Claire Danel. La foi en actes

Elle venait de fêter en février dernier ses 101 ans. Claire Danel, très attachée au Centre Pastoral de Saint-Merry et toujours fidèle au groupe du Partage eucharistique du mercredi soir, nous a quittés.
Nous publions ici l’homélie prononcée par Dominique Lambert lors de ses obsèques le 3 juillet dernier

Prendre la vie comme elle vient, comme Dieu nous la donne, vivre à fond les jours et les évènements quand ils sont là, sachant que le malheur est toujours tapi à notre porte. Voilà un résumé succinct de la 1ère lecture entendue aujourd’hui de l’Ecclésiaste, atypique et si moderne par bien des côtés (1)Ecclésiaste 3, 1-11
Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel: un temps pour engendrer, et un temps pour mourir; un temps pour planter, et un temps pour arracher. Un temps pour tuer, et un temps pour soigner; un temps pour détruire, et un temps pour construire.
Un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour gémir, et un temps pour danser.
Un temps pour lancer des pierres, et un temps pour les ramasser ; un temps pour s’embrasser, et un temps pour s’abstenir.Un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter.
Un temps pour déchirer, et un temps pour recoudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler.
Un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour faire la guerre, et un temps pour faire la paix.Quel profit le travailleur retire-t-il de toute la peine qu’il prend ? J’ai vu toutes les occupations que Dieu donne aux hommes. Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps. Dieu a mis toute la durée du temps dans l’esprit de l’homme, et pourtant celui-ci est incapable d’embrasser l’œuvre que Dieu a faite, du début jusqu’à la fin.

On le croit parfois pessimiste parce qu’il observe ce qui se passe « sous le soleil » et conclut qu’on ne peut pas compter sur une justice : il y a des méchants qui vivent longtemps et des justes qui meurent trop tôt, des sages pauvres et des riches idiots. Mais est-ce vraiment du pessimisme qu’affirmer que les seules valeurs sûres sont l’instant présent et la générosité de Dieu qui le donne ?

Il y a « un temps pour tout » et « Dieu fait toutes choses belles en son temps » : chaque temps de la vie a son sens en son moment, affirme l’Ecclésiaste. Ce qui semble effrayant et difficile à un moment donné, peut – avec le recul et une relecture- nous aider à grandir ou avoir des conséquences positives. L’Ecclésiaste propose un regard sur les humains et la société, qui pour être passablement désabusé, n’en reste pas moins pétillant d’ironie, et tourné vers la joie de l’instant présent à vivre pleinement.

Notre ambiguïté nous fait parfois souffrir, nous sommes capables de tout et son contraire. Mais cette liste dans cette lecture fait aussi ressortir la plénitude, la richesse de l’existence faite de ces multiples temps différents. Malgré la brièveté et la fragilité de la vie, toutes ces actions y trouvent leur place.

Nous qui courons après le temps, qui parlons de temps « perdu », nous qui n’avons pas le temps, relisons l’Ecclésiaste et retrouvons un temps pour chaque chose. Il s’agit de saisir et de vivre pleinement le temps présent, qu’il soit heureux ou malheureux. Il n’y a pas de temps perdu, dit l’Ecclésiaste, mais des temps à vivre. Ne pas gommer les moments de peine, ni oublier ceux de joie… Chaque moment peut avoir du beau, même le pire, une fois qu’on prend du recul.

Il n’y a pas de vérité éternelle, le temps passe, tout change. Mais il ne faut pas vivre dans le regret du passé ou dans l’illusion de l’avenir, le temps présent est le seul dont nous disposons.

