« Ce jour-là »

Ce jour-là, Willy Ronis prend la célèbre photographie du petit garçon qui court en tenant une baguette de pain dans sa main.
Le photographe s’émerveille. Il vient de regarder le monde avec les yeux de l’enfant au pain. Il lui a juste fallu ouvrir les yeux sur cet instant pour le saisir. Ce jour d’été 1952, en effet, Willy Ronis avait vu le garçonnet dans la rue. Il avait demandé à sa grand-mère la permission de le photographier, pressentant le surplus de lumière qui allait projeter l’ombre de l’enfant au sol et révéler la vie.
L’enfant passe alors, vif et preste comme un oiseau. Et en passant, c’est la vie qui passe. C’est pourquoi nous nous souvenons de cette photographie. Il suffit juste de fermer les yeux pour la voir surgir.
« Ce jour-là », se souvient encore Willy Ronis décrivant un autre de ses clichés, « c’était un mois d’avril (…). Dans les arbres, c’était déjà la fin des bourgeons, on voyait la naissance des petites feuilles, cela formait un immense poudroiement de confettis. J’avais les yeux pleins de larmes. Quand vous découvrez brutalement ce signe que vous adresse le printemps, ce moment si juvénile… »
Ce jour de printemps, le photographe qui avait vu passer le petit garçon [tout comme le poète Gérard de Nerval avait vu passer la jeune fille « vive et preste comme un oiseau »] a photographié « une fleur qui brille » et un autre « refrain nouveau ». Ce jour-là, Willy Ronis a vu un signe du vivant.
Et vous, ce jour-là, qu’est-ce qui vous a fait signe ?

Sylvie Manuel-Barnay

 

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