Chemins

« Il fut d’abord une longue silhouette : celle qui traversa un jour de printemps 1981 la salle à manger du CPHB où je venais pour la première fois rencontrer Jean-Claude Thomas, celle des célébrations du dimanche où son aube blanche le rendait plus grand encore, celle des marches en montagne et longtemps tous derrière et lui devant. Car Xavier était d’abord une présence physique, une voix qui demandait invariablement à son interlocuteur : “en bonne forme ?” ». Alain Cabantous se souvient et nous propose ici un portrait de Xavier de Chalendar. Entre partage de la Parole et balades en montagne.

Il fut d’abord une longue silhouette : celle qui traversa un jour de printemps 1981 la salle à manger du CPHB où je venais pour la première fois rencontrer Jean-Claude Thomas, celle des célébrations du dimanche où son aube blanche le rendait plus grand encore, celle des marches en montagne et longtemps tous derrière et lui devant. Car Xavier était d’abord une présence physique, une voix qui demandait invariablement à son interlocuteur : « en bonne forme ? » mais une voix qui savait être d’autorité au service de la Parole comme au service des autres.

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Au service de la Parole dans cette façon très particulière qu’il avait de prendre une ou deux expressions des Écritures, des Évangiles en particulier, afin de nous faire ressentir la richesse de leur sens et, partant, de leurs interprétations possibles, souvent au plus près du quotidien de notre foi. « Laisser chanter les mots », écrivait-il, pour leur donner le temps de faire sens. Je me souviens de sa méditation émouvante sur les pleurs de Jésus devant la mort de Lazare, de ses propositions libératrices en commentant « je suis le chemin, la vérité et la vie », de ses remarques faussement facétieuses lorsque, sur la route d’Emmaüs, il voyait cheminer madame et monsieur Cléophas. Je me souviens encore de son interrogation sur l’interpellation « écoute voir » au sujet de la guérison de l’aveugle-né. C’est déjà lors des préparations du mardi qu’il nous proposait cette lecture apparemment simple. Des préparations parfois un peu directives puisqu’il suffisait d’avoir avancé une remarque pour être requis de commentaire le dimanche suivant. Mais c’était sa manière de casser les cadres habituels de la liturgie classique et surtout de faire confiance à celle ou à celui qui, auparavant, n’aurait jamais pensé oser venir exprimer son expérience ou son témoignage à la suite de Paul ou de Luc ou de Jean. Cette immense familiarité avec les textes lui donnait ainsi une liberté qu’il transmettait aux autres puisque les Écritures, disait-il, n’étaient pas faites pour être seulement lues mais, comme tout ce qui vit, pour circuler, pour communiquer. À nous de saisir cette possibilité, cette chance, cette confiance dans les projets qu’on lui présentait même si parfois, avec l’équipe pastorale, il y avait réticences ou refus argumentés.

Xavier de Chalendar ©fc
Xavier de Chalendar ©fc

Au service des autres aussi grâce à tant d’initiatives pour construire des communautés de croyants « intelligents », je veux dire par là, capables de dire leur compréhension des textes de la foi à l’aune de leur vie, susceptibles d’évoquer leurs désaccords en recherchant d’autres voies plus adéquates avec leurs expériences et leurs engagements propres. Tels furent les objectifs du CIF (Centre d’Intelligence de la Foi), de la revue Aujourd’hui des chrétiens et de l’Arc en Ciel. Ah, l’Arc en Ciel, ce lieu quasi magique, face aux Aravis, au pied du Danay, c’est là, je crois, que j’ai le mieux connu Xavier. À travers les échanges multiples lors des sessions de « peinture », d’« histoire » et bien sûr de « chant » où sa voix de bonze tibétain, rivée éternellement à la note, la plus basse possible, n’était pas toujours en accord avec le reste du chœur. Plus encore grâce aux nombreuses balades en montagne entreprises aux petits matins d’été, le soleil à peine à l’horizon, où le départ qu’il fixait à 6 heures 30 ne tolérait aucun retardataire… Malheur à celui qui arrivait à 6 heures 32, chagrin de voir s’éloigner la petite caravane. Et du Tardevant à la Pointe percée, du Trou de la mouche à la Tournette, alors que le chemin n’était pas encore trop pentu ou au cours des quelques pauses accordées, nous pouvions l’entendre une fois encore passer d’une anecdote de voyage à une réflexion sur la coresponsabilité puis porter attention bienveillante et conseil avisé à l’un ou l’autre qui s’était confié. Il savait de toute façon que nous étions là aussi pour interroger son expérience, pour l’écouter afin peut-être de redescendre des sommets avec une phrase, une remarque qui longtemps nous habiterait.

Xavier, dans ses voyages, dans sa vie, dans sa montagne savoyarde fut pour moi l’homme qui marcha non seulement à la suite du Christ mais, comme ce Jésus qui le fascinait, simplement « l’homme qui marche* » avec.

Alain Cabantous

*livre de Christian Bobin

1 Commentaire

  • Le texte d’Alain évoque bien sûr l’HOMME QUI MARCHE de Giacometti et
    la stature de Xavier de Chalendar ( je ne l’ai connu que de vue) lui convient bien.
    Ce matin, aux infos de France-Inter, quelques minutes dans « Un été avec Victor-HUGO », il a été lu quelques mots d’un poème, où
    le poète regrette, de n’avoir « RIEN ENTENDU d’ ATTENDRI, ni de SENTI « qui vienne du coeur du prêtre à son auditoire – au cours d’une cérémonie ….
    OUI, être UN HOMME QUI MARCHE  » AVEC  » – sachant parler de » SON COEUR » au COEUR, comme JESUS sur les chemins, est le plus beau témoignage – Xavier de CHALENDAR semble avoir été un de ceux là. Qu’il en soit remercié.

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