Communication nonviolente. Suite

Pourquoi notre manière de communiquer, parfois, nous met face à des obstacles, à des tensions et donc à des incompréhensions ? La communication non-violente n’est pas l’apanage des chrétiens, mais est-elle pour eux une option facultative ou obligatoire ?

Tel était le sujet du  Parler la bouche pleine du 16 mars. Voici le résumé de l’intervention de Franco Salvini, psychopédagogue et musicien. 35 personnes environ ont participé à cet échange passionnant, le débat a été particulièrement riche. Plusieurs ont exprimé le besoin d’approfondir la réflexion sur ce thème, mais comment ? A suivre ….

Jacques Debouverie

Communication-non violente

Parler de communication-non violente nous invite à répondre  à la question : « Est-ce que  ma communication est violente ? » J’imagine que chacun de nous pourrait se dire : « Eh, non, ma communication n’est pas violente.
Alors regardons nous de près. Pourquoi il y a tant de conflits, des incompréhensions  dans les relations humaines, dans la famille, dans la société, au travail, entre les pays, entre les religions, ainsi de suite ? Nous sommes tellement habitués à vivre dans la communication violente que cela  semble ne pas nous concerner. Nous appartenons à une culture, à un pays, à une famille, à une société et tout ce qui se passe nous semble avoir une apparence plus ou moins acceptable.

Qui oserait dire que dans notre culture, dans notre éducation, dans notre manière de penser, de parler, de créer des relations il y a de la violence ? Comment définir, alors, l’intolérance, l’opposition, l’agressivité qui se manifeste quand nous sommes confrontés à une idée, à un comportement qui ne corresponde pas à notre vision de vie, à nos modèles traditionnels, à notre manière de penser et de voir les choses ? Dans ces cas, et pas seulement dans ce cas, notre façon de communiquer s’altère, réveille en nous des sentiments d’opposition, quelques fois très forts et qui engendre des ruptures dans les relations.

Vouloir affirmer ses propres opinions sur les autres et contre les autres ne se fait pas dans la sérénité, mais dans le contraste, dans le conflit qui génère des ruptures, des incompréhensions, des souffrances. Il y a un jeu de forces contraires, où le pouvoir cherche à avoir raison sur l’autre. Et comment se fait cela ? Nous sommes toujours baignés dans une culture gouvernée par le jugement, un jugement de valeur et aussi un jugement moralisateur. Le jugement c’est un mécanisme tellement ancré en nous que juger est devenu un comportement naturel, spontané.

Il est important ici de ne pas confondre jugement de valeur et jugement moralisateur. Nous donnons un jugement de valeur sur les qualités auxquelles nous attachons de l’importance dans notre vie, par exemple : l’honnêteté, la liberté ou la paix. Nous portons des jugements moralisateurs sur les gens et les comportements qui ne sont pas dans la ligne de nos jugements de valeur.

Outre que le jugement moralisateur ce qui entrave la communication c’est la comparaison. Se comparer aux autres c’est une manière de s’empoisonner la vie et d’entraver la bienveillance envers soi-même comme envers les autres. La communication aliénante est également associée à l’idée selon laquelle certaines actions méritent récompense, tandis que d’autres méritent punition. