Synode sur la famille 4 mars 2015

Atelier « Synode sur la famille » – Rapport d’étape – 4 mars 2015

Centre Pastoral Halles Beaubourg

 Saint Merry

  Ce document répond à l’appel du Synode extraordinaire suscité par le Pape François qui a voulu « s’adresser à toutes les familles du monde, afin de participer à leurs joies, à leurs peines et à leurs espoirs ». Cet appel interpellant à la fois l’expérience des personnes, la vision pastorale et la réflexion théologique traduit l’ambition de construire une nouvelle éthique de la délibération dans l’Eglise. Ouvrons le débat ! A quelle conversion sommes-nouFra Angelico Annunciations tous appelés, des cardinaux aux chrétiens de base ?

Les paroles vivantes qui nous guident :
« Qui cherchez-vous ?  Venez et voyez », dit le Christ, en réponse à notre souci de ceux qui ne rentrent jamais dans une église.
« Qui suis-je pour juger ?» « Ayez un regard qui guérit, libère, encourage à mûrir dans la vie chrétienne » Les interpellations du Pape nous stimulent et nous encouragent.
« Depuis son apparition à la loggia de Saint-Pierre le soir de son élection face au peuple, ce pape ne vit que de l’échange. Il signifie qu’être chrétien n’est pas appliquer des préceptes mais d’abord rencontrer le Christ dans l’autre. »
Que le Synode vibre du souffle de la vie, de l’amour qui porte les familles !

Comment nous avons travaillé

Depuis son origine, le Centre Pastoral Halles-Beaubourg a reçu une mission d’accueil et de présence d’Eglise dans un lieu en mutation : le quartier Halles Beaubourg et le Centre Pompidou. Cette proximité l’invite à développer son attention au monde contemporain : culture, mode, art, musique… De fait, avec les nombreux grands-parents qui la composent, cette vocation de présence au monde l’a amené à être un lieu d’accueil pour des personnes très diverses, dont une part de personnes dites « en situation difficile », « hors des clous », « blessées » etc…, couples dits « mixtes » (chrétiens/non chrétiens ou d’une autre religion), divorcés remariés, couples mariés civilement, homosexuels seuls ou en couples, mais aussi quelques jeunes parents ; ces personnes ne se sentaient pas bienvenues dans d’autres lieux d’église – elles viennent là pour une participation régulière à la communauté, ou pour un accueil pour les baptêmes, mariages, catéchuménat…
D’où une grande diversité, au travers de tous les accidents de parcours. Peut-être quelque chose d’un « hôpital de campagne » ?
 Dans l’expérience qui se vit ici, chacun n’est pas d’abord « une situation difficile, un cas », mais un baptisé vivant dans une communauté « On ne met pas en avant le fait que telle personne soit divorcée ou remariée ou célibataire ou homo en couple ou pas, chacun est à sa place en tant que personne et baptisé »
« L’accueil est le même pour celui qui accueille et celui qui est accueilli ».
 L’an dernier, des groupes multiples ont donné leur avis sur les questions posées par le  premier synode.
Cette année , un atelier « Synode sur la famille », avec une trentaine de personnes, se réunit une fois par mois depuis octobre, animé par une équipe de 5 membLa sainte famille, atelier de Geergten Tot Sint-Jans, vers 1495, Rijksmuseum, Amsterdam - détailres, avec la volonté de ne pas s’enfermer dans un discours théorique.
Suite à la lettre du Cardinal Vingt-Trois, en date du 4 octobre 2014, nous avons adressé un courrier à toutes les paroisses de Paris pour demande d’échange, sans réponse pour l’instant ; mais nous avons l’intention de prendre des contacts.

– Après nos premiers échanges, nous nous sommes arrêtés sur un programme : Témoignages, Textes, Thématiques,

– Témoignages

Au delà des réponses de principe comme dans la première phase, nous avons voulu des témoignages à la suite d’une interpellation : « Et si notre atelier nous poussait à rencontrer et à écouter, en vérité, les homosexuels, les divorcés, les familles monoparentales, les parents se lançant dans le parcours éprouvant et aléatoire de la procréation médicalement assistée, les célibataires… Alors notre commission synodale aura rempli son rôle, susciter un dialogue qui fasse sortir chacun de l’anonymat sans l’enfermer dans un jugement… ».
Plus d’une trentaine de témoignages ont été recueillis. Une occasion de se rencontrer en profondeur dans cette communauté – contacts oxygénant.

–  Textes :

Nous avons diffusé d’abord les conclusions du synode et du questionnaire de 2è phase., ainsi que d’autres textes de réflexion : une bibliographie très appréciée (cf ci-joint) Pourquoi le langage du « Relatio synodi » est-il si difficile à comprendre ? Heureusement d’autres textes nous ont frappés et enrichis : notamment Philippe Bacq (sj Belgique), Mission de France, Mgr Bonny (Anvers), Ignace Berten (op Belgique), chacun sur un thème spécifique.
Autres réflexions qui nous alimentent : « Qui sont les catho aujourd’hui ? » de Yann Raison du Cleuziou, « Qui sont les nouveaux chercheurs spirituels » (« La Vie » 22 février 2015).
La diffusion des travaux se fait dans la Lettre bi hebdomadaire et sur le site du CPHB.

– Thématiques

Chacun des membres de l’atelier a été invité à exprimer ses réflexions, et à travailler une thématique qui le motive : loi naturelle, Eucharistie, Evangile de la Famille, ruptures et continuités dans l’Eglise, légalisme et gratuité  etc…

Autres étapes de notre travail

 – Conférence sur « Le mariage, histoire de familles » (70 personnes). Retenons l’essentiel :

Le droit romain institutionnalise des règles (monogamie, union charnelle, consentement mutuel). Le droit canon (Haut Moyen Age) reprend ces règles du droit romain auxquelles il ajoute la fidélité réciproque. Au XVIème siècle  le concile de Trente, sans jamais parler de la dimension affective, réaffirme les caractéristiques du mariage catholique : caractère sacramentel, égalité de l’homme et de la femme, consentement mutuel, indissolubilité. Le soutien mutuel des époux en est la première finalité, la procréation est seconde. En ville en milieu populaire dès le milieu du XVIIIème siècle se multiplient les unions libres avec légitimation ultérieure des enfants.

Conclusion : le mariage est un fait social qui n’a pas été fixé par une loi divine ou « naturelle ». Il a connu une évolution lente et chaotique avec un écart constaJoseph et marient entre ce qui est prescrit et ce qui est vécu.

