BONHOEFFER, TOUJOURS

Oui, car il peut être un guide pour ce temps de crise. Et nous indiquer la voie de l’engagement, mais aussi du « dégagement », c’est-à-dire un retrait pour reprendre souffle, notamment devant Dieu. La chronique de Jean-François Petit

Oui, vraiment, la relecture de Bonhoeffer est nécessaire ! Pour lui, le chrétien ne doit pas rester la conscience endormie, anesthésiée (par les médias devenus très puissants par le confinement ?). Il est poussé à chercher, à œuvrer, à travailler sous l’action de l’Esprit Saint. La grâce doit lui coûter : « La grâce à bon marché est l’ennemie mortelle de l’Église ! » dira Bonhoeffer. On ne peut justifier tout ce qui arrive. Hier, des protestants croyaient qu’Hitler était un homme providentiel envoyé par Dieu. Mais que croyons-nous aujourd’hui ?

Nul homme n’est providentiel. Nous devons nous libérer de tout providentialisme. Surtout en temps de crise. Nous ne sommes pas dispensés d’une participation à l’humanisation du monde. 

Dietrich Bonhoeffer

Avec Bonhoeffer, soyons précis : les communautés psychiques, fondées sur les émotions (c’est-à-dire les enthousiasmes, les découragements…) doivent aussi devenir des communautés fraternelles, centrées sur les personnes. Sinon nous risquons une situation de surchauffe, ballotés entre des passions, des désirs, sans bien nous centrer sur les constructions humaines nécessaires.

Pour un chrétien, la prière, le silence, la lecture de la Bible, le pardon mutuel au nom du Christ sont des garde-fous en situation de dérive fusionnelle, autant dans des groupes religieux que dans des organisations politiques en situation de crise. Aux communions idéales (imaginaires), il faut préférer les communions humaines (réelles)

Ainsi, l’engagement, aussi nécessaire en ce moment, n’a de sens que s’il n’est équilibré par un dégagement, c’est-à-dire un retrait pour reprendre souffle, notamment devant Dieu. Chacun a donc à apprivoiser cette solitude là, d’autant plus nécessaire, qu’elle permet de repartir vers les autres. Dans ce cas, elle n’a rien de morbide. Elle est assumée, apprivoisée.

Bien plus : elle va donner du tonus au courage civique. Elle va aider à tenir bon. Pour Bonhoeffer, jamais il ne faut se mentir sur la gravité des situations. Le mal peut prendre le déguisement de l’indifférence, de la naïveté, de la bonne intention, de la compromission ou de la soumission à l’ordre des choses. En somme, garder les yeux ouverts et ne pas fermer sa bouche.

Le pasteur visait autant les carences collectives que les lâchetés personnelles. Les impasses viennent aussi de ce que l’on a mal nommé les choses, ce qui aurait dit Camus, en rajoute « au malheur du monde ». Bonhoeffer ira loin : « il faut prendre le risque non seulement de la désobéissance aux hommes mais du péché envers Dieu ».

Pour les chrétiens, Dieu ne doit donc pas être un bouche-trou, auquel on n’a recours que lorsque l’on traverse de grandes épreuves. Il ne doit pas être une béquille. Surtout, il doit être traduit en un langage audible par nos contemporains. Le monde n’a pas besoin d’un discours religieux péremptoire ou insignifiant. Dieu doit plutôt être vu dans la participation à la sauvegarde de la vie. En 1943, alors qu’il est en prison, Bonhoeffer écrit à Maria von Wedemeyer : « Dieu est dans la pauvreté, la lumière dans la nuit… mais il règne sur le monde et sur notre vie ! ». 

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