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Bon anniversaire « Voir et Dire »

Voir et Dire : où est-ce ?

Au secrétariat de Saint-Merry, on ne trouve aucune étiquette, aucun casier courrier avec la mention « Voir et Dire ». Et pourtant en bas du site www.voir-et-dire.net, dans « Contact », il y a une adresse, 76 rue de la Verrerie. Il en fallait une pour respecter le RGPD, le code bonne conduite Internet.

Et pourtant, quand une ou un Accueillant.e. se voit sollicité.e. sur l’art, elle ou il répond : allez sur Voir et Dire (merci à l’Accueil).

Caroline Chariot-Dayez. Plis de l’esprit. 2016

Alors ? Est-ce un des 40 groupes ? Non. Est-ce une association ? Non. Un club qui se réunit dans un endroit feutré ? Non. Un alien invisible ? Non.

Structure étrange que ce nom cache alors qu’il est connu d’artistes de plus en plus nombreux, d’institutions et d’un millier de lecteurs qui reçoivent une lettre mensuelle, bien sûr des Saintmerriens, mais très minoritaires. Certes petit, mais réactif et autonome, n’ayant pas besoin de gros moyens, ce dispositif est ouvert à tous les courants, mais contribue, à sa manière, à la visibilité et à la vie de Saint-Merry.

Voir et Dire, c’est simplement un réseau : Une vingtaine de personnes aux fortes personnalités, aux attentes et aux niveaux de cultures complémentaires, croyantes ou non, dispersées en France et à l’étranger. Elles ont trois points communs : l’intérêt pour l’art contemporain et le souci de le faire connaître ; l’appui aux innovations de Saint-Merry, dans les expos ou les évènements ; la conviction que la culture visuelle contemporaine peut se mêler avec bonheur aux questionnements spirituels.

Voir et Dire, c’est surtout un site. A l’époque d’Instagram, qui privilégie photos et films, et doit permettre de tout saisir dans l’immédiateté, de liker et de mesurer l’audience d’un artiste, de faire défiler des images sur son portable en un rien de temps, mêlant « Cool » et « Whaoo », V&D propose de la réflexion sur les expos en cours à Saint-Merry, et ailleurs à Paris, Venise, Arles, ou encore en Belgique. Les constantes : une très riche iconographie, la rigueur dans la présentation des photos, des analyses de fond et surtout le référencement des artistes et expos. Conçu initialement pour la culture des Saintmerriens, il semble apprécié surtout par ceux qui cherchent des idées exprimées simplement. Les textes de taille variable vont jusqu’aux longs dossiers. Et la lettre mensuelle séduit. Le tout est gratuit…

Street Art à Saint-Merry, 2016

Un peu d’histoire :

De 1986 à 1999, les arts visuels relevaient à Saint-Merry d’un groupe « L’œil à Beaubourg » animé par un prêtre charismatique, Joseph Pierron, professeur d’exégèse, qui animait des réunions internes sur les œuvres et les courants de l’art contemporain, à la fois séminaires et débats-formations avec une ossature théologique. En complément, il était régulièrement organisé des visites à Beaubourg et produit un bulletin mensuel ou trimestriel très pertinent de 4 à 8 pages fait de diverses contributions, réflexions et commentaires de visites. Cette forme papier permit une réelle sensibilisation de la communautéé. Une ou deux expositions par an dans l’église, fabriquées collectivement, autour d’un texte d’évangile, complétaient le dispositif.

Quelques années après la mort de Joseph, cette façon d’appréhender la question de l’art s’est partiellement éteinte.

Ikse Maître. Où commence le ciel. 2010

De manière très pragmatique, elle a été  remplacée par deux types d’initiatives ayant en commun de mettre l’artiste au centre et de cheminer avec lui, conviction forte portée par Jacques Mérienne, curé pendant 12 ans et homme de théâtre, ayant créé́ sa propre troupe :

– Invitation d’artistes en résidence, amis des uns ou des autres

– Invitation très ouverte d’inconnus ayant un projet précis pour des temps très courts,  de 15 à 20 jours.

Mais, très vite, la non-compréhension de formes d’art ne délivrant pas explicitement un message chrétien a réactivé d’anciens débats. Ce n’était pas nouveau dans cette communauté hyperactive et engagée, où l’art s’affiche comme singulier. Il a fallu trouver des moyens pédagogiques et sensibiliser. Cette période n’est pas terminée !

