Briser l’indifférence

Plus de cinq cents morts en trois jours. Pour les migrants qui essayent de traverser le Canal de Sicile vers l’Europe ce mois d’août a été des plus tragiques. Dans le silence de l’Occident. Céline Dumont nous alerte sur cette catastrophe humanitaire

Plus de cinq cents morts en trois jours. Pour les migrants qui essayent de traverser le Canal de Sicile vers l’Europe ce mois d’août a été des plus tragiques. Dans le silence de l’Occident. Céline Dumont nous alerte sur cette catastrophe humanitaire

Le 8 juillet 2013, le pape François célébrait une messe à Lampedusa, devant la mer, là où débarquent des migrants quand leur bateau a tenu bon.

Le 3 octobre 2013, un bateau transportant 500 personnes avait coulé près des côtes : le bilan, brutal, autour de 400 morts, bouleversa au-delà de l’Italie, les Etats membres de l’Union européenne. Réunis le 8 octobre, les ministres de l’Intérieur de tous ces pays décidèrent de renforcer les équipes de l’Agence européenne des frontières, Frontex.

Eté 2014, les médias parlent de questions françaises certes importantes : le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) annonce que trois naufrages de bateaux sont intervenus les 22, 23 et 24 août faisant plus de 500 morts au total

(Voir le document ci-dessous).

​Ces derniers jours ont été les plus meurtriers de 2014 en Méditerranée pour les personnes qui effectuent des traversées irrégulières vers l'Europe, avec au moins trois embarcations ayant chaviré ou coulé

Melissa Fleming
Porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) 

Y a-t-il une réaction forte et collective ? « Qui a pleuré ? » Serions-nous habitués à ces chiffres, serions-nous dans « la mondialisation de l’indifférence ? » disait François en 2013 ?

La réponse de l’UE à ces événements se trouve dans le second document : renforcer les contrôles exercés par Frontex. Certes, l’on veut aider l’Italie et l’opération Mare nostrum (en place depuis octobre 2013 et qui s’emploie à sauver les migrants en danger) mais surtout, l’on affiche et l’on accentue « la lutte contre l’immigration illégale ».

Nous n’avons pas de solution unique, immédiate, simple, mais nous avons des questions :

  • pourquoi cette immigration illégale ? Quelles sont les possibilités d’immigration légale ?
  • que fuient les personnes décidées à risquer leur vie en quittant à tout prix leur pays de naissance ?
  • au XX1e siècle, les migrations sont un fait, mondial, incontournable, irréductible et qui ne peut qu’augmenter. Qui trompe qui en parlant de « maîtrise des flux » ?
  • qui prend en compte les études d’économistes et de démographes sur le coût réel de l’immigration ?
  • Et nous, chrétiens, connaissons-nous la doctrine sociale de l’église sur cette question ? Un petit ouvrage, « Notre bien commun » (1), aide à comprendre et à réfléchir.

À toutes ces questions, il y a des éléments de réponses, qui ne devraient plus être ignorés.

Céline Dumont

(1) SNSF, Editions de l’Atelier, Paris, 2 014.


Agir. Sans attendre.

En deux articles récents, le point sur le drame des migrants

HCR - Articles d'actualité, 26 août 2014

Plus de 300 clandestins morts noyés la semaine dernière en mer Méditerranée

GENEVE, 26 août (HCR) – Plus de 300 personnes ont trouvé la mort durant leur tentative de traversée irrégulière depuis l'Afrique du Nord vers l'Europe la semaine dernière, ce qui porte le bilan des naufrages cette année à près de 1 900 personnes, y compris environ 1 600 depuis juin.

« Ces derniers jours ont été les plus meurtriers de 2014 en Méditerranée pour les personnes qui effectuent des traversées irrégulières vers l'Europe, avec au moins trois embarcations ayant chaviré ou coulé », a indiqué Melissa Fleming, porte-parole du HCR, aux journalistes à Genève.

Elle a indiqué que la première de ces tragédies, et la plus importante, a eu lieu vendredi 22, quand un bateau transportant au moins 270 personnes aurait chaviré près de Garibouli à l'est de Tripoli. Dix-neuf personnes, dont une femme, ont survécu. Depuis, les garde-côtes libyens ont récupéré les corps sans vie de 100 autres personnes, dont cinq enfants de moins de cinq ans et sept femmes. Les 251 autres passagers seraient morts noyés.

Citant des témoignages de survivants, Melissa Fleming a indiqué que « le bateau était plein et davantage de passagers avaient encore été poussés à bord avant le départ. Selon les dires de certains survivants, l'embarcation s'est soudainement retournée et les passagers sur le pont inférieur ont été pris au piège. » Pour mener à bien l'opération de recherche et de récupération, les garde-côtes libyens ont demandé des sacs mortuaires, des équipements, de l'aide médicale et de la main-d'œuvre.

Le deuxième incident s'est produit en soirée le samedi 23 août. Un canot pneumatique endommagé a été récupéré par la marine italienne à une distance de 20 miles des eaux territoriales libyennes. Melissa Fleming a indiqué que quelque 73 personnes ont été sauvées et 18 corps sans vie ont été récupérés. Dix personnes seraient toujours portées disparues.

Les passagers étaient principalement originaires du Mali, de la Côte d'Ivoire, de la Guinée et du Soudan. Le canot pneumatique était déjà partiellement dégonflé lorsqu'il a été repéré par un avion italien de recherche et de sauvetage. Des radeaux de survie ont été largués aux personnes qui étaient tombées à l'eau.

