Centre pastoral Halles-Beaubourg. Cap 2025

« Dès sa création en 1975, le Centre Pastoral Halles-Beaubourg (CPHB) à Saint-Merry s’est appuyé sur quatre piliers pour développer et vivre l’Évangile dans la ville : l’accueil, la solidarité, l’art et la liturgie. Son premier défi, la créativité. Mais, dans le même temps, les changements dans le monde ont été vertigineux et se sont succédés à un rythme de plus en plus accéléré dans tous les domaines ». Comment, dans ce contexte nouveau, être témoins de l’évangile ? Voici la version brève du Texte d’orientation qui nourrira le débat lors de la prochaine Assemblée Générale du Cphb, le 8 novembre

Texte d’Orientation Pastorale (version brève)

Dès sa création en 1975, le Centre Pastoral Halles-Beaubourg (CPHB) à Saint-Merry s’est appuyé sur quatre piliers pour développer et vivre l’Evangile dans la ville : l’accueil, la solidarité, l’art et la liturgie. Son premier défi, la créativité. Elle s’est pensée comme un laboratoire de l’Église de demain en s’autorisant à inventer un nouvel espace de foi où vivre l’ouverture du Concile Vatican II.

Mais, dans le même temps,  les changements dans le monde ont été vertigineux et se sont succédés à un rythme de plus en plus accéléré dans tous les domaines ; ils remettent profondément en cause la gouvernance du monde et la pensée sur l’être humain et sur l’avenir de l’humanité dans une ère appelée parfois postmoderne.

A. L’Évangile dans la ville

Dans les villes plus qu’ailleurs, nous faisons l’expérience de ce que le sociologue Zygmunt Bauman appelle « la modernité liquide ». Liquide, car au roc des vieilles certitudes et des vieilles idéologies, nous voyons se substituer un univers mouvant, changeant, fluide, fait de « certitudes provisoires », « religions à la carte », « croyances bricolées et interchangeables », « fidélités et engagements à court terme ».

La foi n’est plus – depuis longtemps – qu’une option parmi d’autres dans l’étal des biens symboliques. Et le christianisme – avec son corpus de croyances, de symboles et de rites – devient incompréhensible ou étrange pour la plupart de nos contemporains.

Le pari du dialogue

C’est dans cette ville en changement perpétuel, à la fois Babel et Jérusalem, où les rapports sociaux se délitent et les inégalités deviennent de plus en plus criantes, que nous sommes appelés à être le signe de l’amour de Dieu et de l’espérance qui nous habite.

C’est dans ce carrefour d’échanges multiples et de créations que s’inscrit le témoignage de notre communauté : celui d’une Église de la proximité et de la rencontre, une Église fraternelle, créative et inventive, une Église du partage, toujours en mouvement vers ces périphéries existentielles (dixit le pape François). Une Église où la recherche artistique, la beauté et la créativité ouvrent de nouveaux chemins vers l’homme et vers Dieu.

Face à la tentation de la crispation identitaire, nous faisons ainsi le pari du dialogue. Face au raidissement dogmatique, le choix de la miséricorde. Face à la « splendeur de la vérité », celui d’une foi humble et pauvre.

happy hours 3B. Une nouvelle pratique de la foi dans le monde actuel

Pour tenir compte des bouleversements actuels et des nouvelles valeurs qui émergent ou qui se redécouvrent dans un monde « désenchanté », la priorité d’accueil de la nouveauté à Saint-Merry doit s’actualiser dans ses piliers fondateurs (accueil, solidarité, art et liturgie) en se déclinant dans des fonctions, des attitudes ou même des droits nouveaux : l’hospitalité du pauvre et du plus faible, le droit à la différence, le respect de la pluralité des valeurs, l’expression de la subjectivité du sujet, la découverte d’un monde pluriel, et..