Dans ce contexte, Voir et Dire (V&D) émergea en 2009, porté par une poignée de personnes. Conçu immédiatement sur le mode du réseau et de la plateforme ouverte, il se donna une triple fonction :

– Être le premier accueillant des artistes choisis et le médiateur entre celui-ci et la communauté

– Élaborer des repères sur l’art, sur les expositions en cours (à Saint-Merry et à Paris), attiser la curiosité, faire baisser les niveaux de tension en adoptant une approche pédagogique

– Construire des projets originaux de manière transversale, notamment à la demande du Centre pastoral,  et signifier l’attachement de Saint-Merry aux questionnements induits par les arts visuels.

Comme on pouvait s’y attendre, les questions de gouvernance ont vite fait surface. L’Équipe Pastorale a alors professionnalisé les processus de décision et institué un groupe : le Collège des arts  visuels qui fonctionne depuis 2015. Le Collège est maître d’ouvrage et décide tandis que Voir et Dire assure les fonctions de secrétariat et de commissariat d’expos, en s’appuyant sur différents  réseaux de techniciens, sur l’Accueil ; il veille à la cohérence des choix effectués.

Un bilan est-il possible ?

La démarche de Saint-Merry est collective et soucieuse de la méthode, ouverte et pragmatique. Ce n’est pas Voir et Dire qui « fait » les expos. La programmation est issue de la procédure choisie : l’appel à projets artistiques, le débat et la transparence du Collège. Au départ, elle a privilégié la jeune création, les artistes qui ne sont pas en galerie ; actuellement le professionnalisme  des personnes invitées et des accrochages prend plus d’importance.  Elle repose sur le temporaire, ne fait pas de commande aux artistes, sauf exception. Comme beaucoup d’expos ont été suffisamment marquantes, les membres de la communauté ont fait progressivement confiance au Collège dans ses choix et ceux-ci ont été plus audacieux mais toujours exigeants, Voir et Dire tenant du poisson pilote, avec son esprit de liberté et de responsabilité.

Quentin Guichard. Exographies. 2014

Les acquis : un fantastique réseau d’artistes prêts à se mobiliser ; 850 000 visites sur le site qui en est à sa troisième version, entre 6 et 10 000 par mois, 450 articles ; des papiers de réflexion et le débat permanent avec qui veut ; 5 à 7 expos par an, l’organisation de Nuits Blanches fantastiques, des évènements mémorables comme Street Art ;  l’information sur l’art (le Dire) ; l’appui à tout ce qui est créatif y compris à l’extérieur (cf. le Socle) ; la donation de « Merry Cathedral », etc. Voir et Dire va là où il y a de la vie.

Alors, tout va bien ? Non, pas tout. On a perdu les visites collectives à Beaubourg et au musée d’art moderne de la Ville de Paris ; en dépit de tous les efforts de communication interne, trop peu de Saintmerriens sont abonnés à la Lettre d’où des incompréhensions et des malentendus sur l’art, parfois très vifs (qu’on se rappelle Chim’Air) ; les niveaux de culture semblent difficiles à articuler en dépit de tous les efforts faits pour écouter les diverses sensibilités.

En 2020, le débat se focalise sur la place d’une telle église au cœur de l’hypercentre dans le monde moderne, sur le rôle que la culture doit y jouer, sans que pour autant Saint-Merry soit une galerie ou un musée. Quelle image de l’Église l’art à Saint-Merry contribue-t-il à donner pour des populations qui n’ont plus rien à voir avec celles d’il y a 10 ans dans un monde globalisé ?

Alors pas question de gâteau d’anniversaire en ces temps incertains, mais en revanche dix bougies ont commencé à s’allumer : le marquage des 10 articles les plus lus par les internautes.

Étrange : à deux semaines de Pâques, le troisième article de ce palmarès (26 000 visites) porte sur « La Cène dans l’art contemporain ». À (re) découvrir.

En guise de cadeau, vous pouvez vous abonner à la lettre mensuelle de Voir et Dire, à  ses articles ou dossiers de commentaires d’expositions, abonnez-vous >>> si vous ne l’êtes pas déjà.

Jean Deuzèmes (un pseudo…)

Maxim Kantor, Merry Cathedral, l’été à Saint-Merry

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