qui se joue aujourd’hui dans des pratiques plus longues, tout en cultivant l’étonnement face aux phénomènes contemporains ?
    Lire ici le compte rendu complet.

Atelier Michel de Certeau, dimanche 4 février
La séance du 4 février 2018 a porté sur « La figure de l’étranger » chez Michel de Certeau, à partir de L’étranger ou l’union dans la différence, paru en 1969. Le sommaire suffit à donner le ton de ce livre, construit de façon significative en deux parties : en premier lieu « La rencontre », puis, dans un deuxième temps, « Le mouvement de la foi ». Parmi les chapitres : Introduction : « L’expérience spirituelle », puis quelques thématiques : « L’étranger », « Le temps des conflits », « Unité et division des catholiques », « Donner la parole», « La conversion du missionnaire », « Situations culturelles, vocation spirituelle », « La révolution fondatrice ou le risque d’exister », « La parole du croyant en un langage d’homme », « Apologie de la différence » – Conclusion : « Comme un voleur ».

Comment se fabrique la figure de l’étranger ? C’est la présentation du livre par Jean-François Petit  à lire ici.

Après l’exposé de Jean-François, s’ouvre le débat.
On évoque le fait que Michel de Certeau faisait partie du jury de thèse d’Antoine Delzant.
JF P : Il faut qu’on retrouve le sens de ces filiations qui nous portent, sans rompre consciemment ou par négligence avec ces traditions. C’est ce qui nous donne du poids et de la crédibilité.
EB : Le livre de Christoph Theobald « Urgence pastorale » nous permettrait d’inventer un autre mode d’organisation qui permettrait de s’inscrire toujours dans cette fidélité.
AB : Le week-end dernier organisé par Coexister à Saint-Jacut, autour du thème « Dieu est-il sexiste ?»,  a permis la rencontre de gens de tous horizons et tous âges, – musulmans, juifs, chrétiens, agnostiques – ainsi que des « altercathos » : tous frappés et heureux de la confiance et de l’écoute vécues dans les échanges. Est-on capable à Saint-Merry de tenir des débats aussi ouverts ?
MT : Certeau dit qu’on ne peut pas résorber l’étrangeté : c’est très vrai et nous sommes tous le territoire des autres, ce qu’on devient se fait dans les contacts avec les autres. Alors que notre acharnement à marquer nos identités semble traduire la volonté de marquer quelque chose de bien précis auquel les autres n’ont pas droit.
JFP : Sur cette question de l’identité qui est fondamentalement relationnelle, il y a des agents facilitants et d’autres bloquants : par exemple Finkielkraut et son livre sur « L’identité malheureuse », nostalgie d’une forme qui n’a jamais existé… Ce qui est important, c’est comment on recompose un projet, on réfléchit à des modes de gouvernance, chacun étant porteur de l’Evangile. C’est l’intérêt du retour historique, et de lieux de paroles comme celui-ci, dans la pensée et dans les pratiques. Ces filiations vous portent comme l’histoire longue de la communauté. Et il faut se ressaisir face au danger de l’éclatement.
Le dialogue Certeau Foucault  m’intéresse au premier chef. Au colloque de la Sorbonne (2/4 février), on présentait le livre de Foucault qui est tout entier

Saint Augustin par Sandro Boticelli

une lecture des Pères de l’Eglise, autour de Saint Augustin etc… Foucault cherchait comment se mettent en place des structures comme le mariage. Une structure qui n’est pas donnée d’emblée comme le baptême, et qui reprend les formes héritées de l’empire romain : la sacramentalité du mariage, même le pape essaie de la faire bouger. Philippe Chevallier est un des seuls à avoir la culture en patristique pour parler de la position de Foucault. Et Foucault est lu aujourd’hui par des libertaires… Comment rectifier en France cette image de Foucault ? Il y a eu quelques questions, mais les organisateurs étaient dépassés par la foule… On parle partout de Michel Foucault, mais à partir de mondes parallèles.

Quelques informations
1 – Du 1er au 3 février se sont tenues trois journées d’un important colloque international à la BNF et à la Sorbonne « Foucault, les Pères et le sexe », à l’occasion de la parution du dernier livre inédit de Michel Foucault : « Les aveux de la chair », examinant les premiers temps du christianisme. Philippe Chevallier en était un des organisateurs, il nous salue tous, lit avec intérêt nos compte-rendu, et souhaite que nous continuions à travailler sur Michel de Certeau. Le colloque, très intéressant, a mis en évidence le manque de culture sur le christianisme des fidèles de Michel Foucault
2 – Un contact a été pris avec Vincent Puig, directeur adjoint de l’Institut de recherche et d’innovation de Beaubourg, et adjoint de Bernard Stiegler, grâce à qui il serait peut-être possible de reprendre des contacts plus soutenus avec Beaubourg.
3 – L’ancien doyen de la faculté de philosophie Hubert Faës, président de l’association Stanislas Breton, serait susceptible d’organiser quelque chose avec nous. Il est également président de Alethe, centre d’études théologiques, fondé par Antoine Delzant, qui travaille désormais en lien avec Confrontation.
4 – Il vient de d’être réédité, par les Editions Chronique sociale ,un livre des années 60 « La foi en débat, Science et foi », signé de Robert Coffy, ancien archevêque de Marseille – appuyé sur Teilhard de Chardin, et qui reste pleinement d’actualité.
On peut signaler aussi la parution de l’ouvrage « Michel de Certeau, le voyage de l’œuvre » (Ed. Facultés jésuites de Paris, 2017, 19€). Celui ci reprend le colloque de mars 2016

Prochaine réunion le dimanche 11 mars à 10h, Salle Xavier de Chalendar
On y travaillera le texte de Thérèse-Marie Jallais : « Julia Kristeva, Michel de Certeau et l’expérience mystique : vers l’union ? »
Texte à découvrir ici.

 

 

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