Atelier Michel Foucault 30 mars

Ainsi Foucault n’a pas été lu suffisamment, alors qu’il a un rapport au christianisme puissant, jusqu’à présent très sous-estimé et très peu travaillé : à nous de faire cette lecture et ce travail.

Atelier du 30 mars 2014 – Michel Foucault

Animé par Jean-François Petit

Foucault - G.P.

Commentaire d’actualités

Différents groupes de réflexion survivent en France, y a-t-il convergence entre eux ? Autour de Mounier d’une part, avec la résurrection des cahiers d’Emmanuel Mounier. Il a abordé la question de la femme en 1930 avec un livre « La femme est aussi une personne »… Appropriation d’auteurs européens par des non-européens : les Africains travaillent sur Mounier, qui en 1948 avait écrit « L’éveil de l’Afrique Noire ». Autour de Teilhard d’autre part, qui regroupe une trentaine de groupes. Tous les ans un colloque se tient à Roch Estello, en face de la Sainte Baume, cette année sur « la femme ». Très peu de gens continuent à travailler sur ces thèmes.

Mais tout ceci s’est grippé : nous péchons par manque d’organisation et de vision stratégique. Ce sont des petits groupes qui dominent les débats, imposent leur langage, obtiennent ainsi l’annulation d’une conférence de Fabienne Bruguère…

 

Il a lu très profondément les Pères de l’église, il est aussi à l’arrière des pratiques de justice, lu dans les écoles de magistrature. Il a vraiment exploré le christianisme : beaucoup de choses à penser avec lui.

 

Mal faire, dire vrai – Cours du 20 mai 1981 – Cette séance tourne autour des pratiques de l’aveu dans sa dimension judiciaire. Michel Foucault explore la contamination des pratiques pénitentielles sur la compréhension de la justice.

 

1 – Le but premier est d’extorquer des aveux. Se pose la question de l’intime conviction des jurés, et de la qualité de l’aveu. La tendance aujourd’hui est celle de l’externalisation de la justice, qui se déresponsabilise en développant le recours aux experts. Mais les experts produisent de la normalisation : c’est l’expert qui définit les cadres, y compris en église.

 

2 – Page 200, Michel Foucault fait ressortir la diversité des pratiques sociales et des pratiques culturelles de l’aveu. Il faut mettre en place un jeu plus large de formes : par exemple au Rwanda, les tribunaux « gachacha » sont différents d’une forme de justice très rationalisée. D’ailleurs même le droit canonique, bien appliqué, protège les personnes, mais mal conduit, il peut agir contre elles.

 

3 – Pour rendre la justice, il faut s’adresser à des sujets, développer une herméneutique du sujet : comment le sujet se comprend lui-même. Foucault qu’on disait anti-humaniste (les Mots et les Choses) semble en fait chercher à quel moment l’homme est homme. Il nous renvoie à la grande difficulté d’aujourd’hui : que peut-on encore dire de l’être humain ? que va-t-il rester de l’homme ? Cette question de l’homme augmenté, l’Eglise l’aborde trop lentement. Il faut aujourd’hui reprendre Teilhard de Chardin, qui travaillait le rapport entre les sciences et la foi, mais à nouveaux frais.

 

Michel Foucault rejoint Deleuze, Guattari face à l’impact de la machine pénale, judiciaire : il faut inventer des dispositifs de parole, pour travailler différemment le savoir, le pouvoir, les relations. Une des grandes fonctions de l’Eglise devrait être de créer un espace de parole libre. Il y a une attente, une demande. Quelle est notre capacité de répondre ? Comme on pourrait-on créer des ponts dans différents domaines ?

 

La place du symbole

Il faut participer à la construction d’univers symbolique. Foucault voit bien que l’aveu a été érigé au rang de symbole, au lieu d’être ce qui établit la vérité. Face au symbolisme marchand, le symbolisme religieux est à retravailler : c’est ce qui relie les gens. À St Merry, on use beaucoup de la parole ; il y a un équilibre à trouver avec le symbole : par exemple les déplacements parlent autant… Cherchez les liens : symbole vient de SUN, c’est-à-dire avec. Comment trouver des liens dans une communauté assez diffractée ?

 

Foucault essaie de montrer quelle organisation peut nous relier avec la justice, avec la société. Il conclut qu’il faut valoriser la parole. À un moment donné, il faut dire les choses, pour résister à la société du tout répressif. Foucault s’exprime au temps des débats sur la peine de mort, des lois sécurité liberté – on a peur de la société. Aujourd’hui c’est beaucoup plus diffus, intériorisé. Qu’est-ce qu’on a pris, qu’est-ce qu’on a laissé de cette société des années 80 ? Les processus de normalisation n’ont pas cessé, même dès l’enfance. Foucault milite pour liberté, la pluralité. On a à analyser la façon dont on contraint, yc dans les communautés chrétiennes. Jésus dit : va !…

Un nombre de chantiers énormes à ouvrir…

 

Compte rendu par Anne René-Bazin

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