 – Organisation d’une vingtaine de « Groupes Carême » soit deux rencontres par petits groupes d’échanges, confiée à l’atelier, sur le thème suivant : « Dans nos communautés : Famille, Eglise, Société…
Vivons nos différences, renforçons notre cohésion »

– Projet de conférence le 19 mai, par Ignace Berten, dominicain, théologien belge, auteur d’une contribution très remarquée avant le Synode sur la Famille, intitulée : « Miséricorde et doctrine : Enjeux théologiques et ecclésiologiques du synode sur la famille »

Une suggestion pour le Père Escudier : ne pourrait-on retrouver (en juin par exemple), les communautés d’autres « paroisses », qui ont envoyé une contribution, pour partager nos  productions et le chemin qui y a conduit ?

Nos réflexions, propositions, conclusions sur la famille et les questions posées par le Synode en 3 parties sur la vie de l’Eglise et des communautés, et son rapport au monde.

Nous répondons au canevas du questionnaire à partir des synthèses des témoignages (en encadré), témoignages (en italique), textes  et thématiques recueillis et travaillés.

 1 – Contexte et défis

Les questions posées par le questionnaire synodal ont un ton terriblement « autoréferentiel »,  ne partent pas de la vie des familles, mais des seules « familles chrétiennes fidèles à leur vocation »… et les autres ? Questions posées de façon parfois très négative : « annonce et dénonciation » ? « relativisme culturel, rejet du modèle de famille » ?
Par ailleurs, est-il nécessaire de « repartir de la famille » pour annoncer efficacement le cœur de l’Evangile ?

1 – 1 – Le contexte socioculturel : Quelle est la vie des familles aujourd’hui ?

Question 1 –Initiatives en cours ou prévues : nos engagements dans la vie de la cité sont nombreux.

Question 2 – Aspects positifs ou non

En majorité, les témoignages recueillis dans notre enquête font ressortir un grand attachement à la famille : grands-parents, parents, enfants. La famille, dans toute sa diversité, et au travers des accidents de parcours, est vécue an majorité comme lieu d’affection, de confiance, de respect et de soutien. En général, les plus âgés font preuve d’une très grande tolérance vis-à-vis des situations familiales des nouvelles générations tellement différentes : mariés le plus souvent civilement, très peu religieusement, pacsés, en concubinage ou divorcés, quelques homosexuels des deux sexes en couple ou célibataires.vierge protectrice

 

Des familles qui se disent classiques……suivies d’une nouvelle génération très différente…. Mariages, divorces, remariages, célibat…
« Je suis mariée depuis plus de 40 ans et nous avons accueilli 3 enfants dans notre foyer. Je suis très heureuse : je partage avec mon époux des valeurs, des goûts et des activités. Nous gardons chacun des temps personnels. Ce qui nous permet de continuer à nous enrichir mutuellement, voire à nous surprendre… L’amour » est bien la trame de nos vies !

« Nous sommes un couple d’apparence très classique, nés tous les deux il y a cinquante ans, l’un comme l’autre dans des familles nombreuses (9 et 6 enfants), élevés chrétiennement par des parents actifs dans l’Eglise. Nous nous sommes fréquentés dès l’âge de 16 ans ! Après onze ans de vie commune, nous nous sommes mariés pour faciliter une adoption souhaitée, car nous n’arrivions pas à avoir d’enfants… Nos trois enfants sont arrivés plus tard de façon naturelle. »

« Nous sommes un couple engagé et heureux. Nos trois enfants ont des situations familiales très différentes de la nôtre, respectivement : concubinage, divorce, Pacs… »

« A l’âge de 52 ans, j’ai quitté mon mari, ma famille. J’avais attendu que chacun des enfants ait trouvé son chemin. En même temps, je quittais ma sécurité financière. Mais je sentais de plus en plus intensément l’appel du Seigneur à quitter l’esclavage !  « 

« Amis d’enfance nous avons construit nos deux familles séparément tout en restant proches. Devant les difficultés de nos couples respectifs, vers la cinquantaine, nous avons décidé de construire une nouvelle vie. Nous avons quitté nos époux pour vivre ensemble jusqu’aux divorces (7 ans de procédures) suivis d’un remariage. »

« Je suis célibataire, je ne l’ai pas voulu. Ce n’est pas un choix de vie, c’est consenti, mais subi.

Nous voulons témoigner des aspects positifs vécus par les nouvelles générations : au travers de la diversité, s’exprime une demande très forte de nouvelles formes de vie de famille, qui ne sont pas pris en compte par le mariage chrétien. Les choix matrimoniaux comme les unions libres sont davantage fondés sur l’engagement personnel et le lien affectif. La liberté de conscience, l’égalité de l’homme et de la femme, l’émancipation de celle-ci, le respect des droits de l’enfant, sont les éléments d’une plus grande harmonie au sein de la famille. En soulignant les dégâts causés par l’envers de cette évolution, l’individualisme et l’affectivité narcissique, en sanctionnant les divorces, toujours vécus comme des échecs douloureux, et les unions libres, l’Eglise ne fait qu’ajouter culpabilité et souffrance à ceux qui peinent. Aussi se détournent-ils d’une Eglise qui les juge au lieu d’essayer de les comprendre et de leur donner une vraie place.

Certaines réflexions de théologiens que nous avons lus prennent en compte les étapes et cheminements de ces couples, – par exemple Philippe Bacq, la Mission de France (mars 2014) – et montrent qu’aujourd’hui le mariage chrétien est plus souvent un horizon à atteindre qu’un point de départ. Notamment, le texte de la Mission de France est marqué par la réalité de l’expérience au quotidien, et nous semble bien refléter ce qui est vécu en France. Nous adhérons absolument à cette attitude qui dit les choses dans un véritable esprit “charitable”, ce qui veut dire “évangélique”. Il faut continuer à dire vrai et faire remonter cette parole  vers le magistère.

Enfin, nous considérons que le mariage, la famille, quelles que soient leurs formes, ne constituent pas une spécificité chrétienne, que les interrogations, les modes de fonctionnement ne sont pas spécifiques aux chrétiens et nous insistons sur les valeurs communes aux chrétiens et aux humanistes laïques. En raison de l’évolution anthropologique de l’homme et surtout de la femme, issue de la Renaissance et des Lumières, l’humanisme laïc met l’accent aujourd’hui sur la personne, le sujet, appelé à vivre librement pour découvrir ce qui est bon ou mauvais pour lui et pour les autres. Jésus est proche de l’humanisme laïc contemporain lorsque nous le voyons dans les évangiles s’adresser à chacun là où il est, dans sa propre vie, établir  des relations  avant de proposer un chemin nouveau. Chaque rencontre de Jésus est une ouverture à plus de vie, plus de liberté.  Croyants et non croyants, nous pouvons faire un bout de  chemin ensemble. Et ces échanges sont souvent une aide pour creuser notre foi.

