Christ d'après dessin de Philippe Joudiou

C’est ta face, Seigneur, que je cherche

Dimanche 17 mars 2019

PREMIÈRE LECTURE  (Gn 15, 5-12.17-18)
Le Seigneur conclut une alliance
avec Abraham, le croyant
PSAUME  (Ps 26 (27), 1, 7-8, 9abcd, 13-14)
Le Seigneur est ma lumière et mon salut.
DEUXIÈME LECTURE  (Ph 3, 17 – 4, 1)
« Le Christ transformera nos pauvres corps
à l’image de son corps glorieux »
ÉVANGILE  (Lc 9, 28b-36)
« Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage
devint autre »

Accueil

Bonjour à vous tous, vous dont les visages sont connus ou ne le sont pas encore. Allons-nous nous dévisager aujourd’hui ou nous envisager ? C’est un peu le thème de notre célébration ainsi que l’indique la phrase du lutrin :    » C’est ta face Seigneur que je cherche »
Et puisque aujourd’hui c’est le groupe chômage qui porte particulièrement la célébration, cela nous va bien.
Vous verrez tout à l’heure l’exposition  » A contre-emploi : un autre regard sur le chômage ».
Car non, le chômage ne se réduit pas à des chiffres, des pourcentages. Derrière il y a des visages, des souffrances, des personnes et nous en accompagnons un certain nombre ici, à St Merri et dans notre association SNC (Solidarités Nouvelles face au Chômage). Sur ces visages c’est ta face Seigneur que nous cherchons, que nous voyons. Notre prière saura-t-elle nous transformer, laisser à travers nous passer un peu de ta lumière ?
Tout seul on n’y arrive pas toujours. Nous avons besoin les uns des autres, nous avons besoin de toi et de  l’abondance de tes dons.

Christine Barbey

Commentaire

« Son visage apparut tout autre » nous dit l’Evangéliste.
La première chose que nous avons peut-être à abandonner, c’est l’image de Dieu que nous avons, c’est en tout cas la remettre en cause car se représenter l’image de Dieu, n’est-ce pas nécessairement la déformer ?C’est ta face, Seigneur que je cherche. Et c’est dans la prière que nous cherchons inlassablement le visage de Jésus, tout en sachant que cette recherche s’inscrit dans un itinéraire d’amour qui n’aura pas de fin. Et dans la prière, il ne s’agit pas tant de demander que de recevoir. Recevoir ce que nous ne savons pas voir.
Dans le récit évangélique, Pierre, Jean et Jacques sont pétrifiés de la vision dont ils sont les témoins et veulent prolonger cette plénitude en proposant de dresser trois tentes. Mais ils se trouvent en quelque sorte brutalement rappelés à l’ordre ! « Une voix se fit entendre : celui-ci est mon fils, écoutez-le ».
L’allégorie de cette Transfiguration vient préfigurer la nouvelle Alliance qui renouvelle et dépasse la première Alliance évoquée dans la Genèse qui s’adressait à Abraham et à sa descendance et qui est à nouveau représentée par Moïse. Cette nouvelle Alliance qui va se réaliser dans la passion du Christ et dans sa Résurrection et qui s’étend désormais à l’Humanité toute entière, à tous les vivants, à travers tous les âges.
Mais à travers l’Histoire, et encore aujourd’hui, qu’ont fait trop souvent les hommes, sinon réduire, déformer, trahir cette Alliance en faisant prévaloir la codification, le pouvoir, l’institution, l’exclusion, l’excommunication et donc finalement défigurer le visage de Dieu.
Dans cette Alliance renouvelée, Dieu ne réclame rien pour lui ; il institue un ordre de relations tel que chacun renonce à dominer les autres et accepte de prendre la défense des opprimés. Il offre en échange son Royaume en toute gratuité et non à titre de récompense. Entrer dans cette nouvelle Alliance, c’est faire revivre le visage de Dieu dans celui des opprimés. Les opprimés qui nous font trop souvent détourner le regard. Je songe au cri de détresse d’un SDF. Je cite :
« On se tue, c’est vrai. On se tue, on fait de l’autodestruction vis-à-vis d’une certaine société qui nous regarde de travers…qui ne nous regarde pas en face, qui nous regarde de travers, mais qui nous regarde quand même, mais de travers. C’est dur de rester soi-même ».
Et loin d’entendre ces détresses, nos sociétés adoptent des stratégies d’indifférence et de détournement.
Vers l’opprimé, notre regard ne pourrait-il porter, même fugitivement, un reflet du visage de Jésus le Christ ?Pendant ce temps de carême, laissons l’Esprit nous pousser au désert, pour retrouver le désir de guetter l’arc-en-ciel au milieu des nuages et de compter les étoiles, pour trouver ou retrouver des chemins d’amour.

