« Comment tes yeux se sont-ils ouverts ?»

Jésus dit : cet homme frappé par le malheur n’est pas coupable. Ses parents ne sont pas coupables. En fait, il n’y a pas de coupable. Le malheur est là et pas de coupable. Que faire ? Que penser ? Attendre, espérer…une transformation, une issue ? Quel courage dans cette attente-là. Quel courage ou plutôt quelle confiance faut-il avoir pour être dans l’espérance au cœur des ténèbres.

Dimanche 30 mars 2014
4ème dimanche de Carême
Année A

Lectures
Premier livre de Samuel 1 S 16, 1.6-7. 10-13a

Seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens  Ép 5, 8-14
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean Jn 9, 1-41

« L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il m’en a frotté les yeux et il m’a dit : ‘Va te laver à la piscine de Siloé. ‘ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

Commentaire de l’aveugle né (9,1-41) et de la lettre de Saint Paul aux Éphésiens (5,8-14)

Aveugle de naissance : la transformation qui va s’opérer chez cet homme est d’une radicalité incroyable. Car le malheur pour cet homme est originel. Il est né comme ça.
Jésus dit : cet homme frappé par le malheur n’est pas coupable. Ses parents ne sont pas coupables. En fait, il n’y a pas de coupable. Le malheur est là et pas de coupable. Que faire ? Que penser ? Attendre, espérer…une transformation, une issue ? Quel courage dans cette attente-là. Quel courage ou plutôt quelle confiance faut-il avoir pour être dans l’espérance au cœur des ténèbres. Le texte ne nous dit pas si cet aveugle né était dans l’espérance mais ce qu’il nous dit c’est que c’était la seule attitude juste puisque le miracle est advenu.
La transformation radicale est donc possible et avec elle l’espérance radicale. Ou inversement.
Et cette espérance me parle car n’avons-nous pas nous aussi parfois l’impression, face à nos démons, tentations, insuffisances, violences, d’être né comme ça ; que ces défauts voire incapacités sont avec nous depuis que nous existons ?
C’est un miracle en 2 temps, un premier temps que l’on pourrait qualifier « du corps» : la salive, la boue, l’apposement des mains, l’eau de la piscine qui enlève la boue.
Puis un temps « de la parole » : Jésus revient comme si son œuvre n’était pas terminée. Il amène notre aveugle guéri à prononcer un credo. Être guéri ne suffit pas à le réintégrer dans son ancienne communauté qui refuse sa transformation (et qui le ramène à son état antérieur dont il est rendu coupable « toi qui es plongé dans le pêché depuis ta naissance ») mais un nouveau lien se tisse avec le Christ, secret (ils sont seuls), profond, intérieur. Quand le miraculé se prosterne devant Jésus, il obéit à son cœur, pas à la règle.
Il me semble que l’on trouve ici les 2 temps de la naissance tels que Jésus les expose à Nicodème : « Je te le dis, c’est la vérité, personne ne peut voir le Royaume de Dieu, s’il ne naît pas d’eau et d’esprit ». Il faut naître 2 fois.
Une fois le miracle accompli : est-ce bien toujours lui ? Non, c’est quelqu’un qui lui ressemble. Et lui affirme : « c’est bien moi ». Il affirme ce faisant que son « moi » n’était pas réductible à son état d’aveugle. Il y a une transformation mais il y a aussi une permanence : le vieux et le neuf se conjuguent pour créer cet homme nouveau.
S’ensuit une discussion passionnée sur le processus qui a rendu la vue à l’aveugle né. Ce miracle vient-il de Dieu ? Ceux qui n’y croient pas invoquent deux raisons :
–  Jésus n’observe pas le Shabbat
– « Celui-là, nous ne savons pas d’où il est »
En gros : nous ne le connaissons pas et il ne respecte pas nos règles. Et nous, sommes-nous capables de prendre au sérieux l’étranger qui ne respecte pas nos règles ? Formulé ainsi, pouvons-nous être si sûrs d’être capables d’accueillir le mystère avec un grand « M » ? (alors qu’aucun d’entre nous ne s’identifie en lisant ces lignes aux pharisiens incrédules..). N’est-ce pas le sens de cette remise en question dont parle le Christ à la fin ? Comment ne pas se figer dans nos certitudes, nos règles, nos habitudes qui nous aveuglent et nous empêchent de voir la « Grande Vie » dont parle Christian Bobin dans son dernier livre ?
Puis, notre miraculé subit un véritable interrogatoire (on pourrait dire musclé) qu’il gère avec courage, insolence, réparti, humour. Son argumentation est d’une logique implacable. Il n’a pas peur, se confronte, voire s’affronte car les injures des Pharisiens (des gens haut placés face à lui ex-mendiant) ne lui « clouent pas le bec ». On pourrait même dire qu’il « en rajoute » en interprétant, à sa façon leur insistance à poser les mêmes questions. « Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? ». Il s’affronte en homme libre ; il endure les injures, puis l’expulsion comme un disciple du Christ qu’il est déjà.
Est-ce cela voir ? Être libre, courageux, digne ?
Au final, il me semble que c’est l’expérience intime qui fait la différence : le seul qui y croit est celui qui en fait l’expérience dans sa chair. Et c’est bien ce que nous dit Paul : « Dans le seigneur, vous êtes devenus lumière ». Comment devenir lumière sans être bouleversée dans son intimité la plus profonde ?
Voici notre miraculé expulsé. Le moins que l’on puisse dire est que sa communauté n’a pas partagé sa joie d’avoir recouvré la vue. Ce faisant, ce n’est pas seulement de sa communauté d’origine qu’il est séparé mais également de ses parents ; ceux-là mêmes dont on nous dit qu’ils redoutaient cette exclusion pour eux-mêmes. En soutenant la vérité du caractère divin du Christ, notre miraculé perd donc sa communauté et sa famille…Un écho au Christ glaive qui sépare le fils de son père…
Transformation radicale, remise en question, inversement des propositions, renversement de perspectives, rupture des liens anciens et tissage de liens nouveaux…Après un tel décapage, nous arriverons sûrement à laisser passer la lumière…
Et vous, comment vos yeux se sont-ils ouverts ?