 On ne peut qu’être surpris par l’absence d’une réflexion anthropologique sur la famille (voir les documents de Philippe Bacq et Ignace Berten, et le témoignage des couples). Où est l’appel aux théologiens, qui depuis Vatican II ont travaillé sur l’anthropologie ? Cette vision occidentale peut-être rendre compte d’une exigence universelle ?

Question 3 – Présence comme Eglise auprès des familles dans les situations extrêmes

Question 4  – Comment l’action pastorale réagit.. au rejet du modèle de famille homme/femme unis par le lien conjugal et ouvert à la procréation.

Dans notre communauté, les diverses formes de familles sont accueillies d’abord comme des personnes baptisées. C’est ainsi qu’un certain nombre d’homosexuels, célibataires ou en couple, participent pleinement à la vie de la communauté, certains au travers de David et Jonathan, d’autres individuellement.

« Si j’avais eu à choisir, j’aurais préféré ne pas être homosexuel, pouvoir me marier et avoir des enfants car je les aime beaucoup. Après dix ans de psychanalyse pour m’y retrouver, je me suis mis en couple à 50 ans « 

« Ce fut un cauchemar, je  luttais contre cette réalité. »…

 1 – 2 – L’importance de la vie affective – Le défi pour la pastoralvisage vierge mutilée
 Question 5 – Les jeunes générations

Même issus de familles catholiques et pratiquantes ayant pour la plupart été nourries par le renouveau de Vatican II, les enfants des nouvelles générations se disent non-croyants, catholiques non-pratiquants, indifférents, agnostiques… Leurs enfants sont très rarement baptisés. Et encore moins catéchisés.

« A notre génération, nous avons découvert la liberté de conscience, et nos enfants, eux, ils l’appliquent. » 

« Je respecte leur liberté et leur vie privée, ils n’ont pas à subir des contraintes… »
« Les deux couples de nos enfants, après avoir quitté l’Eglise, ont suivi des sessions de thérapie laïque destinées à favoriser l’équilibre personnel de chacun, ce qui leur permet encore de résoudre leurs problèmes de couple si nécessaire. »
« Nos filles n’ont aucune pratique religieuse ne supportant pas le langage de l’Eglise. Elles sont pourtant militantes sur le plan civique et vivent de vraies valeurs. »
« Mes enfants gardent un piteux souvenir des pratiques religieuses de leur enfance. »
« Deux de nos enfants ont été baptisés grands et à leur demande. L’aîné de nos enfants n’est pas baptisé, c’est son choix » « Je m’interroge sur le fossé immense qui sépare les préceptes de l’Eglise sur la famille le mariage (indissolubilité, hétérosexualité, divorce, contraception) et la pratique réelle des chrétiens. Synode ou non des familles, l’évolution des moeurs et des mentalités est là et l’opinion des Pères de l’Eglise a peu de poids. Si l’Eglise n’évolue pas, changerons-nous nos pratiques individuelles ? »
Comment analyser cette non-transmission (ou non-reproduction cf Pierre Bourdieu) ? Nous la vivons comme une interrogation et un grand paradoxe. Pendant longtemps la génération des « grands-parents » a culpabilisé, pensant qu’elle n’avait pas su transmettre sa foi.

Or ces nouvelles générations font preuve d’une pratique des valeurs évangéliques : une qualité de relations et d’engagement remarquable, le respect et l’écoute, la fidélité, l’attention aux enfants, l’humanité avec laquelle ils vivent parfois les douloureuses recompositions de famille. Ils ont été imprégnés d’une société chrétienne.

Mais nous nous interrogeons sur cette désaffection de l’institution, malgré ce besoin de sacré qu’on sent parfois (Charlie). Ils ne se reconnaissent pas dans le fonctionnement de l’Eglise, même si l’Evangile leur parle. Comment se fait-il que ces valeurs ne se retrouvent pas ? Comment se fait l’articulation entre la foi et l’institution ?

De fait, l’Eglise qu’a connu la génération des « grands parents » a été très chahutée : il y eut l’avant Vatican II, puis le grand souffle de Vatican II, puis certaines évolutions ressenties comme des retours en arrière apportées par Paul VI (Humanae Vitae), Jean-Paul II (recentralisation de l’Eglise, morale sexuelle), puis Benoït XVI (rites et traditions). Cette génération solidement formée par Vatican II puis secouée par mai 68, aurait résisté, mais pas les suivantes.

Pendant ce temps certains jeunes découvrent l’Evangile et demandent à rentrer dans l’Eglise. Nous rejoignons la question du cardinal André Vingt-Trois : « Que dire à ceux qui n’attendent plus rien de l’Eglise ?»

« La véritéfaure_requiem_partition_chorale, selon la foi chrétienne, c’est l’amour de Dieu à travers Jésus-Christ,… la vérité est une relation !… Elle s’ouvre à nous toujours et partout comme un chemin et une vie.. » Pape François

Nous avons l’intention d’approfondir cette question.

2 – Le regard du Christ : Evangile de la Famille

  • Le regard de Jésus et la pédagogie divine dans l’histoire du salut
  • La famille dans le dessein salvifique de Dieu
  • La famille dans les documents de l’Eglise
  • L’indissolubilité du mariage et la joie de vivre ensemble
  • Vérité et beauté de la famille et miséricorde envers les familles blessée et fragiles

2 – 1 – Le regard de Jésus et la pédagogie divine dans l’histoire du salut

 Question 8 : (à relier à question 4)
Les valeurs : liberté de conscience / honnêteté – fidélité, respect de la différence, don de soi. Recherche de bonheur et d’amour.

Question 9 et 10  les gens ne font plus « ce qui est requis de la pastorale de l’Eglise », mais ce qu’ils jugent bon pour eux et leur entourage : le discours d’autorité est inaudible…

 Jésus et la loi : une affaire de liberté

A plusieurs reprises le Christ a clairement déclaré qu’il était venu accomplir la Loi. Dans diverses situations (rapport avec les impurs, actions réalisées pendant le sabbat…), il a montré que celle-ci, telle que les hommes l’appliquent, devait être dépassée. Il nous a apporté la Gratuité qui ne tient pas compte des mérites et des demandes et n’attend ni réponse ni remerciement. Elle repose sur le désir mutuel de Dieu et de l’homme dans sa liberté. En se donnant lui-même Dieu donne à l’homme la capacité d’aimer, celle de se donner à son tour. Dans l’Eucharistie nous rendons grâce pour ce don répondant ainsi au désir de Dieu d’être aimé. On est alors bien loin de la légalité, il s’agit d’une affaire de liberté et de désir de celui qui souhaite recevoir la communion.

