Au pays des petits riens

Après le feuilleton de l’été arlésien 2014, voici celui du printemps 2015 ! Le pays d’Arles se réveille de l’hiver. Jean Verrier suit le cycle des traditions et des événements, mais s’émerveille aussi des petits riens, des choses vues, des mots entendus
L'église Saint-Césaire photographiée à notre arrivée le mercredi soir
L’église Saint-Césaire photographiée à notre arrivée le mercredi soir

Après le feuilleton de l’été arlésien 2014, voici celui du printemps 2015 ! Après la Feria du riz ce sera bientôt celle de Pâques. Le pays d’Arles se réveille d’un hiver toujours trop long. Jean Verrier suit le cycle des traditions et des événements, mais s’émerveille aussi des petits riens, des choses vues, des mots entendus.

 

 

«  Le cloître de l’église sert de cour de récréation et... de bureau de vote »
«  Le cloître de l’église sert de cour de récréation et… de bureau de vote »

mercredi 25 mars 2015. Près de 800 cents kilomètres d’autoroute depuis Paris jusqu’à Arles sous un triste crachin et puis, dès que le clocher de la Garde Adhémar se découpe à gauche sur le ciel, une douce lumière se diffuse à l’horizon. Elle est encore plus généreuse quand on tourne plein ouest sur la Languedocienne. À l’arrivée on se glisse dans le dédale des ruelles de la Roquette. La vigne vierge paraît bien rouillée, l’arbre n’a plus de feuilles mais ça nous permet de redécouvrir, depuis notre fenêtre grand ouverte, les arcades de la chapelle des Pénitents blancs au pied de l’église Saint-Césaire qui fut au XIIème siècle l’église des Grands-Augustins. Cette chapelle abritait au siècle dernier une menuiserie qui a brûlé dans les années 1960. Depuis on y a installé l’école maternelle Jean Bouin (directeur d’école, 1912-1998). Le cloître de l’église sert de cour de récréation, et pour deux dimanche de bureau de vote.

 

« ...nous ouvrons la fenêtre sur un ciel tout neuf »
« …nous ouvrons la fenêtre sur un ciel tout neuf »

jeudi 26 mars. Ce matin nous ouvrons la fenêtre sur un ciel tout neuf, mais il est difficile de sortir de la maison car notre voisin du fond de l’impasse est venu avec ses deux chiens prendre le soleil sur le pas de notre porte. Nous n’osons trop le priver de ce plaisir d’autant que les passants s’arrêtent pour tailler un brin de causette, et Ja-cque-line, appuyée un peu plus loin sur une barrière de protection, élargit de sa voix pointue le champ de la conversation.

 

« ...notre voisin est venu prendre le soleil sur le pas de notre porte »
« …notre voisin est venu prendre le soleil sur le pas de notre porte »
« ...les passants s’arrêtent pour tailler un brin de causette »
« …les passants s’arrêtent pour tailler un brin de causette »

 

« et Ja-cque-line élargit de sa voix pointue le champ de la conversation »
« et Ja-cque-line élargit de sa voix pointue le champ de la conversation »

 

vendredi 27 mars. Dans la chapelle Saint-Martin de Méjean, ancienne chapelle des pestiférés, le peintre fribourgeois Guy Oberson expose de petites et grandes toiles, des aquarelles, des  dessins à la pierre noire, rassemblés sous le titre « Semblance ». Des chiffonnades de lumière voisinent avec de nombreuses images de la mort. Sur une très grande toile nous reconnaissons le visage de la romancière Nancy Huston. Le rez-de-chaussée sert aussi de salle de spectacle et sur la scène un accordeur règle un clavecin qui servira aux concerts de musique baroque de la Semaine sainte. On nous interdit de monter voir les toiles disposées derrière lui car le plancher craque et il ne faut pas déranger André Christophe, facteur de clavecins à Nîmes.

 

« Dans la chapelle Saint-Martin de Méjean, ancienne chapelle des pestiféré »
« Dans la chapelle Saint-Martin de Méjean, ancienne chapelle des pestiféré »
« ...le peintre fribourgeois Guy Oberson expose de petites et grandes toiles »
« …le peintre fribourgeois Guy Oberson expose de petites et grandes toiles »
« ...nous reconnaissons le visage de la romancière Nancy Huston »
« …nous reconnaissons le visage de la romancière Nancy Huston »
« ...il ne faut pas déranger André Christophe, facteur de clavecins »
« …il ne faut pas déranger André Christophe, facteur de clavecins »

 

samedi 28 mars. De nouveaux aménagements ont encore élargi le gigantesque serpent du marché qui occupe maintenant tout le bas du Boulevard Clémenceau et bloque la sortie de la voie rapide vers Nîmes. Des dizaines de voitures sont parties à la fourrière ces derniers samedis. Nous retrouvons nos marchands : le fromager reconnaît que la croûte de son Saint-Nectaire a des allures « volcaniques » (sic) et nous consent un rabais d’un euro. Sophie, notre marchande de miel des Alpilles, a perdu la moitié de sa production cette année et il ne lui reste presque plus de miel de châtaignier, le meilleur, enfin, celui que nous préférons. Nous nous empressons de  lui prendre les deux derniers pots de son étal. Et, comme d’habitude en fin de marché, nous allons poser nos paniers à la terrasse du Malarte pour boire un verre.  J’en profite pour croquer  un de nos voisins de table.

 

« Sophie, notre marchande de miel des Alpilles, a perdu la moitié de sa production cette année »
« Sophie, notre marchande de miel des Alpilles, a perdu la moitié de sa production cette année »
« ... j’en profite pour croquer un de nos voisins de table »
« … j’en profite pour croquer un de nos voisins de table »

dimanche 29 mars.  Deuxième tour des élections départementales.  Nous votons par correspondance mais les résultats d’Arles et tout spécialement ceux de notre quartier de la Roquette nous intéressent beaucoup. Le canton d’Arles couvre tout le delta du Rhöne, il comprend les Saintes-Maries de la mer et une partie de Port-Saint-Louis, c’est certainement le plus étendu de France. Nous apprenons dans la nuit que les Bouches du Rhône passent à droite, que le Front National atteint 39 % des voix. Mais dans le canton d’Arles c’est la gauche qui l’emporte avec 53 % contre 46 au FN, et à la Roquette avec 75 % (520 voix) contre 25 au FN (180 voix). La Roquette prend les allures du village d’Astérix.

 

Jean Verrier

 

 

 

1 Commentaire

  • L’envie, soudain, de goûter à ce miel des Alpilles et même à ce St Nectaire à l’allure volcanique, L’envie d’écouter le bavardage de tes voisins et respirer l’air de ce village de gaulois !
    Vite ! La suite !

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