 Catherine di Maria

Les membres de la communauté assemblée sont invités à inscrire sur un post-it leur réponse personnelle à la question « comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »  Voir les réponses ci-dessous

Méditation à la manière d’une prière eucharistique
Dieu Notre Père nous te louons et nous te remercions dans ce dimanche de printemps bien que notre monde ne soit pas fait uniquement de soleil éclatant et de petites fleurs des champs.
Dans notre quotidien les conflits ne manquent pas, nos intérêts s’entrechoquent avec ceux des autres. Nos points de vue se redissent.
Nous entendons alors, souvent : qui pourra nous ouvrir les yeux ?
Des manières de voir. Des options fortes. Des actions qui soulagent la souffrance. Quelle vision du monde et de l’homme soutient ces êtres dont la présence dissipe les ténèbres, illumine   l’intelligence et rend vivant tout ce qui dépérit ?
A quelle expérience pourrons-nous faire appel  pour rendre compte de notre foi ? Que répondre à la question incontournable : « comment se sont-ils ouvert tes yeux ? »
Une seule réponse : l’homme qui s’appelle Jesús nous a ouvert les yeux et le cœur. La conclusion s’impose : nous ne pouvons que te remercier pour ce don, ton Fils notre Seigneur. Par Lui et pour lui nous te remercions et nous te chantons.

Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. Impossible de l’éviter. Voir et ensuite regarder. Regarder et passer en revue ensuite nos vies. Pour porter alors notre regard vers l’avenir. C’est la vision, l’expérience de la croix comme condensé et expression de la vie de notre Seigneur qui s’offre à nos yeux. Une vision de mort et une expérience de vie. Car c’est Toi, Dieu notre Père qui, par ton Esprit, a réalisé l’inimaginable : passer par la mort et la traverser pour arriver à la vie sans fin. Et nous l’avons vu. Nous voyons le Vivant. Que ce même Esprit, nous t’en prions fasse que ce pain et ce vin soient les signes visible de la réelle présence de Jésus, ton fils notre Seigneur, parmi nous.
Faites cela en mémoire de moi. Actualiser tout cela. Rendre présent tout cela. Re-présenter la vie, la mort et la résurrection de notre Seigneur. Nous ne pouvons que te rendre grâce, Dieu notre Père, car nous avons l’expérience, le vécu de cette présence de notre Seigneur. Ce qui nous donne la force d’attendre dans la joie son retour.
L’expérience nous avons aussi de bien de choses négatives, de manques, de nos insuffisances, de nos petitesses, de nos intérêts camouflés par de grands mots. Expérience douloureuse. Mais nous ne sommes pas seuls. Ton Esprit est avec nous. Nous te le demandons instamment. Qu’il fasse d’abord de  tous ceux qui partagent le Repas du Seigneur un seul corps et un seul esprit, ta communauté véritable, ton Eglise. Une Eglise qui, en elle-même et ailleurs, fasse reculer les ténèbres dans tous ses versions. Et qu’une lumière vivifiante envahisse le monde et que nous en soyons les témoins éclairés.

Jésus Asurmendi

 

Comment tes yeux se sont-ils ouverts ?

(Sont repris ci-dessous les grands axes des réponses,  ainsi que quelques expressions particulièrement parlantes)

D’abord un questionnement   renouvelé de nombreuses fois
Mes yeux sont-ils vraiment ouverts ? Serais-je capable de ne pas exclure l’étranger qui voit ? ai-je été attentive au moment où Dieu a touché l’aveugle en moi ?
Est-ce qu’ils sont ouverts ou pas ?? je ne sais
A peine entrouverts… par la petite fente j’essaye de voir
S’ouvriront-ils ? la guérison n’est pas totale, le sera-t-elle un jour ?mais j’essaye de les entrouvrir… c’est une lutte quotidienne pour acquérir la vie/La Vie
Et il faut les garder ouverts, lutter contre les clignotements … c’est une suite de rencontres qui les réveillent de temps en temps
Ils clignotent seulement en ce temps de déchirure : la mort de mon compagnon

Mes yeux se sont ouverts par la vie, long cheminement

  • En voyant la pauvreté des gens, les plus humbles, l’hivers solidaire, le contact avec les forains, ATD quart monde, le Secours Catholique du 93
  • L’humanité de personnes de mon entourage
  • La « justesse »
  • 4 mois à l’hôpital
  • l’injustice envers certains peuples(Palestiniens notamment)
  • quand les questions se posent face aux bonheurs et aux malheurs des autres
  • la relecture des évènements forts et douloureux de ma vie
  • Les épreuves, les difficultés, les échecs, les » bugs » de toutes sortes
  • par mes bébés
  • par l’amour d’un visage
  • par la diminution de ma suffisance
  • en prenant de la distance
  • « en ayant le courage d’aller au delà des interdits sexuels, sociétaux, ecclésiaux :    conquérir sa liberté pour oser être un  peu plus homme responsable, humblement. »
  • « A la fois naturellement en étant attentive au fonctionnement de mon corps ; a la fois spirituellement en reconnaissant que dans cette très simple action, pleine de réceptivité, se trouve entièrement Dieu nourrissant, Dieu présent, Dieu vivant »
  • Après la mort de son aîné, promesse de dire toujours  la vérité à son  petit frère
  • Le travail régulier avec des étudiants d’un pays ravagé mais riche en humanité.
  • Christiane, aveugle de naissance, son courage, sa demande d’être reconnue, ,respectée, aimée.
  • Un bisou tous les matins

 

Mes yeux se sont ouverts par la rencontre des autres
Par l’ouverture à l’autre

  • Dialoguer pour dire avec courage ce qui est difficile
  • L’acceptation des différences
  • L’écoute « qui me sort de mes certitudes »
  • « mes yeux se sont ouverts sur l’autre quand mes oreilles ne pouvaient le comprendre »
  • les amis