 La gratuité est une dimension capitale de l’enseignement et du comportement du Christ qui renouvelle en profondeur la Loi de l’Ancien Testament .

 Jésus nous attend tels que nous sommes

Nous avons dans l’Eucharistie une immense source de pardon implicite, de force et d’amour. Preuve parmi tant d’autres, la Samaritaine, le jeune homme riche, la femme adultère : Jésus nous attend tels que nous sommes sans nous demander des comptes. Il renvoie chacun à l’essentiel : la Samaritaine à sa vraie soif, le riche à son manque, les pèlerins d’Emmaüs à la résurrection. Jésus ramène à la vraie vie. « Jésus n’a jamais demandé aux gens qu’ils rencontraient s’ils vivaient selon la loi, ils les rejoignaient dans leur situation réelle et leur désir de vie et de salut. » Evangelii gaudium.

2 – 2 – La  famille dans le dessein salvifique de Dieu – Evangile de la famille

Question 12 : mariage chrétien expérience de plénitude et non de limite

La famille ne tient pas de place dans l’évangile. L’ « évangile de la famille » est donc un terme impropre. Le synode en présente une image idéale comme lieu de transmission de la foi ce que dénient les témoignages que nous avons reçus.
La pédagogie de l’Eglise situe toujours le mariage chrétien dans la continuité du mariage des origines entre Adam et Eve (Gen. I, 24/31) et de la famille blessée par le péché (Gen. III). Ces textes sont mythiques et n’ont qu’une valeur symbolique. La Sainte Famille dans laquelle tout rapport sexuel est exclu et où il n’y a qu’un seul enfant ne peut être un modèle pour aujourd’hui.
« Le désir de famille, écrivent les pères du Synode, demeure vif et encourage l’Eglise à annoncer  l’Evangile de la famille  qui lui a été confié à travers la révélation de l’amour de Dieu en Jésus-Christ et a été continuellement enseigné par les Pères… »(3).Église catholique de Montréal, publicité 2004

L’appellation « Evangile de la famille », sous laquelle se place la totalité des conclusions du Synode, est pour nous une expression nouvelle. Elle nous parait inappropriée en laissant penser que la doctrine chrétienne de la famille est directement issue de paroles du Christ rapportées par les évangélistes. Or, cette doctrine, qui s’inspire, bien entendu, de certains propos tenus par le Christ et plus généralement de l’esprit de son message, est aussi une construction de la Tradition de l’Eglise.

L’« Evangile de la famille » nous pose problème. N’y a-t-il pas une approche plus large à opérer ? celle des relations d’amour entre les personnes, de la fraternité, de la solidarité ?… La famille ne tient pas vraiment de place dans l’évangile : elle y est plutôt maltraitée. L’évangile de la famille nous semble donc un terme impropre.

L’Eglise soutient la famille à tout prix. Pourtant dans l’Évangile Jésus dit bien :

« Qui sont mes frères ? Ceux qui écoutent ma parole et la mettent en pratique. »

2 – 3 – La famille dans les documents de l’Eglise

 De nombreux témoignages recueillis déplorent le juridisme de l’Eglise qui définitdes dogmes, promulgue une doctrine, prononce des condamnations, exclut de son sein, etc. Face aux situations concrètes elle sait souvent, mais pas toujours, faire preuve de compassion et de miséricorde. Est-ce suffisant ?

 « Nous espérons que le Synode permettra de ne pas mettre sur le dos des jeunes mariés un écriteau indélébile disant : “Nous sommes les symboles de l’amour du Christ pour son Eglise“.  Ceci constitue un poids trop lourd ! La discipline de l’Eglise sur : séparation mais pas encore divorce, vivre comme frère et sœur, communier en pensée, pas d’absolution … sont des négations de la responsabilité individuelle du chrétien… En revanche, l’engagement du mariage reste un acte fort et le rompre nécessite un chemin de pardon, d’humilité, d’espérance dans la vie… »

« L’Eglise fait une fin de la famille, mais il existe une vie communautaire en dehors d’elle… Le mariage n’est pas n’importe quoi. Il est normal que l’Eglise marque un certain recul vis-à-vis du divorce car le mariage est quelque chose de sérieux même s’il ne dure pas. L’Eglise en fait une image de l’amour entre le Christ et elle, ce qui est beaucoup trop lourd pour un couple. Il faudrait prendre en considération l’impact sur les enfants de la mise à l’écart des divorcés-remariés. Ils ont l’impression que la loi l’emporte sur l’amour. Quand on va communier, on dit :  “Je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guérie“, pourquoi mes parents ne peuvent-ils  le dire ? »

 Il nous semble important que le synode, avant de parler argumentaires et fondements théologiques, donne la priorité au retour aux Evangiles, à l’attitude pastorale, et au 1er « commandement », celui de l’amour.

  • Qu’est-t-il rapporté de ce que Jésus aurait dit sur ces questions de la sexualité, de la famille, du rapport femme-homme… Il écoute, se préoccupe que la personne continue son chemin d’humain, s’accomplisse dans ce qu’elle est, sans condamnation…Il incite au retour à la relation étroite avec Dieu Père comme axe de vie : on retrouve l’attitude de François ;
  • Nous savons aussi que ces évangiles ont été mûris et transmis par une communauté spatialement et culturellement située (d’où les différences entre les évangiles), avant de se caler sur Paul, un témoin privilégié, mais aussi un homme, situé comme chacun dans une culture, avec sa personnalité propre ; avant tous les autres théologiens, qui au fil des siècles ont exprimé leur « compréhension argumentée » (là encore située dans un spatio-temporel) que « l’église hiérarchique » voudrait immuable dans le temps.
  • Ce n’est que fort tard que l’Eglise a mis en relief la notion d’amour conjugal qui, ignorée au Concile de Trente, finit par être érigé en « principe constitutif du mariage » dans Gaudium et spes (17).
  • Chaque époque n’est-elle pas appelée à revisiter ces apports, en exprimant modestement sa « compréhension », éclairée par notre recherche de croyant ? la réflexion des communautés chrétiennes doit être pris en compte ; encore faut-il qu’elles se donnent les moyens de partager ensemble dans la diversité de leurs convictions, ancrées et interrogées dans leur foi.

