« Ceci est mon corps »

En 1975, le critique littéraire Roland Barthes écrit ce texte fort que je trouve par hasard  :
« J’aime : la salade, la cannelle, le fromage, les piments, la pâte d’amandes, l’odeur du foin coupé, les roses, les pivoines, la lavande, le champagne, les positions légères en politique, Glenn Gould, la bière excessivement glacée, les oreillers plats, le pain grillé, les cigares de Havane, Haendel, les promenades mesurées, les poires, pêches blanches ou de vigne, les cerises, les couleurs, les montres, les stylos, les plumes à écrire (…).
Je n’aime pas : les loulous blancs, les femmes en pantalon, les géraniums, les fraises, le clavecin, Miró, les tautologies, les dessins animés, Arthur Rubinstein, les villas, les après-midi, Satie, Bartók, le politico-sexuel, les scènes, les initiatives, la fidélité, la spontanéité, les soirées avec des gens que je ne connais pas, etc.
J’aime, je n’aime pas : cela n’a aucune importance pour personne ; cela, apparemment, n’a pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire : mon corps n’est pas le même que le vôtre. (…). Ici commence l’intimidation du corps qui oblige l’autre à me supporter libéralement. »
Ce « vertige de la liste » n’est-il pas une invitation à nous supporter les uns les autres libéralement ?

Sylvie Manuel-Barnay

 

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