Le 16 mars, le président Macron invitait à lire pour trouver, en cette situation de crise, des ressources de sens. Ce matin, 19 mars, les journaux arrivent encore dans la boite aux lettres. Tous mettent désormais en avant le dilemme des soignants devant l’afflux de malades. Le tri a commencé : « mort inévitable », « mort acceptable », « mort inacceptable »… Ne sommes-nous pas là dans une dérive de nos sociétés post-libérales ? Renvoyée à elle-même, la communauté médicale peut-elle s’en sortir ? Or un sursaut collectif est possible : accélérer la recherche, la production de médicaments, mettre en commun les ressources matérielles, intellectuelles, spirituelles. 

Parmi d’autres penseurs, la relecture de Camus s’impose, surtout pour son « art de vivre pour temps de catastrophe » (Discours de remise du prix Nobel à Stockholm, 1957). Nous y sommes : ne pas fuir. Combattre le fatalisme. Se mettre du côté de ceux qui subissent. Partager le malheur, mais aussi donner de l’espérance. Empêcher que le monde se défasse, c’est-à-dire agir contre l’instinct de mort à l’œuvre dans le monde. La peste, elle aussi, peut venir dans les esprits.

Camus voulait « refaire avec tous les hommes une arche d’alliance ». Certes, comme le dirait l’écrivain, la vérité des situations est toujours mystérieuse, fuyante. Mais elle est à établir ensemble. Vivre dans le monde, c’est accepter aussi de se révolter contre lui, en restant solidaire de tous les humains.

Si le scandale du mal lié au coronavirus interroge aussi les chrétiens, l’espoir d’un salut ne les détourne pas des combats à mener ici-bas. La lutte contre la mort, voilà ce qui nous réunit tous. À défaut, il faudra garder la mémoire de ces jours et des visages disparus. Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour l’instant, il faut rester présent.

Jean-François Petit

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