Une certaine idéologie chrétienne (ou catho ?), assez récente, présente avec un certain lyrisme, la famille notamment nombreuse comme le bien suprême. Or la famille peut être défaillante ou, pire, totalitaire.

 2 – 5 – Vérité et beauté de la famille et miséricorde envers les familles blessée et fragiles

Questions 20, 21, 22

Le questionnaire induit une imperfection dans les « situations diverses », mais pas dans le mariage chrétien. Cela apparaît comme une théologie de la règle mais pas de l’amour ni du sens. C’est ce que rejette une partie de la jeune génération. La liberté de conscience n’est pas passée par là.
Ces « situations diverses » ne sont pas imparfaites, elles sont un chemin vers un accomplissement qui peut être plus tard le mariage chrétien.
Quel est alors le rôle du sacrement ?

3 – Les perspectives pastorales

  • Annoncer l’Evangile de la famille aujourd’hui dans les différents contextes
  • Guider les futurs époux sur le chemin de la préparation au mariage
  • Accompagner les premières années de la vie conjugale
  • La pastorale des personnes qui vivent en union civile ou en concubinage
  • Prendre soin des familles blessées (séparés, divorcés non remariés, divorcés remariés, famille monoparentales)
  • l’attention pastorale envers les personnes ayant une tendance homosexuelle
  • La transmission de la vie et le défi de la dénatalité
  • Le défi de l’éducation et le rôle de la famille dans l’evangélisation

Les témoignages recueillis reflètent le sentiment général de notre communauté : le Synode sur la famille est une chance que les baptisés du monde entier doivent saisir pour faire évoluer l’attitude de l’Eglise face aux réalités de la vie familiale dans nos sociétés. Tous attendent  que l’Eglise sorte de ses dogmes et préceptes pour aller à l’écoute des situations réelles : couples divorcés-remariés, homosexuels, familles meurtries, désunies ou recomposées… Nous appelons l’Eglise à manifester envers tous un esprit de miséricorde évoqué par le Pape François : “Qui suis-je pour juger“. Nous interpellons en ce sens notre propre communauté ainsi que chacune et chacun d’entre nous.

 3 – 1 – Annoncer l’Evangile de la famille aujourd’hui dans les différents contextes

« De l’Eglise, nous attendons qu’elle continue son rôle de transmission du message d’amour et de pardon du Christ. »
« J’attends du Synode une écoute des vécus tels qu’ils sont et non tels que l’institution souhaiterait qu’ils soient et donc une attitude pastorale, toute empreinte de la lumière des Evangiles. »
 Ce qu’on serait en droit d’attendre du synode, c’est au moins un message chaleureux à l’attention de toutes les familles, quelle que soit leur forme (patriarcale, nucléaire, monoparentale, recomposée, homoparentale, polygame…). Message à destination prioritairement des familles victimes de la violence et de la misère. Familles disloquées, démunies, sans logement, sans ressources, vivant dans une angoisse permanente…
Bien sûr, les évêques doivent également entendre le cri des familles  en situation « régulière » (sic !). Il est trop facile de dire que leurs difficultés tiennent à l’ « individualisme » qui marque notre époque.  Elles se débattent aussi face aux mirages de la société de consommation, face à la publicité toujours plus omniprésente et agressive, face à l’argent roi.

Doctrine et pastorale

Soumettre la pastorale à la doctrine est intenable.  Comment sortir du clivage doctrine / pastorale avec la dépendance de l’une par rapport à l’autre ? L’Eglise maintient deux discours qui s’opposent, un discours juridique et un discours de miséricorde qui n’est pas celui qu’attendent les laïcs. Ne devrait-elle pas considérer la doctrine du mariage, de la famille, de la sexualité comme un idéal difficile à atteindre, comme l’est la pauvreté dans l’Evangile ?

Vacuité de tout langage s’il n’est pas fondé sur une expérience de vie. Pourquoi le Pape passe-t-il bien aujourd’hui ? Parce qu’il s’appuie sur une expérience de vie, qui rencontre celle de beaucoup. Comment faire pour que la distance entre le langage des Evangiles et celui de l’Eglise diminue, pour que la Tradition se réapproprie l’Evangile ? Comment associer modernité et liberté de conscience ? Nous émettons le vœu qu’un jour (proche ou lointain) l’institution conduise avec les laïcs, qui sont tout de même en première ligne sur bien des sujets, une réflexion approfondie.

Lois de la nature et loi naturelle au sens de Saint Thomas

Depuis que l’Eglise a réhabilité Galilée, elle ne se reconnaît plus le droit d’interpréter les lois de la nature même si elles contredisent sa doctrine du moment. Doit-on se battre pour obtenir une clarification de la relation entre la loi naturelle et les lois de la nature ? Les clercs romains qui disent la doctrine chrétienne pourraient-ils reconnaître qu’ils ont volontairement ou non introduit une confusion coupable dans la conscience des chrétiens par leur vocabulaire ? Saint Thomas d’Aquin affirmait que l’homme est tenu d’obéir à sa conscience même erronée. N’est-il pas préférable, pour éviter de nouvelles déchirures, que l’Eglise cesse de s’occuper de régir la sexualité et dise qu’il appartient aux chrétiens de suivre leur propre conscience et de simplement appliquer dans ce domaine les préceptes du Sermon sur la montagne ?

L’Evangile, une bonne nouvelle, pas un interdit

Dans une grande fête paroissiale apparaissait sur la feuille de chant un  « pavé » bien visible :

Pour recevoir le corps du Christ, l’Eglise nous demande :
de croire à la présence réelle,
de participer tous les dimanches à la Messe,
de nous confesser au moins une fois par an,
de vivre conformément à l’enseignement de l’Eglise (avoir reçu le sacrement de mariage pour les personnes vivant maritalement)
Quand ce n’est pas le cas, nous pouvons faire une communion de désir en avançant les bras croisés sur le cœur pour recevoir une bénédiction.
Ce texte est rigoureusement conforme à la doctrine « officielle » de l’Eglise ; chacun sait, y compris les prêtres et les évêques, qu’il est en décalage complet avec ce que vivent de nombreux chrétiens.
Qu’il nous soit permis de faire un rêve. Qu’au lieu de ce règlement excluant, on puisse entendre un message de ce genre : « Baptisés, nous avons conscience d’être pécheurs ; nous savons aussi que Dieu pardonne les péchés ; croyant au salut donné pas Jésus Christ mort et ressuscité, croyant que sa bonne nouvelle éclaire notre vie, nous sommes appelés à participer au partage du pain et du vin devenus signes de la présence du Christ ressuscité. »

3 – 2 – Guider les futurs époux sur le chemin de la préparation au mariage

3 – 3 – Accompagner les premières années de la vie conjugale

Le CPHB est une communauté élective. Nombre de ses membres ont quitté leur église paroissiale dont la ligne pastorale ne correspondait pas à leur manière d’exprimer leur foi ou n’accueillait pas leur mode de vie. Aussi, le CPHB accueille des personnes très diverses. De ce fait, le CPHB est parfois perçu comme – selon l’expression du pape François – un « Hôpital de campagne » ; mais les personnes qu’il accueille ont souvent été blessées par l’Eglise elle-même.