Avec l’Evangile de ce jour, nous avons à voir que le salut ne s’adresse pas seulement à la fine pointe de notre âme, mais à notre corps tout entier (2)Evangile (Mt. 8,5-10)
Comme Jésus était entré à Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui et le supplia : « Seigneur, mon enfant est couché, à la maison, paralysé, et il souffre terriblement. »
Jésus lui dit : « Je vais aller moi-même le guérir. »
Le centurion reprit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon enfant sera guéri. Moi-même qui suis soumis à une autorité, j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : “Va”, et il va ; à un autre : “Viens”, et il vient, et à mon serviteur : “Fais ceci”, et il le fait. » À ces mots, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. »
Et Jésus dit au centurion : « Rentre chez toi, que tout se passe pour toi selon ta foi. » Et, à l’heure même, l’enfant fut guéri.
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Jésus quelquefois s’approche et touche le malade ou bien il le guérit à distance, comme pour le serviteur du centurion. Mais cela passe toujours par la rencontre personnelle.

Le centurion, un inconnu, sans doute attiré par la rumeur et désigné par sa fonction. Le centurion est un officier dont la parole fait autorité. Les soldats lui obéissent « au doigt et à l’œil ». Le centurion croit en la puissance de la parole : une fois l’ordre prononcé, c’est comme si c’était fait.

Il reconnaît en Jésus cette même autorité et croit de la même manière que la Parole de Jésus se réalisera. Jésus s’adapte au schéma de pensée du centurion. Il n’a pas besoin de toucher le malade. Il dit une parole et le serviteur est guéri.

Vous la famille de Claire qui avez préparé et choisi les textes de cette célébration, vous auriez pu proposer aussi la suite de ce texte qui nous parle d’une autre guérison de Jésus, cette fois avec l’histoire de la belle mère de Pierre. Une femme présentée dans l’Evangile comme une femme d’action plus que de parole. L’évangéliste ne rapporte aucune parole entre elle et Jésus, et elle se remet immédiatement au service. Tout passe par le corps : un regard et un geste. Jésus lui touche la main. Il la rejoint dans sa manière de croire : celle d’une foi en action « Moi, c’est par mes actes que je te montrerai ma foi » (Jacques 2/18).

Oui, Jésus nous relève et nous guérit si nous nous laissons rejoindre par lui dans ce que nous sommes. Cela nécessite une rencontre personnelle à vivre, à désirer, à saisir, à vouloir ! C’est la rencontre de l’inépuisable bonté de Dieu proclamée dans ce psaume chanté tout à l’heure.

Oui, Jésus nous rejoint dans notre quotidien, dans ce que nous avons à vivre aujourd’hui, dans nos instants présents.

Enfants de Claire, vous avez choisi ces textes, car vous avez trouvé que le centurion, « ça allait bien avec maman. Elle savait ce que faire de sa vie. Elle était déterminée. Elle n’était pas dans des choses futiles. Elle demandait des choses simples. Elle savait ce qu’elle voulait » m’avez-vous dit.

Et pour la 1ère lecture, vous m’avez précisé : « Maman était efficace. Dans toutes les situations, elle s’adaptait. Elle était dans le concret, dans la relation à l’autre, prête à écouter ».

Alors, oui, soyons déterminés nous aussi, vivons chaque instant qui nous est donné, à fond. « Cette grande dame, tonique et engagée, si souvent présente aux préparations des célébrations du Centre Pastoral de St Merry. J’ai eu grand plaisir à la revoir le 23 juin dernier. Elle tenait à être présente à cette messe des 50 ans de Gérard » me partageait Eliane.

Soyons témoins de la joie de Dieu. Ayons ce visage souriant de Claire dans nos relations. Soyons pleins d’empathie et de bienveillance les uns envers les autres, comme Claire l’a été ! Portons en nous l’humour qui caractérisait Claire. 

Lors de nos partages eucharistiques du mercredi soir, Jacqueline me rapporte cette parole entendue de Claire : « Quand même Dieu aurait pu inventer autre chose que la vieillesse … ! » avait-elle dit. Avec son humour, sur un ton convaincu, Claire avait une parole qui reflétait le courage de ses opinions, la franchise et la force de la vie qu’elle aimait ». Une autre Claire me partageait : « Ah, cette chère Claire Danel, elle m’a marquée par sa liberté de parole ».

