Comment rencontrer un ange

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Je viens de revoir sur Arte le 1er novembre, pour la xième fois, un de mes films préférés : Les Ailes du désir  de Wim Wenders.

Après l’exposition Monumenta d’Ilya et Emilia Kabakov (cf sur ce site Voir et Dire), au Grand Palais en mai dernier, c’est une autre façon de rencontrer un ange.

À cette occasion, j’ai tiré de ma bibliothèque le livre éponyme paru en 1992 aux éditions défuntes Jade-Flammarion : 173 pages dont 165 photogrammes 9×14, en noir et en couleurs, le détail des 7055 plans, toutes les didascalies, le texte intégral des dialogues et les poèmes de Peter Handke. Comme les anges, les éditions Jade se sont envolées en emportant  le livre. Si vous ne le connaissez pas, si vous aimez le film, partez à la chasse de ce trésor dans les filets d’internet. Peut-être aurez-vous une chance de le rencontrer.

Là-dessus, le 9 novembre, voilà qu’est célébré, avec lâcher de ballons lumineux dans le ciel et foules en liesse,  le 25ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, Berlin un des personnages principaux du film de Wim Wenders (qui date de 1987). Le titre allemand le dit bien : Der Himmer Über Berlin (Le ciel au-dessus de Berlin). Les anges sont parfois perchés sur la tour ouverte aux vents de Gedächtniskirche (l’église du souvenir) ou sous les ailes dorées de l’ange de la colonne de la Victoire, ils errent comme de vulgaires passants sur Potsdamer Plaz alors enverrier friches, traversent le mur, gris du côté Est, tagué en couleurs à l’Ouest. Or il se trouve, sans me vanter comme l’ont fait certains de nos hommes politiques, que j’y étais, en janvier 89, à Berlin-Est, et en décembre à l’Est et à l’Ouest,  traversant le mur comme le font les deux anges Damiel et Cassiel, mais dans les brèches ouvertes. Coup de cœur : tout un monde resurgit fait d’images, de lumières, de mots, d’odeurs (là-bas on se chauffait au charbon).

Mais ces souvenirs se mêlent à ceux qui hantent le film en des lieux que j’habite aujourd’hui : le métro, la bibliothèque Beaubourg, entre autres.   Vous vous souvenez, vous qui l’avez vu, et vous êtes nombreux, n’est-ce pas ?, de la façon dont Cassiel écoute dans le métro les voix intérieures des voyageurs, approchés l’un après l’autre :  « la femme aux cheveux blancs » qui trouve qu’elle a bien du mal à marcher  ou « l’homme maigre » qui pense, en regardant cette femme, qu’elle n’a peut-être pas assez d’argent pour aller voir un médecin, ou encore la voix de « l’homme triste » que la présence muette de l’ange réconforte mystérieusement.  Parfois, dans le métro, je me demande moi aussi à quoi pensent tous ces gens qui ont si souvent l’air triste.  Et la grande bibliothèque !

" I. et E. Kabakov : Comment rencontrer un ange ".
 » I. et E. Kabakov : Comment rencontrer un ange « .

Ce bruissement des voix intérieures des lecteurs qui se fondent dans le chant d’un violoncelle ! Ah, si l’on pouvait entendre toutes ces voix, toutes ces lectures et ces rêvasseries ! Elles existent bien quelque part, non ? Et ces gens qui vous sourient dans la rue sans que l’on sache pourquoi. Seraient-ils des anges ? Vous souvenez-vous aussi des enfants qui vous regardent en souriant sans vous connaître et qui semblent les seuls à vous voir ?

  Et vous vous souvenez encore, à  la fin, l’ange Damiel qui a souhaité devenir un homme par amour pour la jolie trapéziste (et il y est parvenu, je me demande comment il a fait) rencontre Peter Falk  (l’inspecteur Colombo).  L’acteur américain tourne un film à Berlin et lui révèle que lui aussi était un ange : « Tu es…?  Toi aussi ?  – Eh oui ! Nous sommes beaucoup. » Regardons bien, cherchons bien. Il doit y en avoir autour de nous.

Jean Verrier

2 Commentaires

  • Vie de tous les jours, dans le métro, les jeunes gens et jeunes filles qui d’emblée se lèvent pour offrir leur place – nous ne les reverrons jamais.
    Une jeune fille me voyant arrêtée devant une borne SNCF, sans que j’aie rien demandé « voulez-vous de l’aide » – en fait je savais, mais l’offre était si spontanée que je l’ai laissée faire à ma place.
    Toujours je remercie vivement ces gestes totalement gratuits.
    Mais pour une femme SDF rarement à st Merry mais que j’ai remarquée, j’ai donné l’autre jour une dizaine d’euros (une visiteuse de l’église avait tenue à me les offrir « pour m’acheter une glace…) cette femme de la rue m’a dit « c’est le bon Dieu qui vous envoie.. »
    Pour elle j’étais un ange, comme le sont les jeunes gens du métro pour moi.
    Et j’ose dire que parfois nos animaux domestiques fidèles, affectueux nous prenant comme nous sommes au jour le jour pendant des années, sont pour nous des « anges » d’un genre particulier qui rendent moins douloureuses, bien des solitudes.
    Il suffit parfois d’un regard, d’un sourire, d’un geste banal pour qu’un ange passe….

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