L’accompagnement se fait spécifiquement à l’occasion des préparations au mariage, des baptêmes des enfants, des catéchuménats, mais il se vit pour tous par la liturgie des dimanches et par de multiples groupes d’activités ou d’échange.

« La communauté de Saint-Merry m’a permis de recevoir le baptême et de pouvoir y faire baptiser notre enfant. Je me sens chez moi au sein de cette communauté, c’est celle qui m’a accueillie sans me juger et me permet de vivre ma foi simplement. »

« Je me sens bien au CPHB. Je n’y affiche pas mes options personnelles ou historiques. Je cherche plutôt à rendre service, à soutenir des gens dans leur détresse, familiale ou hors famille. »

« Du CPHB, que nous fréquentons depuis sa création, nous attendons un appui, un enrichissement pour notre foi à travers la célébration du dimanche et des rencontres… »

« Tout commença ainsi ; moi, toujours auparavant rabrouée, jugée et méprisée, je fus accueillie, écoutée, peu à peu reconnue dans un émerveillement inlassable qui ne m’a jamais quittée. Cette communauté libre et inattendue, peu à peu, sans nul projet de pouvoir, est devenue pour moi comme une autre et vraie famille… »

« Notre foi et notre vie spirituelle cheminent côte à côte à Saint-Merry au milieu d’une assemblée qui n’attend pas qu’on lui apporte tout cru la bonne parole. Elle se démène pour la chercher, la trouver, la comprendre, et finalement la partager avec d’autres. Je suis fière de ce lieu accueillant à tous, mariés, remariés, divorcés, homosexuels, gens de la rue, ouvert sur le monde et ses vicissitudes. »

« Pour les couples non mariés, le baptême est l’occasion de réunir deux familles autour de l’enfant, comme pour un mariage. Il y a eu le baptême de trois enfants d’un couple d’un coup, avec un aîné de 8 ans : c’était la première fois que les deux familles étaient réunies. « 

« Les parents des petits baptisés ne se projettent pas dans l’avenir. L’idée d’un engagement sur la durée est difficile à passer. C’est une démarche ponctuelle, sans que des questions pour la suite soient posées : on ne veut pas se compliquer la vie. Il y a peu de débats sur l’éducation. On est à la case ‘baptême’, il n’y a pas d’unité avec d’autres aspects de la vie du couple, comme l’amour des parents. Actuellement on essaie de créer un « après », pour le moment on a touché 3 personnes sur 12 couples concernés l’an dernier. »

3 – 4La pastorale des personnes qui vivent en union civile ou en concubinage.

3 – 5 – Prendre soin des familles blessées (séparés, divorcés non remariés, divorcés remariés, famille monoparentales).

 La principale demande : un changement à l’égard des divorcés-remariés…

 « Continuer à priver d’eucharistie les divorcés remariés et les homosexuels n’est plus admissible. Il lui faut s’ouvrir aux réalités contemporaines et, parmi elles, comprendre que la sexualité a une signification profonde dans la relation amoureuse entre l’homme et la femme. »

« Ma sœur a épousé un divorcé, ils n’ont pas le droit de communier, alors qu’ils vivent une vie de couple exemplaire. Il ne faut pas demander à l’Eglise de s’adapter, mais d’accueillir. »

« Du Synode sur la famille, nous attendons que l’on commence à s’acheminer vers la communion des divorcés remariés, vers la bénédiction des couples homosexuels et leur intégration dans l’institution, en attendant, peut-être plus tard, d’être traités comme les autres couples et de pouvoir recevoir le sacrement du mariage à l’Eglise. »

« Face à la multiplication des divorces, l’Eglise devrait chercher aujourd’hui à favoriser l’amour dans la durée en tenant compte des progrès de la psychologie. Le refus de l’eucharistie aux divorcés-remariés n’est pas évangélique… »

« En ayantfait l’expérience, l’annulation du mariage me paraît être une fausse bonne solution car même si une histoire entre deux personnes s’est soldée  par un échec, il est souvent malsain de considérer que ces liens n’ont eu aucune conséquence. Je crois que l’accès des couples divorcés à la communion devrait passer par une démarche spécifique, comportant des étapes permettant à la communauté de prendre acte de la volonté de la personne divorcée de se réinsérer dans la communauté des croyants. »

 L’indissolubilité du mariage

Y a-t-il encore mariage lorsque, à l’évidence, ont disparu l’amour conjugal et la volonté de vivre ensemble, ce don réciproque constitutif du mariage sacramentel ? (21) Comment justifier de ne pouvoir annuler un tel mariage ? Le Synode reconnaït des « éléments valables » dans les mariages «  naturels » et dans ceux des autres religions « fondés sur la relation vraie d’un homme et d’une femme » .(22)

De même, tout en rappelant que « l’Eglise reconnait qu’il n’existe pas, pour les baptisés, d’autre lien nuptial que le sacrement et que toute rupture est contraire à la volonté de Dieu » (24), le Synode affirme que la grâce de Dieu opère aussi dans la vie des personnes ayant d’autres formes d’unions : mariés civils, divorcés remariés, concubins, familles monoparentales, jeunes vivant en cohabitations successives (25).

Il n’y aurait alorsqu’une différence de degré entre les unions chrétiennes et les autres. N’y a-t-il pas aussi sacrement chaque fois que Dieu bénit un évènement par sa grâce ?

 On a peu travaillé sur ce qu’est le mariage dans son essence : le mystère de la rencontre de deux personnes… Comment différencier ce que Dieu a uni, de ce que des humains (souvent peu matures) ont cru être une relation d’amour ? Pourquoi refuser les sacrements dont le rôle n’est pas le bon point récompense, mais l’appui de l’Esprit ?