Lors d'un troisième incident, dimanche soir 24 août, un bateau de pêche transportant environ 400 personnes a chaviré au nord des côtes libyennes lors de mauvaises conditions météorologiques. La marine italienne et des garde-côtes, dans une opération conjointe avec un navire marchand à proximité, ont porté secours à 364 personnes. Par ailleurs, 24 corps ont déjà été retrouvés et davantage encore parmi les passagers auraient trouvé la mort. Le nombre exact de disparus n'est pas encore confirmé. Les survivants et les corps des défunts seront débarqués en Sicile aujourd'hui.

Le principal pays de départ pour l'Europe est la Libye, où la dégradation de la sécurité a fait augmenter les opérations de traite d'êtres humains par des passeurs. Elle a également incité des réfugiés et des migrants, qui vivent en Libye, à décider de risquer la traversée plutôt que de rester en zone de conflit.

« Le bureau du HCR à Tripoli reçoit des appels quotidiens de réfugiés, de demandeurs d'asile et d'autres personnes vulnérables disant craindre pour leur vie et demandant désespérément de la nourriture, de l'eau, des médicaments et une réinstallation. Ceux qui ont choisi de partir pour l'Italie décident d'entreprendre des trajets plus longs et plus risqués depuis de nouveaux ports de départ comme par exemple Benghazi [dans l'est de la Libye] », a indiqué Melissa Fleming.

Beaucoup parmi les personnes risquant leur vie dans leur tentative de traversée pour trouver la sécurité en Europe sont des réfugiés fuyant la guerre, les conflits, la violence et la persécution. « Cette situation dramatique aux frontières maritimes de l'Europe requiert une action européenne urgente et concertée. Celle-ci doit inclure un renforcement des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée, en veillant à ce que les sauvetages s'effectuent dans la sécurité et à ce que les personnes secourues encourent le moins de risques possibles », a-t-elle indiqué.

« Le HCR se félicite de l'opération de sauvetage Mare Nostrum (notre mer) menée par la marine et les garde-côtes italiens qui a permis de sauver des milliers de vies humaines. Alors que davantage de réfugiés et de migrants, pour la plupart des Erythréens, des Syriens et des Somaliens, risquent leur vie en mer pour rejoindre l'Europe, une action urgente est nécessaire, y compris dans la recherche d'alternatives légales à ces traversées dangereuses », a souligné Melissa Fleming.

Selon le HCR, il est essentiel que les survivants de ces tragédies, qui ont souvent perdu famille et amis, puissent immédiatement accéder à un soutien psychologique, une fois qu'ils sont débarqués. Le HCR a également appelé à mettre en place des procédures pour permettre l'identification des corps retrouvés en mer ainsi que pour fournir des informations rapides et claires afin que les familles ne soient pas soumises à des souffrances supplémentaires inutiles.

Source :

http://www.unhcr.fr/53fdf642c.html


Migrants : l’UE lance l’opération « Frontex Plus » pour aider l’Italie

La Commission européenne a décidé de lancer une nouvelle opération en Méditerranée pour aider l'Italie à faire face à l'afflux de migrants. Elle appelle les Etats membres de l'UE à fournir les moyens nécessaires.

L'opération "Frontex Plus" doit permettre de relayer "Mare Nostrum", un déploiement naval à grande échelle mis en place par l'Italie après deux naufrages meurtriers en octobre 2013 et que Rome menace d'interrompre en octobre.

Cette décision a été annoncée par la commissaire européenne aux Affaires intérieures Cecilia Malmström, à l'issue d'une rencontre avec le ministre italien de l'Intérieur Angelino Alfano.

Rome a multiplié ces derniers jours les demandes de renfort européen, alors que 300 migrants ont encore trouvé la mort en Méditerranée le week-end dernier.

Implication des Etats membres

La Commission espère mettre en place fin novembre la nouvelle opération, qui sera une "fusion et extension" des dispositifs déployés par Frontex au large de l'Italie (Hermès et Aenea), a expliqué Mme Malmström. Frontex est l'agence européenne chargée de la coopération aux frontières extérieures de l'union.

Mais "le succès dépendra de la contribution des Etats membres", qui devront être plus nombreux à participer, avec plus de moyens et d'hommes, a prévenu la commissaire.

Les Etats "fourniront des équipements, des avions, des bateaux afin de garder aussi bien que possible les frontières européennes", a précisé Angelino Alfano.

100.000 migrants cette année

Une fois la nouvelle opération lancée, Rome "commencera progressivement à retirer" son dispositif. Les deux responsables ont reconnu que Frontex Plus ne devrait pas atteindre l'ampleur de Mare Nostrum.

Cette opération consiste en un dispositif de patrouilles, de recherche et de sauvetage en mer. Elle coûte à l'Italie neuf millions d'euros par mois (10,8 millions de francs).

Dans le cadre de cette opération, la marine italienne a recueilli plus de 100.000 migrants depuis le début de l'année. Des milliers d'autres attendent sur les côtes libyennes de passer en Europe.

Source : 

https://www.laliberte.ch/news-agence/detail/migrants-l-ue-lance-l-operation-frontex-plus-pour-aider-l-italie/254260#.U_7jGKOrOGY

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