Bernard Sadier : un homme engagé

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Une rencontre récente avec Bernard autour du thème de la solidarité m’a donné l’envie de connaître mieux cet homme dont la vie se nourrit   d’actions engagées pour le mal-logement ; pour ce, il s’appuie sur une recherche spirituelle et une vie d’amitié avec tous. Il a bien voulu me recevoir chez lui pour un long entretien, dans une semaine où l’actualité se focalise

sur le logement avec la publication de l’état des lieux du mal logement en France en 2014 par La Fondation Abbé Pierre et la préparation de la Nuit solidaire pour le logement le 12 février.

Bernard, vous l’avez sans doute entendu un dimanche ou l’autre au micro appeler la communauté à s’engager pour les mal-logés : «  Celui qui n’habite nulle part n’existe pas ! ». Vous le reconnaitrez  à son large sourire légèrement gouailleur, à sa tignasse bouclée et sa voix un rien rocailleuse.

Il me raconte cette vie active qu’il a choisie et sa recherche d’une église engagée dans la vie. Après la fréquentation de St Eustache, St Séverin, lui et sa femme découvrent St Merry en 75. Ils adhèrent tout de suite à ce qui s’y vit et depuis ne l’ont pas quittée.

Très tôt Denise et lui participent à l’animation des jeunes à St Eustache (scoutisme et autres groupes)  où ils se sont rencontrés, puis vient l’organisation du « catéchisme pour adultes », au début des années 60, avec les oratoriens. Il s’agit de réunions avec des médecins, des scientifiques, des oratoriens pour débattre des grandes questions de foi et d’actualité (la contraception…) et permettre à tous de confronter leur foi avec ces idées. Cette formation se poursuit, avec l’apparition du trou des Halles. Une immense salle de conférences est créée et nombre de conférences où la science et l’église sont liées sont organisées avec la participation du Père François Houang, LeroRéhabilitation (hors SNL)y Ladurie, le Cardinal Marty, P.h. Chombart de Lauwe…et bien d’autres.

Puis c’est le  temps de la naissance de leurs trois enfants et la participation évidemment aux associations de parents d’élèves, à l’école, dans le 10ème arrondissement, puis au collège. Une particularité : Bernard, dans ce type d’association, est appelé très vite au poste de Président.

En même temps, le goût de discuter avec d’autres couples les fait entrer dans un groupe qui vient de naître : « les techniciens catholiques »  composé de jeunes qui ont voulu prolonger le travail fait en aumônerie : messe chez chacun d’entre eux, discussions… Bernard et Denise ont 25 ans. Leurs copains aussi. Depuis 40 ans ce groupe de copains se réunit, partage soucis et joies, se soutiennent quand il le  faut. « Un groupe thérapeutique »  pour Bernard, et un besoin d’amitié.

La rencontre avec Saint Merry.
Un beau jour il y a une rencontre organisée sur le logement par le groupe logement de l’époque. Est invité un responsable de Solidarités Nouvelles pour le Logement. Convaincu, Bernard, dans le contexte d’un gouvernement qui ne  prenait pas les mesures efficaces pour résoudre la crise, se dit « c’est cela qu’il faut !  Très vite Bernard et quelques copains se lancent dans l’aventure ; ils créent un groupe SNL (en 98).

Le principe de fonctionnement de SNL
Des gens se groupent pour acheter des logements pour des sans-logis. L’état donne des subventions, ainsi que la Région et la Mairie. Ces trois subventions constituent 70 % du prix d’achat. Les 30  % restants sont payés par les membres des groupes SNL. Il y a une association pour chacun des  départements d’Ile de France. Le groupe SNL Paris Centre couvre les 4 premiers arrondissements de Paris. Le groupe de Bernard a acheté six logements depuis  98 et logé une quarantaine de personnes, une goutte d’eau dans l’océan des besoins ; cent mille personnes attendent un logement à Paris, mais « Ca vaut le coup de voir les yeux brillants des bénéficiaires ! ».