Pour l’Eglise, la faute « impardonnable » des divorcés remariés n’est pas tant le divorce que le remariage : le divorce, rupture d’une union indissoluble, constitue une faute grave, mais qui peut être pardonnée, alors qu’il est exclu que la personne divorcée puisse contracter un nouveau mariage sacramentel, ce qui équivaudrait à nier le caractère indissoluble du sacrement.

Or, c’est bien le divorce, la rupture, qui constitue le mal. On peut l’appeler comme on veut : faute grave, péché… sans toujours bien savoir à qui incombe la faute. Elle peut se situer très en amont du divorce, des tiers peuvent y avoir contribué. Quoi qu’il en soit, on peut concevoir une célébration pénitentielle après un divorce, ou plutôt une célébration où l’on dira le malheur qu’a été la rupture. Ce n’est pas dans le remariage, mais dans le divorce que réside le mal.

 « Les hommes ont appris à réfléchir par eux-mêmes et ont souvent une opinion personnelle qui fait sens à leurs yeux bien plus que des textes ecclésiaux qui reflètent une situation sociale périmée. L’orientation donnée n’est plus audible car de nouvelles valeurs, souvent plus respectables, prennent le pas sur les anciennes. »

« Le juridisme de l’Eglise la bloque et éloigne d’elle les chrétiens comme ceux qui seraient attirés par le message de l’évangile »
« L’enjeu dépasse la famille ; c’est aussi tout un style de fonctionnement de l’institution qui est en jeu. «
« Y compris son langage qui est incompréhensible pour le commun des mortels. (J’ajoute à ce qui a été dit : lorsque l’Eglise s’adresse à une société sécularisée, elle doit s’exprimer dans un langage recevable par la dite société) »
« Depuis longtemps, pour ce qui est du contenu (Humanae vitae et autres déclarations sur la vie sexuelle et la prétendue loi naturelle) nous n’attendons pas grand-chose, nous craignons plutôt des déclarations qui nous éloignent encore davantage de l’Eglise enseignante comme ce chantage à la contrition pour les divorcés remariés, et l’abstinence pour les couples homosexuels. »

 Question 35

Cette exclusion des personnes en situation « irrégulière » trouve son origine dans  la condamnation comme immorale et donc entachée de péché grave, de toute relation sexuelle hors mariage (hors mariage sacramentel pour les baptisés). Il n’en a pas toujours été ainsi.  Saint Augustin, dans sa jeunesse a pu vivre en concubinage pendant quinze ans, sans que ce soit jugé scandaleux. Ce n’est que le Concile de Trente (1563) qui a définit la forme publique du mariage : deux témoins et la présence d’un prêtre.

S’il ne paraît pas réaliste (au moins pour le moment) de retirer au mariage cette qualité sacramentelle, il est possible d’envisager une évolution de sa forme et notamment d’envisager un mariage par étapes. Ce n’est pas une vue de l’esprit ; lorsque le baptême est donné à un adulte ou à un adolescent, des étapes étalées dans le temps précèdent la célébration définitive du sacrement. De même le sacrement de l’Ordre n’est célébré qu’à l’issue de plusieurs étapes étalées sur plusieurs années.

Plutôt que de traiter la cohabitation juvénile avec condescendance, ne serait-il pas judicieux d’intégrer cette étape dans un mariage étalé dans le temps ? Ce serait en quelque sorte un noviciat.

3 – 6 – L’attention pastorale envers les personnes ayant une tendance homosexuelle

Questions 38, 40

Parmi les personnes divorcées-remariées et les homosexuels, ceux qui adressent aujourd’hui une demande à l’Eglise sont des gens profondément spirituels et croyants. Les autres n’en attendent rien.

Une communauté n’a pas à classer ses membres selon leur mode de vie, mais à les accueillir comme baptisés – voire frères en humanité. Notre pratique en la matière ne distingue pas (ou très peu) entre mariés hétérosexuels divorcés ou non, divorcés remariés, couples homosexuels.
 Ceux d’entre nous qui ont de l’expérience dans les groupes de catéchuménat, baptême, préparation au mariage pourraient témoigner des trésors d’amour, de fidélité, de délicatesse qu’ils découvrent.

Le silence de la « Relatio synodi » sur l’homosexualité ne traduit-elle pas un réel embarras de l’Eglise ? N’est-il pas temps de sortir du juridisme pour offrir le message de l’Evangile à tous ?

3 – 7 – La transmission de la vie et le défi de la dénatalité

 Le défi de dénatalité ou l’encouragement à la natalité ? Or une femme en bonne santé qui « serait ouverte à la vie à chaque union » aurait au minimum 10 enfants, sinon beaucoup plus. Mais la planète ne supporterait plus une telle charge ; cette crainte obsessionnelle d’une dénatalité – sous couvert de générosité et d’ouverture à la vie – est incompréhensible et contradictoire avec une approche du développement : elle rend l’Eglise inaudible, pire : irresponsable.

Questions 41 et s – L’écologie humaine de l’engendrement

« Je ne vois pas pourquoi l’Eglise se permet de nous donner des conseils sur les méthodes naturelles de régulation de la fertilité ou sur la contraception. Pire, quand elle s’interroge sur la communion donnée aux couples recourant à la contraception ! »

« Limitation des naissances ». Pourquoi une contraception « naturelle » (ou bio) serait-elle licite, et artificielle, non ? Ce n’est pas une question de méthode : il ne faut pas confondre nature et biologie. Quelle que soit la méthode, comment approfondit-on le respect de l’autre et l’amour ? Le seul repère c’est la liberté de conscience : mais ce n’est pas suivre ses impulsions, c’est beaucoup plus exigeant… Les femmes – et les couples – doivent choisir, selon les époques, la méthode qui leur convient le mieux en toute générosité et don de soi.

Le péché revêt des formes diverses,  mais revient toujours à un manque d’amour.  Où est le manque d’amour chez un couple qui, déjà muni de plusieurs enfants, décide de renoncer à en programmer un nouveau, après mures réflexions sur ses limites. ?

La plupart des jeunes couples, même les plus pratiquants, ignorant la distinction entre moyens naturels et moyens artificiels, le plus sage ne serait-il pas de faire silence sur les moyens de la régulation des naissances ? Il est certain, en revanche, qu’une réaffirmation ferme et catégorique de l’interdiction de la contraception « artificielle » serait à nouveau très mal reçue…

Rappelons qu’en 2008, un cardinal éminent et très écouté à l’époque, le cardinal Martini (lui aussi jésuite et devenu archevêque de Milan) se désolait des ravages produits par Humanae Vitae et demandait avec insistance que cette doctrine soit revue. Il demandait aussi que, dans l’Eglise, on parle moins de sexualité.

