12 Juillet 2018. Vernissage de "Beyond"

Beyond / Au-delà. Exposition d’été 2018 à Saint-Merry

Avec « Beyond », la belle exposition très appréciée des visiteurs, Saint-Merry se met à l’heure japonaise : l’église est un des lieux associés de la manifestation nationale « Japonismes 2018 » et s’ouvre ainsi, comme chaque été, à l’international. Banalité ou étrangeté ?

Les quatre artistes exposés auxquels il faut ajouter les trois autres qui se sont produits lors du vernissage (une performance corporelle et une sonore) évoquent différemment les rapports de l’Homme à la nature et ouvrent sur une facette de l’art japonais, ni pop, ni ultra technologique, ni historique, ni activiste comme on peut le voir dans les autres lieux parisiens. Les quatre œuvres avec leur tonalité singulière, intime et spirituelle, enrichissent la découverte de l’église, « au-delà » de l’atmosphère habituelle.

Beyond / Au-delà. Exposition d’été à Saint-Merry. Japonismes 2018 from Voir et Dire

La manière dont les artistes sont venus en 2018 jusqu’à Saint-Merry apporte un éclairage intéressant sur les évolutions des rapports entre l’art et ce lieu : le Centre pastoral qui s’affirme ouvert au monde voit désormais le monde venir à lui dans le domaine des arts visuels.

Vers un modèle des expos d’été à dimension internationale ?

Apparemment, Saint-Merry devient un lieu apprécié, voire recherché, d’un nombre croissant d’artistes et de commissaires d’expo japonais. S’agirait-il comme l’indique le sous-titre de « Japonismes 2018 », « d’âmes en résonance » ?

Avant un artiste colombien en 2017, le Centre pastoral avait déjà accueilli un Japonais, Makoto Ofune, durant l’été en 2016. Si les trois dernières expos d’été traitaient des rapports entre la nature et l’homme au travers de sensibilité et de spiritualité issues d’autres cultures, assiste-t-on à la naissance d’une relation privilégiée avec un pays particulier ? Probablement pas. En revanche les méthodes de choix de Saint-Merry expliquent les origines lointaines des artistes.

Masayoshi Yamada, Yoko Nataka, Malou Yamashita

En effet, pour ces grands évènements estivaux, le Collège des arts visuels n’a pas choisi directement les artistes, mais il a commencé par engager un dialogue avec des commissaires d’exposition liés à ces lointains pays. En 2018, ce fut avec Yoko Nakata, la responsable de Biwako Biennale, une Biennale d’art contemporain à côté de Kyoto. Elle fut fascinée par Saint-Merry dès la première découverte. Elle connaissait bien les milieux d’artistes japonais et, rapidement, nous avons retenu ensemble soit des jeunes prometteurs, soit des artistes confirmés, mais tous susceptibles de s’approprier le cadre d’une église, d’organiser le côtoiement de différentes formes d’esprit.

Masayoshi Yamada : « Cycle permanent »

L’originalité de l’exposition d’été 2018 tient ainsi à une double conjoncture :

  • À un niveau général, cette année marque le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France, ainsi que le 150e anniversaire dudébut de l’ère Meiji lorsque le pays s’ouvrit à l’Occident. L’évènement est porté par les gouvernements français et japonais.
  • À un niveau plus fin, il s’agit de connivence patrimoniale et artistique : insérer de l’art contemporain dans un lieu de mémoire, faire que des œuvres du XXIe siècle accroissent leur sens dans un lieu historique, l’un à Paris, l’autre au Japon.

Saint-Merry est une église du XVIe en restauration permanente.

La Biwako Biennale s’est installée dans Ômihachiman, une ville construite aussi au XVIe dont les maisons de bois tombaient en ruines au XXe. L’art y est chargé de favoriser la réhabilitation des bâtiments historiques pour accueillir des artistes japonais et internationaux qui, depuis 2001, exposent et transforment le lieu.

C’est d’une sensibilité commune qu’est née la mise en œuvre de « Beyond / Au-delà », une sorte de jumelage. Ces deux lieux sont l’un pour l’autre beyond / au-delà des mers et des terres et pourtant très proches dans l’esprit.

Sur quelles étrangetés sont construites les œuvres ?

  1. Circle side : « Tracing of a gypsophila »

    Circle side : « Tracing of a gypsophila ». Dans la crypte, l’installation lumineuse et sa musique envoûtent. Le collectif d’artistes est avant tout attentif aux lieux et leurs œuvres sont simplement une recherche de la beauté. Le paysage tient une place importante dans l’art japonais et il est souvent stylisé. Ici, les artistes évoquent la forêt et son mystère, mais inversent les échelles pour accroître l’émotion. Ce sont des herbes sèches fragiles qui représentent les arbres et les visiteurs sont plus grands qu’eux. Gulliver est face à la fragilité de la nature.

