Avez-vous l’esprit Taizé ?

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Cathédrale de Strasbourg, 30 décembre 13 h 15. Ça y est, j’y suis ! Avant que la foule des jeunes n’envahisse le lieu, me voici installé au premier rang. Installé, enfin, c’est vite dit : assis en chef sioux sur la pierre glaciale de la nef. Devant, dans un périmètre réservé, Philippine de Saint-Pierre s’agite : un direct de KTO permet de meubler le temps d’attente. Autour de moi, emmitouflés (avec ou sans coussin), les jeunes parlent. Visiblement toutes les langues, sauf le français. Puis, simplement et majestueusement, la chorale entame les premiers chants. Les frères de Taizé s’avancent en ordre très dispersé, dans leurs aubes mal repassées. Ils rejoignent leurs petits bancs de prière. L’un d’entre eux marche pieds nus : assurément un saint ! Sur leurs chaises à leurs côtés, Mgr Schokert, Blaquart, Maillard et un évêque allemand cessent leurs discussions. À voir leur visage, ils sont heureux d’être là. Pour une fois, pas de problème à régler. Au milieu de tous ces jeunes. Et eux, dans un silence assourdissant, prient. Ils prient vraiment. Seuls, la tête entre les genoux. Main dans la main avec la copine. En regardant du côté du chœur, qui n’apparaît plus monumental. Les jeunes prient. Leurs portables sont rangés. Les touristes venus pour l’horloge astronomique sont repartis ou restent un peu ébahis devant tant de piété. Ils n’ont plus envie de faire de photos. Qu’ils restent un peu plus, et ils vont finir par être touchés par la grâce. On lit la finale de saint Matthieu. Une monition faite par un frère, traduite en deux langues — décidément toujours pas de français ! — s’en suit : « le Royaume, c’est maintenant. C’est quand tu fais la paix. Même quand c’est dur, etc. ». Pas de fioriture. Du concret. Du solide. De la bonne et saine théologie.
Moins d’une heure après, la sortie de la cathédrale se fait sans bousculade, dans la bonne humeur. Ça ressemblait un peu au rassemblement des scouts d’autre dimanche à Saint Merry, chants en trois langues, dont le latin, en plus. Avec ma communauté, nous cherchons un café pour nous réfugier. Tous sont pris d’assaut. Nous passons devant le séminaire visiblement rempli. Je croise un ami dominicain en habit religieux. Ça aide à le repérer. Je me dis que l’ancien évêque, Mgr Doré, doit être content de tout ça, que le curé de la cathédrale, Michel Wackenheim, n’a pas trop de souci à se faire. Une fois de plus « le miracle de Taizé » s’est produit.

Jean-François Petit

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