Aussi, dans une société ayant de plus en plus peur du lendemain, face aux replis identitaires ou au syncrétisme religieux qui se développe, une pastorale de l’engendrement du sujet humain est à définir et à mettre en œuvre au cœur même de la société. L’accueil oui, toujours, le plus inconditionnel au nom de l’Évangile, qui passe par l’écoute de l’autre, et, donc, par l’acceptation de sa différence. Elle vaut aussi comme un engagement politique au sens large. C’est un acte prophétique. Elle a le pouvoir « d’enchanter » ou de « réenchanter » la vie autrement.

Comme communauté chrétienne, l’identité de Saint-Merry passe ainsi par sa solidarité avec des personnes toujours en devenir et une humanité en construction, dans une actualité qui ne l’a jamais autant sollicitée. Il s’agit désormais de penser et de vivre autrement face aux défis majeurs de notre temps.

Une nouvelle manière de « faire Église »

La communauté de Saint-Merry trouve son expression la plus centrale lors de la célébration de l’Eucharistie chaque dimanche. Elle s’y retrouve pleinement et, dans un moment toujours vécu comme extrêmement fort et riche.

Mais, par ailleurs, pour faire « Église », le désir d’aller plus loin dans la réalisation visible et effective de la notion de Peuple de Dieu mis en avant par le concile Vatican II s’exprime de bien d’autres façons à Saint-Merry : les modes de communications entre ses membres et vers la ville et la société c’est-à-dire vers les autres citoyens du monde, les modes de fonctionnement et l’organisation de la communauté à travers la subsidiarité et la coresponsabilité voulues par le Concile Vatican II.

Mais le désir de vivre l’Église comme Peuple de Dieu interroge aussi la manière d’exercer le ministère du prêtre à Saint-Merry et celui des laïcs au sein de la communauté. Il oblige à repenser la démarche d’accompagnement 1) des parents qui demandent le baptême pour leur enfant, 2) des adultes dans le cadre du catéchuménat, ainsi que, 3) la démarche d’accompagnement des couples pour le sacrement du mariage. Tous ces chantiers, ouverts depuis longtemps, sont à revisiter pour approfondir et mieux vivre leurs objectifs propres.

Le ministère des laïcs

Saint-Merry veut mettre l’accent sur l’idée fondamentale du sacerdoce du peuple de Dieu qui participe de celui du Christ, seul et unique prêtre. Le sacerdoce ministériel se rend visible et actif par le prêtre qui préside les célébrations, donne les sacrements et participe à la marche de la communauté.

Mais, dans une communauté comme la nôtre, le sacerdoce commun des fidèles peut et doit mieux s’exprimer par les gestes et les signes qui disent ce que les Pères grecs appellent la « divine philanthropie », l’amour infini de Dieu pour les hommes : l’offrande, la bénédiction, le partage de la Parole et le service.

Le temps est venu d’expérimenter des formes nouvelles pour l’exercice du sacerdoce commun des fidèles et, dans ce sens, de définir de nouvelles missions selon les talents des uns et des autres.

Il ne s’agit pas de cléricaliser les laïcs, mais, au contraire, en définissant de nouveaux ministères au sein de la communauté, de permettre aux laïcs d’y exercer pleinement leurs dons et leurs compétences, de mieux signifier en quoi le laïc, par son baptême, participe à la vie que le Christ a offert à tous. Dans l’Écriture, on trouve de nombreuses images représentant cette réalité mystérieuse.

Le ministère du prêtre

La position qu’occupe le prêtre dans la communauté chrétienne a toujours évolué depuis les premiers siècles jusqu’à aujourd’hui. Elle prend en compte plusieurs dimensions dans l’Église en tant qu’institution qui correspondent à plusieurs demandes dans la société en fonction de l’évolution des mentalités et de l’émancipation des esprits.

Or il existe aussi un mouvement plus large qui, depuis Vatican II, dessine comme lieu de foi non pas l’Eglise en tant qu’institution (« Hors de l’Eglise, point de salut »), mais l’Église présente dans le monde, car l’Esprit ne connaît pas de frontières. Il s’agit alors de chercher dans les différentes cultures et dans différentes expressions religieuses le semina Verbi, la « semence de la Parole », selon l’expression de Justin, l’un des premiers pères de l’Église.