Par la qualité de la rencontre

  • La bienveillance des autres m’a fait comprendre que les autres ne pouvaient pas me tuer
  • Leur confiance « tu vas y arriver ! »
  • « cette jeune femme noire à l’hôpital qui m’a tendu la joue et ouvert les bras »
  • La main tendue

Par l’action avec les autres

  • Leur courage à être,

Par l’amour

  • Devant la joie de l’amour concret de mes frères
  • Quand j’ai été aimé
  • Un amour impuissant et totalement gratuit, pas éteint par la mort
  • « il m’a tiré de la nuit de l’alcool »
  • ma grand-mère, ma famille

Par leurs interpellations

  • Une phrase de colère d’une amie
  • Le regard aimant de ma femme qui me fait prendre conscience d’attitudes fermées aux autres
  • Par l’exemple de personnes, leur générosité », leur attention, leur écoute
  • Un gendre qui accepte son cancer avec courage et presque joie

Par leur foi

  • Devant la beauté de la foi des autres

Par une lecture « La Foi ou la reconnaissance » J.Cl Barrault

Mes yeux se sont ouverts par ma rencontre avec l’Eglise et ses propositions

Rencontre de la Parole – progressivement…

  • En croyant à la force de la parole de Dieu
  • En lisant les Evangiles (saint Luc en continu)
  • L’horizon pascal
  • Le triple reniement de Pierre …Liberté d’être
  • Au jardin des oliviers quand Jésus tente de ne pas mourir

Rencontre du Christ

  • Le Christ m’aime gratuitement sans rien exiger en retour
  • Conversion brutale dans une église à 33 ans « une voix intérieure me disait : « tu es unique, je t’aime, ici tu es chez toi » tout mon être s’est ouvert
  • Attrait de la communion un soir de noël
  • La prière
  • Dans un  songe de ma jeunesse, la Vierge m’a donné la communion en me disant : « prends soin de Lui »…
  • « dans mes déserts de solitude »
  • une lumière dans la nuit …je me suis senti aimé
  • A Vigiles le 278 août 1990 à l’abbaye de la Pierre Qui Vire
  • La confiance
  • A 26 ans à mon baptême
  • « un grand ciel sombre et en même temps plein de lumi_ère  au dessus du cloître Saint-Severin
  • Par une certitude que le Christ est libérateur

Rencontres de prêtres

  • Un prêtre m’a dit que malgré le rejet apparent de l’Eglise envers moi, j’avais ma place dans le corps du Christ
  • Les prêtres rencontré dans la jeunesse
  • « l’humanité dans ses yeux : chacun de nous est bon et je ne suis coupable de rien. Main tendue :je ne suis plus seule »

Rencontre de communauté

  • Chaque dimanche à S.Merri
  • Les six/six
  • Les préparations de messe à S.Merri
  • La Mission de France
  • Le christ je le découvre au milieu des autres, avec eux
  • Pratique des Exercices Spirituels
  • La demande de baptême de mes enfants adolescents
  • L’équipe d’étudiants
  • Rencontre de vrais disciples : notre pape, les fondateurs d’œuvres chrétiennes ou humanitaires
  • L’aumônerie du lycée, le MEJ, les Scouts
  • A l’occasion d’un FRAT à Lourdes

Par la grâce du Seigneur

 

Prières
Dieu ouvre-moi les yeux de plus en plus, ne les referme pas !
Je connais ma nuit, fais-moi connaître Ta lumière
Seigneur ouvre mes yeux !
Comment savoir quelle est ta vie si je n’accepte ma mort ? Alors je crois qu’enfin mes yeux s’ouvriront « espèce d’incrédule !!! »
Hélas ils sont fermés… à la beauté et à la gloire de Dieu. Priez pour moi
Guéris-moi, je veux te voir
En ce moment j’ai tant besoin  que tu ouvres mes yeux, je ne vois plus rien, je tâtonne.

Des formules évocatrices

« Ouverte grâce à l’écho de la parole : L’œil et l’oreille se soutiennent pour que je vive au monde »
Mes yeux se sont ouverts avec cette parole : « la résurrection c’est ici et maintenant »
Des yeux pour entendre ce qui n’est pas dit

 

Tags from the story
, , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.