C’est ici en bas que tout se passe

« Babel est l’histoire hors du commun d’un projet fabuleux qui n’a jamais vu le jour, en même temps il a été un magnifique cadeau offert à l’humanité entière. Il est raconté brièvement dans la Bible en neuf versets » . La chronique de Jacqueline Casaubon

Babel est l’histoire hors du commun d’un projet fabuleux qui n’a jamais vu le jour, en même temps il a été un magnifique cadeau offert à l’humanité entière. Il est raconté brièvement dans la Bible  en neuf versets.

Le récit vient après celui du déluge, les hommes qui y avaient échappé ne s’en étaient jamais  remis, ils avaient peur que cela recommence. Leur vie de nomades n’était plus qu’une errance d’un désert à l’autre.  Peu à peu ils se sont désintéressés de la terre, ils ont rêvé d’un édifice qui relierait la  terre au ciel. Ils avaient  pour objectif  de rencontrer Dieu qui devait habiter dans le ciel. Serait-il leur égal ? C’était un groupe d’hommes qui désirait avoir un nom, chacun ayant perdu sa singularité. Leur langage avait fini par s’appauvrir en ne parlant qu’une seule langue. Ils avaient un slogan, un seul : « Allons, bâtissons une tour jusqu’au ciel  vers l’habitation de Dieu, yallah, yallah, yallah ». Alors ces hommes se sont dirigés vers l’Orient, dans la vallée de Chinéar  entre le Tigre et l’Euphrate, en Irak, pour construire un édifice grandiose. La pierre, sans doute inexistante en ce lieu,  a été remplacée  par de l’argile, les hommes ont creusé la terre, «briqueté» des briques qu’ils ont cuites dans des fours fabriqués de leurs mains, une invention de l’homme. Ils en étaient fiers ! Il y avait de quoi. Et les voilà à l’œuvre, la tour s’élève peu à peu, les briques, l’eau, le mortier, encore une trouvaille, passent de mains en mains d’hommes-automates et toujours le refrain : »Yallah, yallah, yallah ».

Expo Babel - LilleLa tour avait pris une belle allure. Du sol, les ouvriers ne voyaient plus le sommet.  Tout là-haut, l’espace se rapetissait et devenait de plus en plus gênant, même dangereux pour effectuer les travaux.

Cependant ils ne trouvaient pas l’habitation de Dieu, l’infini se répétait à l’infini. Dieu a entendu, il a vu.  Il a laissé les hommes entreprendre ce projet. Combien de temps ?  Nous n’en savons rien.

Lorsque soudain, tout s’est arrêté. Le soleil devenait-il trop brûlant ? Une poussière d’étoile les aurait-elle perturbés ? Non pas, mais une confusion. Tout à coup les maçons ne se sont plus compris, au lieu de passer du mortier, on présentait une truelle. L’eau n’était plus hissée vers le sommet car chacun la réclamait en la marmonnant à sa façon :  » L’eau, el mâa, maim, wasser, acqua, water, agua, voda, nero, nuoc… »  C’était la sidération la plus totale. Une catastrophe, le mortier s’est décollé, les briques se sont effritées. Il a fallu abandonner. Au sol, c’était la cacophonie,  des disputes, des affrontements. On se regardait peut-être pour la première fois. On se dévisageait. On interrogeait l’autre. On essayait tant bien que mal de  comprendre des balbutiements inconnus jusqu’alors.

Tous ces hommes se sont découverts dans la même situation, dans la même pauvreté, le manque, la faiblesse. Ils étaient déçus : Pas de Dieu dans le ciel, un échec pour l’entreprise, un licenciement général sans explication, aucune.                                                                                                                                       Puis cela a été la dispersion sur toute la surface de la terre, les hommes ont quitté

la vallée de Shinéar pour aller vivre dans le Grand Nord, les déserts, les îles, les steppes et les montagnes. Des humains, par toute la terre. Ils seront chargés de l’aimer, de la faire fructifier, de la protéger. Si bien que tout est lié entre les créatures que nous sommes et la terre qui nous est confiée. Dernièrement le Pape François nous l’a rappelé. Tout est lié.

« Pourquoi regarder là-haut vers le ciel ?», C’est ici, et maintenant  que tout se passe. Allait-on en avoir fini de ces constructions  fabriquées pour effacer nos peurs, nous imposer, séparer pour mieux régner ? Hélas non, les hommes ont construit,           il n’y a pas si longtemps que cela  des murs à l’intérieur des villes. Des murs entre les continents, ils leur ont même donné des noms : Rideau de fer,  Rideau de bambou. Des murs sur des frontières qui se veulent infranchissables. Ce ne sont pas les murs qui sont aveugles, mais les hommes qui ferment les yeux pour ne pas voir. Enfin, ils ont déroulé des kilomètres de fils de fer barbelés, plus rapidement à installer et moins coûteux. Jusques à quand les murs vont-ils  se dresser, les portes resteront-elles cadenassées, les fils de fer barbelés déroulés ?  Notre  terre va-t-elle se recouvrir d’une multitude de cages en fils de fer  et de murs inhumains ? Tandis qu’au dehors, des foules innombrables de migrants, nos frères, appelleront au secours. N’y aurait-il vraiment  pas d’autres solutions ?

Nous aussi, avons nos murs. Quelques soient leurs épaisseurs, minces ou épais, ils nous enferment, ils nous aveuglent. Toute notre vie, il va falloir chercher et créer le seuil par où passer, pour aller au dehors à la rencontre des autres.

Découvrir alors, comment l’Esprit visite toutes ses créatures, croyantes et incroyantes. Les entendre et recevoir d’elles ce qui nous fera grandir et aimer.

Ainsi, laisserons-nous s’avancer l’aurore sur notre terre.

                                                                                                     Jacqueline Casaubon

                                                                                                         septembre 2015

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