  2. Masato Tanaka: « Fullmoon effect »

    Masato Tanaka: « Fullmoon effect ». On pénètre dans cette sculpture en suivant des règles, le Japon étant un pays d’ordre.

    Revêtue de shoji (feuilles de papier de riz) métallique, l’œuvre est vraiment japonaise non pas dans le registre de la haute technologie, mais dans cet artisanat de haute précision qu’est l’assemblage des composants (bois, fer, miroir).

    La nature est ici celle d’un univers, non pas en expansion, mais réduit, stable, beau dans sa géométrie, éblouissant et très fragile à l’image de ces shoji très fines. Au centre, l’équivalent d’une lune dans laquelle une main peut pénétrer. Comme dans nombre d’œuvres japonaises, il est proposé, ici, une expérience ludique du corps et de son image, de la perception d’un environnement onirique. Le vrai sujet de « Fullmoon effect » est l’accès à une lumière centrale commune : une expérience d’intériorité pendant quelques instants où le visiteur est seul dans la structure.

  3. Masayoshi Yamada : « Cycle permanent »

    Masayoshi Yamada : « Cycle permanent ». Une installation de bambou dans le claustra. Une lecture de l’arche de Noé et une réflexion sur l’aventure humaine. Une référence : la cathédrale de Chartres et son labyrinthe rond au sol qui reflète la grande rosace. La baie vitrée du claustra de Saint-Merry, elle, a la forme de l’arche de Noé. Deux petites statuettes en fer et peau sur le radeau, et d’autres dans les anfractuosités des murs à la recherche d’une vie inconnue. Où va l’homme ? Parviendra-t-il à monter au Ciel ?

  4. Shiori Eda : « Despair leads to hope »

    Shiori Eda : « Despair leads to hope / Le désespoir mène à l’espérance ». L’œuvre surréaliste, féministe, est très énigmatique(y compris par le titre). Et pourtant, cette sculpture au sol dans une chapelle Nord, dans laquelle on n’entre pas, fascine la plupart des spectateurs : elle est réellement « Beyond / Au-delà ». L’artiste ne s’exprime pas sur ses œuvres. Elle est aussi mystérieuse que ses créations. En revanche, à regarder ses différents travaux (peintures, sculptures, etc.), elle met au centre de son travail la femme cherchant à dompter la nature, sans nier la fragilité humaine. Dans le monde de Shiori Eda, les femmes semblent avoir gagné. À Saint-Merry, elles sont dans des positions d’adoration devant une source d’eau chaude luxuriante. Au Japon, la vénération des forces de la nature est le fondement du shintoïsme, toujours très présent dans la société. Une tendre adhésion, une critique ?

  5. Asamï Nishimura : « Cucurucucu »

    Asamï Nishimura : « Cucurucucu » a été une performance le jour du vernissage, le 12 juillet. Une performance lente : avec un oiseau niché dans ses cheveux, l’artiste entrait dans une volière ou en sortait pour visiter l’église et regarder le public avec ses grands yeux calmes. Une performance où l’artiste est en couple avec la nature-oiseau, où elle s’identifie à elle jusqu’à entrer dans une volière. Une merveille d’équilibre d’un corps revêtu comme d’un plumage. Un souvenir d’enfance magnifié.

  6. Sayuri Hayashi Egnell et Haness Egnell : Dans le cadre de cette performance, ils ont développé une partie musicale mêlant tradition et musique contemporaine (réentendre la bande-son de la vidéo).

 

Retrouvez les photos, d’autres commentaires sur cette exposition, des réflexions ou l’entretien avec Masayoshi Yamada dans l’article de  Voir et Dire   le réseau des arts visuels de Saint-Merry

Sites des artistes

http://www.circleside.org

http://mst-t.org

http://www.asami.fr/

http://yamada-artist.com

Jean Deuzèmes

 

L’exposition est accessible au public dans le cadre du service d’été du mardi au samedi de 13 à 19h sauf contrainte liée au fonctionnement de l’église (lundi : fermé).
Samedi ouvert de 10h30 à 12h et de 15h à 19h30 (mais pas en Juillet et Août ).
Ouverture nocturne les mercredi et jeudi en Juillet et Août jusqu’à 21h.Les œuvres seront visibles après les concerts de l’Accueil musical (samedi et dimanche) et juste après les messes.

 

Retrouvez l’esprit de cette chronique sur www.voir-et-dire.net, l’expression du réseau des arts visuels de Saint-Merry. Un moyen de découvrir l’art contemporain par les photos, les films, les analyses d’expositions et les commentaires d’œuvres. Une manière d’entrer dans les expos de Saint-Merry, par les mots.

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