Depuis les Lumières, les chrétiens estiment avoir atteint l’âge adulte et être capables d’avoir une position personnelle conforme à l’Evangile, même si elle diffère de celle soutenue par l’Eglise. Aujourd’hui, avoir des enfants n’est pas considéré comme un devoir, mais comme une joie, un cadeau de la nature, parfois malheureusement comme un mal voire une catastrophe. Que signifie la loi de la nature, alors que l’homme est une des rares espèces où l’exercice de la sexualité n’est pas réservé aux seules périodes fécondes ?

Que l’Eglise cesse de porter un jugement sur les méthodes contraceptives si elles sont acceptées par les deux époux.

En conclusion : Pour un renouvellement de la pastorale de l’Eglise : des attentes vis à vis du Synode et de l’Eglise

 La plupart des témoignages fondent des espoirs sur un renouvellement de l’Eglise, essentiellement davantage dans son approche des réalités de notre temps plus que dans une transformation profonde des éléments qui fondent sa doctrine. Des évolutions sont toutefois espérées sous l’impulsion du Pape François pour une pastorale plus ouverte et dans le fonctionnement de l’Eglise.

Une Eglise qui écoute et pratique la miséricorde

« Que l’Eglise ne s’occupe plus de morale, mais aille vers la vie. Qu’elle transmette le seul message important : “Le royaume de Dieu est proche“ »

« Je souhaite que l’Eglise abandonne ses certitudes, cesse de juger et condamner. Une Eglise qui exclut ne peut pas prétendre évangéliser. »

« Les chrétiens ont leur conscience pour les éclairer et l’Eglise n’a pas à s’en mêler. En un mot je souhaite que l’Eglise soit une amie pour tous et non un tribunal.

Une Eglise qui transforme son discours et qui se transforme…

« Nous attendons-nous du Synode sur la famille une occasion, facilitée par le pape François, d’une “démocratisation“ du fonctionnement de l’Eglise qui donnerait voix directement au plus grand nombre et s’ouvrirait davantage aux réalités du monde.

« Qu’attendons-nous de l’Eglise ? Un constat préalable. Dans notre pays, et sans doute les autres pays européens, elle doit mettre les bouchées doubles pour ne pas mourir car elle n’intéresse personne, du moins dans nos relations de travail. Toute une génération s’est complètement éloignée de toute vie religieuse. »

« Je souhaite plus de coresponsabilité des laïcs, que le statut des prêtres évolue, que l’Eglise cesse d’être nostalgique du Concile de Trente et du juridisme qui en découle, qu’elle accorde une vraie place aux femmes. La virginité est trop vue comme un état idéal alors que, pour moi, la morale ne se situe pas essentiellement dans la sexualité. Il n’y a d’important que les paroles de Jésus : “Aimez-vous les uns les autres“. »

« De l’Eglise, en tant qu’institution, j’attends beaucoup et pas grand-chose. Beaucoup tel que François l’exprime : une attitude bienveillante, une inscription exigeante dans la foi (abandon des approches légalistes, des doubles jeux…), une recherche ouverte des différents chemins de foi, un vrai témoignage de ce que Christ apporte comme salut, non dans des mots codifiés et des formules toutes faites, mais incarné dans les situations concrètes. Je n’attends pas grand-chose de “l’appareil“, parce que plus que difficile à faire bouger, comme pour toute institution installée, d’abord cramponnée à son pouvoir et à ses prérogatives ; seule la conversion des uns et des autres, sous le souffle de l’Esprit, peut faire bouger les choses. Mais faute de cette dynamique, je me passerais de l’Eglise institution, comme je l’ai fait dans le passé, attentif toutefois à ce qui est positif, oublieux de ce qui bloque. J’attends beaucoup plus des communautés chrétiennes… »

« Nous attendons de l’institution qu’elle réserve aux femmes une place équivalente àcelle des hommes, à l’image des anglicans, des protestants et de certains juifs libéraux. Et aussi une plus grande ouverture sur un monde qui ne cesse d’évoluer et dont il faut prendre en compte les changements et la mise en œuvre d’une attention particulière portée aux pauvres, “aux plus petits“ et à toute souffrance. »

« Quant à l’Eglise, son avenir dépend aussi bien du Pape que de chacun de nous. C’est une question d’ajustement par rapport au commandement “Aimez-vous les uns les autres“… »

 Mais comment ouvrir le dialogue dans la diversité des catholiques ?

« Les catholiques s’ignorent entre eux d’autant mieux qu’ils s’ignorent eux-mêmes comme le fruit d’une expérience historique singulière. Dans chaque diocèse, il y a des structures qui organisent le dialogue interreligieux ou le dialogue œcuménique. Rien n’existe pour stimuler le dialogue entre catholiques. »

« Comment faire ? Tout d’abord accepter le pluralisme : il faut que les différents courants ne prétendent pas être le Tout de l’annonce de l’Evangile. Ensuite reconnaître qu’aucune démarche de communion ne sera authentique si tous les courants ne sont pas partie prenante. Puis il faut savoir débattre des différences franchement et profondément. Le pardon doit être à l’horizon pour que les langues se délient dans la confiance et que le dialogue soit vrai. Et tout cela doit nourrir un échange sur lequel tous devraient veiller car c’est un lien précieux, une communion en acte, un ferment d’unité. »

Yann Raison du Cleuziou – « Qui sont les cathos aujourd’hui »

 Nous remercions encore le Synode de l’appel lancé à tous les chrétiens, et de la nouvelle pratique de l’écoute et du dialogue qu’il a voulu promouvoir.

C’est pourquoi nous réitérons notre suggestion pour le diocèse de Paris : ne pourrait-on retrouver (en juin par exemple), les communautés d’autres « paroisses » qui ont envoyé une contribution, pour partager leurs propositions  et le chemin qui y a conduit ?

 « La doctrine elle-même est fluctuante : elle oscille entre deux pôles : l’un, plus intransigeant, représenté par Paul VI et JP II, l’autre plus ouvert qui s’exprime dans le concile et le document de la commission théologique. logo smpetitLe synode est invité à rendre compte du choix qu’il fera en se mettant résolument à l’écoute des laïcs. Il y va de la crédibilité du Magistère de l’Eglise. »

Philippe Bacq

« Sortons, sortons, pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ » Evangelii Gaudium (49)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *