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Café Deepest Place de Asamï Nishimura. L’œuvre du lundi 6 avril

Artiste du jour : Asamï Nishimura // Texte du jour : Jean (Jn 12, 1-11)

La courte vidéo « Café Deepest Place » est pleine de poésie et de bizarrerie. Un poisson bleu fait une chorégraphie dans un aquarium suspendu, sur fond d’une rencontre entre deux amies.

L’artiste fait de ses rêves les trames de ses œuvres dessinées, de ses performances et de cette vidéo.  En 2018, Saint-Merry a été séduit par le vernissage de l’exposition d’été qu’elle  avait réalisée : une performance avec une perruche nichée dans ses cheveux, interprétée dans une immense volière au milieu de la nef.

L’objet de l’artiste, née en 1984, n’est pas  de raconter une histoire, mais de traduire une atmosphère, un peu comme une Berthe Morisot, qui, dans le mouvement impressionniste de la fin du XIXe, cherche à fixer des instants.  « Café Deepest Place» est un milieu réel transformé par l’imaginaire et parle du bonheur de la rencontre entre deux amies. Les évènements de ce type peuvent prendre parfois des tours bizarres.

Asamï Nishimura. Les amies dans le café

Il en est ainsi dans l’Évangile du jour, celui de Jean (Jn 12, 1-11), où Jésus va visiter ses grands amis à Béthanie, dont il avait ressuscité Lazare.

Albert Bouts, Jésus chez Simon le pharisien (XIVe) Musées royaux des Beaux-arts de Belgique

L’épisode de le femme versant du parfum sur les pieds de Jésus est rapporté dans les quatre Évangiles, Jean est le seul à donner le nom de la femme, et il précise le lieu, Béthanie. Les peintres ont choisi de représenter la scène selon les autres textes, chez Simon, le pharisien.

Six jours avant la Pâque,
Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare,
qu’il avait réveillé d’entre les morts.
          On donna un repas en l’honneur de Jésus.
Marthe faisait le service,
Lazare était parmi les convives avec Jésus

Or, Marie avait pris une livre d’un parfum très pur
et de très grande valeur ;
elle répandit le parfum sur les pieds de Jésus,
qu’elle essuya avec ses cheveux ;
la maison fut remplie de l’odeur du parfum.
          Judas Iscariote, l’un de ses disciples,
celui qui allait le livrer,
dit alors : « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum
pour trois cents pièces d’argent,
que l’on aurait données à des pauvres ? »
          Il parla ainsi, non par souci des pauvres,
mais parce que c’était un voleur :
comme il tenait la bourse commune,
il prenait ce que l’on y mettait.
          Jésus lui dit :
« Laisse-la observer cet usage
en vue du jour de mon ensevelissement !
                   Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous,
mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. »

          Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là,
et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus,
mais aussi pour voir ce Lazare
qu’il avait réveillé d’entre les morts.
          Les grands prêtres décidèrent alors
de tuer aussi Lazare,
          parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui,
s’en allaient, et croyaient en Jésus.

L’atmosphère est aussi très joyeuse, quoique mobilisant beaucoup plus de personnes.

Il s’y passe des choses bizarres : Marie verse beaucoup de parfum sur Jésus, et en outre sur ses pieds. C’est une non-conformiste.

Jésus répond à Judas des choses qu’il ne comprend pas.

La foule des Juifs se presse à la porte pour voir cette table conviviale où se trouve Lazare qui bizarrement s’est relevé alors qu’il était considéré comme mort.

On connaît la suite. On peut aussi apprécier un commentaire de ce texte venu du Canada.

Asamï Nishimura. Le poisson bleu

« Café Deepest Place» a quelques résonnances avec la première partie de l’Évangile. Mais pour les cinéphiles, le titre  de l’œuvre fait immédiatement penser à Bagdad Café, le film culte des années 80 sur l’amitié, l’étrangeté des lieux, au milieu de nulle part, sur la capacité des individus à rebondir et bien sûr à sa bande-son lancinante. En effet, le film et la vidéo ont quelques points communs : un café, le type de lieu  où l’on se rencontre, deux femmes devenues amies, le bizarre, l’esprit de poésie du quotidien, de l’improbable.

Asamï Nishimura est nourrie de grands contes japonais et son œuvre est tributaire de sa capacité à traduire ses rêves dans la réalité. C’est une artiste très imaginative.

« En 2018, je voulais inviter le public au plus profond du lac Biwa. Prendre le temps de partager un café à deux, se reposer en regardant le jardin japonais, au milieu d’une chorégraphie de poisson traversant l’espace. Les ballons sont des bulles d’air qui sortent de ces personnes heureuses. La scène se déroule au plus profond, là où il y a peu de lumière, où tout est bleu, le poisson et les bulles. J’ai servi le café à ces amies, dans des tasses que j’ai fabriquées moi-même et qui sont les traces de mon passage, comme dans tous mes voyages. »

Cette femme aime partager, veut parler de certains moments importants dans sa vie et traduire la vaste gamme de ses émotions, ce qui est le fond des démarches artistiques désormais. Elle l’exprime en bols de céramique, en dessins, en performances, en vidéos. Le multidisciplinaire n’a pas de limite.

« Quand je voyage, je ne perçois que l’instant présent qui nous appartient. Il devrait en être ainsi tous les jours. Dans ces moments-là, j’ai senti les odeurs, la sensation de toucher, le son et le goût, les couleurs. Je vous invite au voyage de ces instants, mangeons des gâteaux avec le thé. Ce gâteau au chocolat représente la terre comme notre corps. Et le grand Vert, une plante symbole de la vie. Quand la vie rejoint le ciel, il reste la terre seule, et le partage avec le public. Puis, je les invite au moment du voyage, avec un bol de thé. » écrivait-elle lors d’une Performance en 2016.

Réalisée en 2018, « Café Deepest Place» traite cependant du confinement, non pas le sien, mais d’un autre : le poisson bleu. Il tourne en rond dans un aquarium parallélépipédique totalement transparent.

Le poisson tourne, la caméra tourne autour de lui, autour des humains. Qui regarde qui, du poisson ou du spectateur ? Il n’est pas seul, il y a d’autres aquariums dans la façade. Peut-on parler encore aujourd’hui de la beauté du « confinement piscicole » ? Qu’en sait-on ? Des associations de respect des animaux militent contre la pêche, d’autres commencent à s’en prendre aux poissons rouges. Ouf ! Celui-ci est bleu.


Les deux amies qui rient ne sont pas, elles, confinées dans le Café Deepest Place. La porte est largement ouverte sur un jardin lumineux. Situation que chacun retrouvera à la fin du confinement.

Une œuvre légère, de printemps, qui par sa poésie et son aspect bizarre, peut aussi éveiller aux textes bibliques.

Découvrir une analyse complémentaire de l’œuvre sur Voir et dire.

Les précédentes interventions de  Asamï Nishimura à Saint-Merry

En 2010, Asamï Nishimura, toute jeune lauréate avec félicitations de l’école des Beaux Arts, y réalisa la première exposition d’été, avec une immense toile dans la nef et une installation en carton dans une chapelle. Le 12 juillet 2018, elle inaugura l’exposition d’été liée à la Biwako Biennale, « Beyond », par une performance avec oiseau.

Jean Deuzèmes

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