Cap au Sud

Avec Jean Verrier pour ce troisième volet de notre feuilleton

mardi 7 avril. Beau ciel bleu avec petits flocons de nuages blancs : nous filons plein sud sur la route des Saintes et bientôt, sur la gauche, c’est le parc ornithologique qui s’étend sur 60 hectares. Au printemps, en Camargue, les hérons cendrés font leurs nids. Celui-ci transporte une branche un peu trop grosse pour lui et, en constant déséquilibre, il semble ne jamais pouvoir la coincer sur le haut de l’arbre où il a choisi de loger sa famille, au milieu d’une dizaine d’autres. L’arbre tout entier bruisse de cris et de gloussements. Mais, en dessous, dans les étangs, les colonies de flamants roses font bien davantage de bruit. Des couples se forment et les mâles se disputent les femelles. Les becs se heurtent, il y a des grands froufrous blancs éclairés parfois de l’éclair rouge et noir d’une aile entrouverte. Mais nous n’assisterons à aucun envol car, nous dit-on, c’est aussi la période des mues et, révision annuelle de printemps oblige, il faut changer de plumes pour les grands voyages à venir. Tant pis pour les photographes à l’affût sur les rives du marais, armés d’appareils qui ressemblent à des canons.

 

 

mercredi 8 avril. J’aime bien la devanture en gris et jaune du bar SARTO, rue Gambetta, au  sortir de la Roquette. Je la verrais bien dans une BD de Bilal. Mais voilà que quelqu’un : le propriétaire ? Un client facétieux ? Un passant ? A transformé le T en K d’un coup de peinture blanche. Le bar devient le SARKO. Je trouve qu’il a perdu de son charme.

 

« J’aime bien la devanture en gris et jaune du bar SARTO. Mais voilà que quelqu’un a transformé le T en K. Le bar devient le SARKO. Je trouve qu’il a perdu de son charme ».
« J’aime bien la devanture en gris et jaune du bar SARTO. Mais voilà que quelqu’un a transformé le T en K. Le bar devient le SARKO. Je trouve qu’il a perdu de son charme ».

 

jeudi 9 avril. Nous sommes partis rendre visite à Claude et Jacqueline, des amis de très longue date, dans leur petit village de Montferrier sur Lez, à moins d’une heure d’Arles. Le trajet nous est familier même s’il est en transformation permanente avec le doublement de la Languedocienne au sud de Montpellier, qui est saturée matin et soir, et la construction d’un nouveau tronçon du TGV entre cette mégapole et Nîmes. L’après-midi nous poussons sur des petites routes bordées de platanes jusqu’au Pic Saint-Loup. « C’est un petit val qui mousse de rayons. » Le paysage, bien protégé, prend des allures exotiques. Avec le château médiéval de Montferrant perché sur son piton, c’est comme de grandes vagues immobilisées en une succession de pains de sucre. Sur le chemin du retour, l’église de Saint-Martin de Londres est ouverte. Elle date du XIème siècle. La lumière a quelque chose d’irréel.

 

Montferrier sur Lez
Montferrier sur Lez

 

Le Pic Saint-Loup
Le Pic Saint-Loup
« C’est un petit val qui mousse de rayons. »
« C’est un petit val qui mousse de rayons. »

 

Saint-Martin de Londres (XI siècle)
Saint-Martin de Londres (XI siècle)

 

vendredi 10 avril. Début du « Week-end Arles contemporain » (sorte de mot-valise où il faut entendre, bien sûr, « Art contemporain »). Une carte de la ville a été spécialement tirée qui situe les 21 lieux où se tiennent les manifestations (photographies, peintures, sculptures, installations). Nous sommes allés aujourd’hui au Magasin de jouets, rue Jouvène. Il a longtemps été, comme son nom l’indique, un magasin de jouets. Puis il est devenu une galerie, surtout de photographies (celles de Baudrillard l’été dernier), où l’on pouvait aussi acheter des objets et des vêtements originaux. Depuis quelques mois c’est une galerie et un bar. Elle est tenue par deux sympathiques jeunes gens qui font partager leurs projets et leur passion aux visiteurs. Ils présentent deux photographes étrangers : Jamie Maxtone-Graham et ses inquiétantes mises en scène, et Kim Kak qui a rassemblé des objets sauvés de la vague destructrice des Khmers rouges. Quant à la petite galerie Lhoste elle est occupée par les photos et les installations de Guillaume Chamarian : au rez-de-chaussée, des images de Bachar El-Assad en famille, mais dans la vieille cave étroite et sombre, les photos en boucle des victimes du Dictateur2.0. (titre de l’expo) et la reconstitution grandeur nature d’un de ces bidons qu’il lâche sur les populations civiles. La jeune femme qui tient la galerie est charmante avec son petit chapeau planté haut sur la tête.

 

samedi 11 avril. Pendant ce printemps 2015, en mars, avril et mai, l’Association du Méjean organise des rencontres sur le thème « Spiritualité laïque » à la chapelle Méjean où nous sommes allés déjà plusieurs fois, dans ce bloc de bâtiments où l’on trouve aussi la librairie Actes Sud, 3 cinémas, un restaurant et… un hammam. C’est à deux pas de chez nous. Edgar Morin a donné hier une conférence intitulée « La résistance poétique — apprendre à vivre » et demain dimanche, à 11 heures, Marie-Christine Barrault viendra dire Les Harmonies poétiques et religieuses de Lamartine. On lit dans la présentation de ce printemps : « Comment envisager une spiritualité aujourd’hui sans perdre ce qu’elle nomme ? À quoi aspirons-nous au fond en désignant cette dimension de l’humain, du monde ? »

 

Jean Verrier

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