Durant ces jours difficiles pour le monde entier où chacun d’entre nous se retrouve confiné chez lui, je propose aux fidèles de Saint-Merry une petite méditation sur le Cantique des cantiques, à partir du livre que j’ai écrit à ce sujet (1)Élisabeth, Smadja, Prier avec le cantique des cantiques, Salvator, 2015 .
D’aucuns se demanderont pourquoi j’ai choisi ce texte et pas un autre, en ce temps que nous traversons comme une Pâques. Tout simplement parce qu’il nous parle de l’amour que Dieu a pour nous, de l’amour que nous avons pour lui. Il nous appartient d’éveiller cet amour, d’accrocher notre cœur à son cœur. 

Odilon Redon, La Belle Sulamite, 1897, Rijksmuseum, Amsterdam

La Bible juive est un ensemble de trois livres appelé le Tana’h acrostiche des mots Thora (Pentateuque), Néviim (Prophètes), Kétouvim (Ecrits). Le Cantique des Cantiques se trouve dans les écrits, entre le livre de Job et celui de Ruth. D’après la Tradition, il serait l’œuvre poétique de jeunesse du roi Salomon.
Ce chant entra dans le canon biblique sur la décision de Rabbi Akiba qui déclara : « Si tous les écrits sont saints, le Cantique des Cantiques est le Saint des Saints ». Ajoutant que pour le comprendre, il fallait en faire une lecture allégorique était autorisée.
C’est un chant d’amour mystique qui raconte la relation amoureuse de Dieu et de son peuple Israël. Le Bien–Aimé, c’est Dieu, la Bien–Aimée le peuple d’Israël. Dans la liturgie juive, ce Cantique est lu à la fête de Pâques, temps du renouveau de la nature et de la délivrance des enfants de Jacob de la maison d’esclavage. Dieu lui-même, et pas un ange, nous dit l’écriture, est venu les sauver pour les conduire au désert et en faire son peuple, contractant avec lui au mont Sinaï lors du don de la Torah une alliance perpétuelle et éternelle. Il est l’époux, elle est la fiancée – épouse comme l’ont souligné les prophètes Isaïe et Osée et de leur union doit naitre le Messie (Christ en grec) rédempteur pour le salut du monde. Ce chant a donc aussi une portée messianique.
Tout cela n’a pas échappé aux Pères de l’Église. Pour eux, ce texte parle de la relation d’amour entre le Christ et son Église, et tout baptisé, dans un élan de fervente prière peut s’adresser au Seigneur comme au Bien – Aimé.

Pour moi, le Cantique des Cantiques est enseignement du chemin de la rencontre et de l’union entre Israël et son Dieu, le Christ et son Église, l’infini et le fini, la terre et le ciel, la matière et l’esprit, l’âme et le corps, mais aussi celui de tout individu qui désire ardemment, non seulement être relié à son Créateur, mais entrer dans une intimité nuptiale avec lui. 
Ce chant par la voix de la bien-aimée raconte la quête existentielle de tout homme, sa difficulté à vivre dans ce monde de la dualité, à retrouver au milieu de toutes ces contradictions et ces divisions le chemin de l’UN, la maison du Père.
Le Bien – Aimé, saisi par les tourments de sa Bien – Aimée, chacun d’entre nous, vient lui rappeler que l’union entre Dieu et l’Homme passe par la vie du corps, dans le sensible de la chair, notre croix, notre incarnation, qui ne sont pas des chaînes qui nous entravent comme nous le croyons, mais les outils et les leviers de notre transfiguration et de notre résurrection.
Le Cantique des cantiques s’ouvre sur ces paroles de feu prononcés par la Bien-Aimée :

« Qu’il me baise des baisers de sa bouche…

Si l’on me demandait, mais qui donc est cette Bien – Aimée dont le cœur est si brûlant de désir ? Je répondrai, c’est vous, c’est moi, et c’est à chaque fois celui qui emporté par le souffle puissant de sa prière prononce ces mots incandescents.
Qu’il me baise des baisers de sa bouche : Nous entrons à n’importe quel moment de notre existence dans la ronde de ce chant d’amour, qui ne connaît qu’un seul temps, celui du présent éternel, celui de ceux qui s’aiment. 
Je lis ce verset et dans le même temps que j’appelle, je suis appelée, et celui vers qui je crie, me lit et m’appelle à son tour. Telle est la merveille de la pluralité du sens du verbe lire quoré en hébreu, qui signifie aussi appeler.
Qu’il me baise des baisers de sa bouche comme au premier jour, mon Dieu, quand Tu insufflas dans les narines d’Adam une haleine de vie puisée au creux de Tes entrailles, re’hem, lieu de Ta miséricorde. 
Ton souffle, l’intime de Ton intime ne cesse de déplier dans le secret du ventre maternel, nos êtres recroquevillés afin qu’ils se déploient et se redressent dans ce mouvement qui Te mettra à l’intérieur de nous, en marche dans Ton monde.
Oh mon Dieu c’est Ton souffle Saint qui vient respirer en moi en de longs gémissements dans une prière qui Te dit tout mon désir de Toi.
Qu’il me baise des baisers de sa bouche : Viens que je me délecte encore et encore de Ton haleine de vie jusqu’à perdre le souffle, jusqu’à mon dernier souffle qu’en Christ je Te remets.
Seigneur, Ton expiration d’amour est ma respiration de vie.

Élisabeth Smadja

À suivre…

CatégoriesNon classé

Notes

↑ 1. Élisabeth, Smadja, Prier avec le cantique des cantiques, Salvator, 2015

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.