Enfin, Georges me disait : « Claire présentait un visage souriant mais interrogateur sur la vie de l’au-delà. Par exemple, elle se demandait si son mari allait toujours la reconnaître ». C’était en effet une de ses grandes questions, qui revenait régulièrement dans nos partages eucharistiques du mercredi soir : « Mais qu’est-ce qu’il y a de l’autre côté ?».

Désormais Claire, tu vis cet instant présent avec le père de tes enfants. Demeurons dans la paix, et une joie sereine.

Notes   [ + ]

1. Ecclésiaste 3, 1-11
Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel: un temps pour engendrer, et un temps pour mourir; un temps pour planter, et un temps pour arracher. Un temps pour tuer, et un temps pour soigner; un temps pour détruire, et un temps pour construire.
Un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour gémir, et un temps pour danser.
Un temps pour lancer des pierres, et un temps pour les ramasser ; un temps pour s’embrasser, et un temps pour s’abstenir.Un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter.
Un temps pour déchirer, et un temps pour recoudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler.
Un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour faire la guerre, et un temps pour faire la paix.Quel profit le travailleur retire-t-il de toute la peine qu’il prend ? J’ai vu toutes les occupations que Dieu donne aux hommes. Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps. Dieu a mis toute la durée du temps dans l’esprit de l’homme, et pourtant celui-ci est incapable d’embrasser l’œuvre que Dieu a faite, du début jusqu’à la fin.
2. Evangile (Mt. 8,5-10)
Comme Jésus était entré à Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui et le supplia : « Seigneur, mon enfant est couché, à la maison, paralysé, et il souffre terriblement. »
Jésus lui dit : « Je vais aller moi-même le guérir. »
Le centurion reprit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon enfant sera guéri. Moi-même qui suis soumis à une autorité, j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : “Va”, et il va ; à un autre : “Viens”, et il vient, et à mon serviteur : “Fais ceci”, et il le fait. » À ces mots, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. »
Et Jésus dit au centurion : « Rentre chez toi, que tout se passe pour toi selon ta foi. » Et, à l’heure même, l’enfant fut guéri.

2 commentaires

  • Je te remercie, Dominique, pour ta belle homélie prononcée, hier matin, qui est accompagnée de quelques commentaires de ses amis. Claire peut rester avec nous, dans notre souvenir, le témoignage de courage de ses opinions, sa forte conviction pour les réaliser, et toujours avec un certain humour que j’appréciais.

    “Le Ciel, c’est être avec . C’est être avec Dieu, maintenant, déjà, comme on peut. Et aussi pour moi, c’est être avec vous ! ” Claire 2002.

    “Extrait du livret rédigé pour la célébration d’adieu) Jacqueline

  • Messe de Mie 3 juillet 2020 – église Saint Merri

    Ma chère maman,
    Nous savons tous que tu as été une femme courageuse, intrépide, aventurière.
    Ce que tu m’as transmis plus particulièrement, c’est la confiance.
    Confiance en la vie que tu as toujours aimée. Tu ne t’es jamais plainte. Tu avais toujours envie d’organiser des fêtes familiales, des travaux, des réunions entre voisins.
    Confiante en l’humanité, en la possibilité de changements. Ton dernier engagement à plus de 80 ans était pour la semaine de 4 jours avec Pierre Larroutouru, et tes petits enfants collaient les affiches avec toi.
    Confiante en nous tes enfants. A la fin de ta vie tu nous disais souvent combien nous étions merveilleux. Mon fils Julien te remercie d’avoir été « une merveilleuse cheftaine protectrice de la famille ».
    Enfin confiante en Dieu que tu priais avec ferveur, ce qui m’a plusieurs fois émue. Tu étais curieuse de découvrir l’au-delà et espérais bien y retrouver les êtres qui t’étaient chers.
    Je suis confiante que tu seras toujours présente auprès de nous. Et si je suis en blanc aujourd’hui c’est pour montrer cette confiance que tu es dans la joie du Christ.
    Stéphanie

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