Cette orientation d’ensemble passe par le respect, l’écoute et la mise en débat de la pluralité de points de vue et d’engagements qui peuvent être parfois contradictoires au sein même de la communauté chrétienne.

Aussi, un déplacement supplémentaire du ministère presbytéral est nécessaire afin qu’il soit signe-sacrement de la Parole qui envoie et qui rassemble, qui sépare et qui unit, dans une aventure spirituelle qui affronte la rupture d’avec le passé (une mort) pour renaître, mais autrement.

Le CPHB a déjà eu, depuis 1975, par la mise en place effective d’une coresponsabilité différenciée au niveau de l’équipe pastorale avec des laïcs élus par la communauté, un rôle pionnier.

Dans ce mouvement actuel cherchant à ouvrir largement la prise de parole à tous les baptisés, la liberté d’interprétation à partir de vécus différents et celle de l’interrogation du sens par la reconnaissance en Eglise des « signes des temps », le ministère presbytéral demande aujourd’hui d’être précisé au sein même de la Tradition. Il doit tenir compte de la culture du débat démocratique et aussi de la pluralité légitime des approches chrétiennes qui s’imposent, au risque, certes de l’émiettement ou, même, de l’éclatement, mais qui est aussi une chance. Selon une définition de Thomas d’Aquin du sacerdoce, c’est une fonction « contre la dispersion de la multitude ». Dans ce sens, il doit se signifier comme ce qui garantit la liberté de la parole, la puissance de l’Esprit, et l’altérité en Dieu, l’Autre de l’autre. Il est, de par son ministère, l’artisan premier de la communion.

La proposition de la foi

De même, l’expérience du CPHB l’amène à s’interroger sur la source, l’expression et la transmission de la foi. En particulier, lors des premiers Happy Hours lancés par les jeunes de Saint-Merry, mais aussi avec les moins jeunes lors des préparations au mariage ou à celles des couples pour le baptême des enfants, il est clair que l’institutionnalisation du croire ne « passe » plus comme avant. De nouvelles médiations et un nouveau langage sont nécessaires. D’une part, le catéchisme qu’ils ont reçu alors qu’ils étaient enfants ne leur permet plus de réfléchir en tant qu’adultes sur l’expérience de la foi. D’autre part, leur réflexion de foi passe d’abord par leur propre vie comme lieu d’expériences et d’enseignements, lieu de vérification d’un « savoir » sur la vie qui leur est propre. Si conversion il y a, c’est une conversion (un retour à l’essentiel, à ce qui est premier) à ce qui peut se vérifier dans leur propre existence. Un certain discours chrétien n’est plus audible s’il est détaché d’un vécu concret. À l’inverse, si la pratique de la foi est expérimentée, la conversion devient crédible et la foi un chemin de vérité dans le monde d’aujourd’hui.

Cette constatation de la nécessité de partir d’une pratique (d’un « faire ») et d’une expérience de la vie pour reconnaître une parole qui libère et qui rend vivant, promesse d’une naissance, dans l’histoire singulière d’une personne, amène aujourd’hui Saint-Merry à vouloir repenser les démarches du catéchuménat, la notion même de « transmission » et, d’une façon plus générale, la « proposition de la foi » à l’enfant et à l’adulte.

Dimanche 8 novembre : Assemblée Générale du Centre Pastoral Halles Beaubourg

Buffet campagnard après la célébration
Assemblée de 14H30 à 17H
Débat en petits groupes de huit personnes sur le Texte d’'Orientation Pastorale
et débat en plénière

2 Commentaires

  • Je viens de lire Cap 2025.
    Certes intéressant mais ô combien intello voire « bobo ».
    On pourrait dire la même chose avec un langage simple et compréhensible par tous.
    il importe en effet d’aller à la rencontre de tous.
    Quand à la ci responsabilité pus la vivons dans notre diocèse depuis longtemps avec les Équipes de Conduite Pastorale.
    Un hôte parfois de passage a Saint Merri.

  • Bravo et merci à ceux qui ont su réduire les 10 pages à 4.

    Et le changement de titre me rassure.

    À dimanche prochain!

    Fraternellement
    Jean et Marie

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