Ce que révèle le Baphomet de Saint-Merry

Les professionnels de la restauration des monuments sont à 80/90 % des femmes. La raison en est que pour accéder à ces postes il faut double diplôme.

Le Baphomet est ce petit diablotin accroché à la clef de voûte du porche. Il date de 1841. Il appartient à l’iconographie occultiste du 19° siècle, inspirée d’anciennes figures trouvées chez les templiers. Cette statue est restaurée avec l’ensemble du porche.

Le Baphomet de Saint-Merry composé de trois calcaires différents.
Le Baphomet de Saint-Merry composé de trois calcaires différents, rouge, jaune et blanc.

Les ouvriers qui restaurent le porche de l’église Saint-Merry sont des ouvrières (ou plutôt des ingénieures !). De même les verriers qui ont restauré les vitraux l’an dernier étaient des « verrières ». Les professionnels de la restauration des monuments sont à 80/90 % des femmes. La raison en est que pour accéder à ces postes il faut double diplôme. D’un côté la formation scientifique : par exemple dans la restauration des sculptures, pour avoir la connaissance des matériaux, c’est à dire les différentes pierres utilisées au fil des siècles, c’est la chimie qui est nécessaire. De l’autre côté, pour connaître les objets sur lesquels on travaille, il faut aussi une formation en l’histoire de l’art. Dans cette double qualification, à la fois technique et artistique, les filles sont ultra majoritaires, et donc aussi dans les emplois qui s’en déduisent. Si on voulait la parité dans ces professions il faudrait réserver des places aux garçons comme on réserve des places aux femmes sur les listes électorales. Cette proportion hommes femmes est plus déséquilibrée que dans les écoles de sages-femmes, où l’on s’attendrait pourtant à une quasi exclusivité de femmes, alors qu’on trouve quand même un ou deux étudiants pour vingt étudiantes, c’est déjà plus ! Mais il y a sans doute encore trop de femmes puisque cette profession médicale est en crise de reconnaissance (alors que les médecins et les dentiste, les deux autres professions médicales, sont écoutés).

C’est pareil dans l’Église. C’est une majorité de femmes qui fait « tourner » la communauté, la proportion n’atteint pas celle des écoles de sages-femmes, mais presque. Pourtant l’Équipe Pastorale du Centre Pastoral les Halles-Beaubourg ne comporte qu’une seule femme pour six hommes. Il n’y a pas de parité dans cette équipe parce qu’on retrouve dans la communauté la complexité des rôles et des statuts attribués aux hommes et aux femmes qui existent dans la société, la discrimination dans les formations, dans les responsabilités, et un tas d’autres raisons que l’on veut nous interdire chercher tant cela fait peur. Parler de tout cela lasse, alors de là à agir…

On a l’impression que pour diriger on demande toujours aux femmes d’avoir double diplôme, comme pour restaurer le Baphomet de Saint-Merry. C’est d’ailleurs amusant : le Baphomet c’est un barbu qui a une poitrine de femme, ou l’inverse, une femme qui a de la barbe (et des cornes de bouc, et aussi des ailes). En l’occurrence, un mélange des genres.

Jacques Mérienne fév 2014

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1 Commentaire

  • Bravo et merci pour votre article; d’abord pour l’éloge de la restauration et ensuite pour votre réflexion sur le travail des ouvrières, puis le commentaire qui glisse naturellement sur l’égalité femmes/hommes. Article pertinent, intelligent, assaisonné d’humour, ce qui ne gâche rien bien au contraire !

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