Atelier Michel foucault 6 avril

Entretien de Michel Foucault avec Jean François et John De Wit du 22 mai 1981[2]

Exposé de Philippe Chevallier[1]

Michel FoucaultL’entretien comprend quatre éléments : un regard rétrospectif sur l’ensemble de son œuvre qui en met la cohérence en lumière, ses déplacements méthodologiques, les polémiques récentes – et Foucault , poussé dans ses retranchements, pose la question : qu’est-ce qu’être un philosophe engagé dans la vie de la cité ?

Philippe C. analyse chacun des points :

1 – Foucault résume sa quête depuis une vingtaine d’années. Il ne pose pas la question : « Qu’est-ce que la vérité ? » mais : « Pourquoi la vérité est-elle entrée aussi profondément dans nos vies individuelles et sociales ? » Il décline cette question autour de quatre grandes thématiques : la fol
ie, l’homme, le crime, la sexualité.

Dans Histoire de la folie à l’âge classique, il se demande quand et pourquoi on a voulu, à partir du regard qu’on porte sur lui, savoir qui est le fou.

Dans Les mots et les choses, il pose la question :« Quelleest la vérité de l’homme ? À partir de quand les sciences humaines ont-elles existé ?

Dans Surveiller et punir, il se demande à partir de quand on a cherché à comprendre la personnalité du criminel : « Dis-moi ce que tu as fait, mais surtout dis-moi qui tu es. » (p. 249).

Dans La volonté de savoir, il rechercheà partir de quand la sexualité est devenue un objet scientifique. Initialement, il est parti du XIXe siècle. Plus tard, il est remonté plus en amont, jusqu’au christianisme des premiers siècles qui a mis en place l’obligation de dire la vérité sur soi-même.

 

2 – Les déplacements méthodologiques depuis 1970 :

– Pour travailler la question du pouvoir dans ces thématiques, il abandonne l’hypothèse répressive. Le pouvoir n’est puissant que dans la mesure où il est producteur. Il faut l’analyser dans ce qu’il va produire en forme de rapport à soi (le pouvoir est généralement analysé sous sa forme négative). Les revendications identitaires font le jeu du pouvoir auquel ils s’opposent.

– Dans la conférence de 1981, il dit que le pouvoir n’est pas seulement extérieur ou intérieur, nous sommes acteurs d’un pouvoir sur nous-mêmes. La manière dont nous problématisons nos comportements fait partie des techniques de soi. Chaque homme se gouverne, ce qui permet de penser la morale non pas seulement en termes de lois, mais dans le domaine du rapport à soi/souci de soi. Des sociétés ont pu ne pas légiférer sur la sexualité, elles ne sont pas pour autant plus permissives.

3 – Après avoir subi des attaques violentes, il revient sur trois polémiques : autour du viol, autour des maoïstes, autour de la « mort de l’homme » – il s’agit de mettre en question une figure de l’humanisme datant du XIXe siècle à laquelle il s’est opposé. Il est possible de penser l’homme sans définir son essence .

4- L’entretien se termine sur une question directe : « Vous, Foucault, qu’est-ce qui vous pousse à vous engager ? Au nom de quoi ? » Il rappelle quelques principes de son engagement : ne pas partir d’une « essence humaine » qui s’apparenterait aux problématiques autour de « qu’est-ce que l’homme ? ». Il éprouve de la défiance vis-à-vis de toute systématisation comme « la défense de l’humanité souffrante ». Il refuse toute vision totalisante de l’histoire et prend ses distances vis-à-vis du marxisme. Il se pose beaucoup plus la question de la vérité, du rapport à soi, de l’éthique.

Il a la volonté de s’inscrire toujours dans un contexte local où on est concerné par un « excès de gouvernement » : le corps se réveille, dit que ce gouvernement est intolérable, d’où son engagement. Nuance : Qu’est-ce que Foucault a été faire en Pologne, chez les boat people, en Iran ? Dans la conférence de 1981, il dit : « Nous sommes tous des gouvernés, à ce titre nous sommes solidaires. » : il pointe la question du gouvernement par les autres croisé avec le gouvernement de soi-même. On peut se sentir solidaire des Polonais, de la révolte en Iran en 1978 (avant l’arrivée de Khomeini début 1979).

Quelle est la valeur ajoutée que le philosophe peut apporter à ces soulèvements ? Pour la profondeur stratégique et historique, son sens de la synthèse et sa capacité à capter des cohérences peuvent aider à comprendre ce qui s’est passé en Iran et en Pologne, d’où la notion de spiritualité politique qui devient une forme de résistance à un pouvoir.

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– Ce que nous avons entendu est une porte d’entrée dans l’œuvre de Foucault.

– La subjectivité, c’est une forme de rapport à soi. La question de changer de gouvernement politique est liée à celle de se changer soi-même. C’est une ascèse : il faut changer sa manière de vivre. Le militant intellectuel met aussi en œuvre une force de rapport à lui-même. Le militantisme est une forme de l’ascèse.

Nos formes de savoir/pouvoir sont liées à notre façon de définir l’humain. Il y a un avant et un après Foucault. Il critique toute idée d’essence humaine, ce qui a des incidences en anthropologie religieuse. Il faut remettre à plat notre conception de la « nature humaine ».

Dominique L.

 

 

 

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