Jean-Marc Lavallart

Prière eucharistique

Seigneur, Nous voici, heureux de te chanter et de louer, toi de qui nous tenons la grâce de la vie. C’est ta face, Seigneur, que je cherche. En Jésus, tu nous donnes de la découvrir. Aujourd’hui, le voilà sur la montagne, avec Pierre, Jean et Jacques, transfiguré et discutant de sa Passion avec Moïse et Élie. Comme Pierre et les autres, nous sommes pris d’émerveillement, devant cette belle expérience mystique.  Mais vite tu nous remets à l’évidence : Celui-ci est mon fils (…) : écoutez-le ! Tu nous invites, Père,  à redescendre dans l’épaisseur du réel, avec une qualité d’écoute toujours renouvelée. Nous sommes citoyens du ciel. Urgence donc pour la vie du monde. Urgence à accompagner les « demandeurs d’emploi ».

Aujourd’hui encore, Père,  tu nous associes à ta gloire, et nous prions : sanctifie ces offrandes, répands sur elles ton Esprit, afin qu’elles deviennent le corps et le sang de Jésus, notre Seigneur.
Un jour qu’il était à table avec les apôtres, et qu’approchait sa passion, il prit le pain, et te rendant grâces, il le rompit et le donna à ses amis : « Prenez, et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous ». Il en fit de même après le repas : une coupe de vin entre ses mains, une prière d’actions de grâces, et une parole de vie : « Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela, en mémoire de moi ».
Ce jour, Père, nous rappelons la mort et la résurrection de ton Fils, à travers cette offrande du pain de la vie et de la coupe du salut.  Abraham, notre père dans la foi -et nous avec lui- crût en toi. Tu lui fis une belle histoire d’amour. Et nous croyons aussi en Jésus, ton fils et en l’Esprit-Saint. Pierre, Jacques et Jean vivent une histoire sublime. Et vive la profusion de tes dons où surgit quelque chose de neuf  : l’appel à changer le monde, l’appel à changer notre regard sur le chômage.  Dans cette foi d’Abraham et cette expérience mystique des apôtres, nous prenons conscience que, Père, tu n’as pas  toujours les visages que le monde te colle.
Que vive, et croisse, Père, l’Église. L’Église, c’est nous, tous ces hommes et toutes ces femmes qui te cherchent et cherchent un sens à leur vie. Certains sont adonnés au bien de l’ensemble. Nous invoquons, pour eux, Père, ta bénédiction. Nous pensons ici au Pape François, à notre archevêque, Michel, à tout le corps épiscopal et sacerdotal et à tous les hommes qui, de partout dans le monde, propagent l’Évangile.
Conforte-nous, Père, à l’attachement à nos valeurs, à notre mission : vivre l’Évangile dans la ville. Et ils sont si nombreux, comme les étoiles, avec notre père Abraham, ces hommes, ces femmes et ces enfants, en quête de sens et de liberté, qui viennent vers nous et vers qui nous allons. Peu importe leurs convictions, leurs orientations politiques, sociales, sexuelles. Ils sont tous fruit de ton amour.
Peu importe qu’il soit retraité ou actif. Peu importe, Père, qu’il soit chercheur d’emploi, de longue ou courte durée.  Dans le difficile monde du travail d’aujourd’hui, tu nous invites, Père, à changer notre regard sur lui. Nous nous engageons à l’accompagner, réalisant de la sorte notre vocation personnelle et communautaire.

Oui, Père, au milieu du chaos de notre monde,  avec une nette prépondérance pour les choses de la terre, avec le roi ventre, dirait St Paul, face à la montée des violences, des peurs et des périls, la Transfiguration du Christ nous interroge sur l’action de la prière dans nos vies : la prière, nous change-t-elle ? Père, traverses-tu encore nos vies ? A St Merry, nous disons oui, et nous proposons une parole, un geste, une attitude.

Père, des membres de notre communauté nous ont quittés. Avec eux, nous avons chanté la musique de nos vies. Ils ont été des rives pour nous. Ils nous ont aidés à sucrer nos vies. Ils sont aujourd’hui libérés de toute servitude. Nous pensons, entre autres, à :

– Henri et Edith Vilain   – Mamie Neal – Etienne Legouy – Jean-Baptiste – Jacques Mariette – Marie-Madeleine    –   Alice Collet –   Joseph Pierron –    Paul Houdard – Paul Aymart-Duvernet  – Georges Loiseau
Jean-Claude Delaporte  – Jean-Claude Richard    – Madeleine      – Marie Virol
Antoine Delzant  – Jacques de Vathaire   – Mathilde Teillol     – Josette Legrelle  –   Jean-Clément Maugeais     – Catherine Martin-Laprade  –
Françoise et Michel Jacquet  – Xavier de Chalendar  – Jean-Pierre d’Harcourt
Jean et Annie Lefevre  – Isabelle Alby  –  Marie-Jo Audollent  –  Odile Pénicaut

Nous espérons les retrouver, un jour, dans ta demeure éternelle.
Nous te prions, Père, en union avec Marie, avec St Joseph, avec tous les hommes de bonne volonté qui ont su témoigner de la vérité et de l’actualité de l’Évangile, eux qui ont gagné la bataille de la vie et de la précarité, eux qui ont semé l’espérance d’un monde meilleur et d’une fraternité à construire. Notre monde est une histoire commune. Il est sacré, le monde, comme est sacré,  l’homme, en Jésus-Christ, notre Seigneur.
Par lui, avec lui, et en lui, à toi Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles. Amen.

José Egilde MANDIANGU

Tags from the story
, ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.