Des règles sont à respecter, subventions obligent. Par exemple il faut qu’il y ait un rapport correct entre le nombre de logés et  la surface de l’appartement. Souvent la famille de deux passe à trois membres ; le nouveau-né est accepté…  –
Les sans-papiers sont exclus.  L’idée force  est de tenir compte de la vie dure des  personnes logées dans ces appartements. SNL leur  offre un appartement de manière temporaire, le temps qu’ils se remettent debout, un an ou deux par exemple, le  temps de leur trouver un appartement pérenne.

Le rôle de l’accompagnement.
Donner un appartement à des gens qui ont souffert ne suffit pas. Il faut les accompagner dans leur installation, dans les problèmes de voisinage, dans leur recherche de travail. Un homme qui a dormi  24 ans dans une cabane du bois de Vincennes a bénéficié d’un logement, après la  menace de destruction de la cabane par la ville de Paris. Il a trois chats. Tous les jours il revient dans les bois nourrir ses chats. On espère que progressivement  il se mettra debout.  Les accompagnateurs vont voir les locataires  régulièrement et nouent des liens d’amitié.

Comment SNL choisit ses locataires.
En temps de crise, ce n’est pas facile. Est retenu sur un certain nombre de dossiers celui qui remplit le mieux les conditions requises : rapport entre la surface et le nombre de locataires ; le confort (un handicapé ne pourra habiter un immeuble sans  ascenseur). Mais d’abord on pense à choisir le plus pauvre, ceux qui ne trouveront rien dans le secteur privé.  « Nos loyers sont très  bas. » estime Bernard.

Pour louer solidaire.
 Il y a  beaucoup d’appartements libres dans Paris parce que les propriétaires n’ont pas les moyens de remettre en état leurs appartements. A ces propriétaires qui acceptent de loger un sans-logis, SNL propose de rendre le logement habitable, à ses frais, et de le leur rendre libre et neuf, à condition qu’ils permettent de louer l’appartement  pendant au moins dix ans. De même SNL se substitue au propriétaire, pour payer les charges et assurer une présence aux assemblées générales.

Il y a dans Paris beaucoup de propriétaires dans ce cas. Des banques et des assurances ont acheté des appartements pour spéculer et les retirent de la location. Pour louer solidaire,  les propriétaires peuvent s’adresser à SNL ou à la Ville de Paris.

Bernard ajoute que le problème du logement n’intéresse guère les français qui ont dans leur  majorité, un toit. Il est vrai que les mal logés, ils ne sont que 3,5 millions, ne font pas de manifestations et ne brûlent pas de voiture…

Pour achever notre conversation, Bernard raconte son engagement et celui de son épouse au centre social La Clairière ; lui y donne des leçons d’informatique à des adultes et Denise y fait du soutien scolaire. Bernard rappelle le besoin qu’il a de Saint-Merry, de l’apport spirituel qu’il trouve dans la célébration du dimanche et qui l’aide dans ses différents engagements. « Je n’ai pas besoin qu’on prie pour les pauvres, mais que d’autres me rejoignent pour les aider se remettre debout».

Propos recueillis par Michèle Dauger

                    VIGNETTE PEINTURE PLAFONDPERCEUSE

Solidarités Nouvelles pour le Logement : www.snlparis.org

Sur le quartier : Groupe SNL Paris Centre : bsadier @ wanadoo.fr

60 rue Greneta 75002 Paris   Tel : 01 48 24 82 93

Quelques chiffres :
1000 logements  accessibles grâce à la modicité des loyers et des charges, aux personnes démunies,

50 nouveaux logements créés chaque année,

6000 personnes successivement accueillies puis relogées depuis la création de l’association,

1 200 bénévoles, réunis en 100 Groupes Locaux de Solidarités (GLS) ,

70 salariés : des travailleurs sociaux, architectes, gestionnaires immobiliers et locatifs, ….

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