Carole Texier. Foule (2019) Fusain

Carole Texier. Foule. L’œuvre du vendredi 10 avril

L’art au temps de Pâques et du confinement face aux textes du jour. Ils ont exposé à Saint-Merry entre 2010 et 2019 et y reviennent virtuellement, par amitié. Chacun évoque à sa manière le confinement, la mise de soi hors du monde réel, l’espérance. Chaque jour de la Semaine Sainte, Jean Deuzèmes vous propose de lire une œuvre. Vendredi 9 avril : un dessin unique de Carole Texier

Artiste du jour : Carole Texier // Texte du jour : Jean (19, 17-20)

Andrea Mantegna, Crucifixion, 1457

Évangile de Jean

Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha.

C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu.

Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. »

Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec.

Il y avait certainement du monde ce jour-là, car beaucoup avait cru que cet homme rétablirait la royauté en Israël. Les disciples, effondrés, pensaient que tout était fini. Nombreux étaient les spectateurs fascinés par l’observation morbide. Juste à côté de Saint-Merry, sur l’actuel espace de l’Hôtel de Ville, la place de grève à Paris, petit espace d’exécution de 1310 à 1832, attirait de même du monde. Aujourd’hui, cette place est devenue un lieu de rassemblements autres et de divertissements, on y met des écrans géants pour les grands matchs sportifs, pour des foules très nombreuses.

Avec « Foule», l’exposition de Pâques 2019 à Saint-Merry, Carole Texier avait choisi de développer la partie de son travail qui est en rapport avec la culture sociale et la dévotion populaire des processions de la Semaine Sainte à Séville. Ses œuvres réalisées pour le lieu parisien n’étaient pas de simples agrandissements de dessins antérieurs, mais leur réinterprétation artistique : libération du trait, simplification accentuée des figures de crucifié, de souffrant outragé et rendu des foules, celles qui processionnent et celles qui regardent. Elle avait choisi, avec le Collège des Arts visuels et Voir et Dire, quatre espaces adaptés à ses œuvres. Il y avait notamment huit grands dessins de foules, quasi abstraits, mais ancrés dans une tradition picturale renaissante, une composition scénographique saisissante axée sur une belle sculpture de Saint-Merry, une pietà du XVIIe. Le regard traversait l’église dans toute sa largeur. Les foules étaient ici figurées explicitement, alors qu’elles étaient absentes des autres dessins représentant un homme seul, dans la souffrance.

Cette année dans « Foule », un grand espace central blanc vide, qu’il ne faut pas remplir trop rapidement mais qui suggère une exécution.

Puisque le virtuel le permet, on pourrait y mettre les différentes représentations de crucifixion qu’ont montrées, en dix ans, dix artistes invités à Saint-Merry. Ces œuvres traduisent de multiples approches et engagements des artistes, très loin des codes des siècles passés.

Jean Deuzèmes

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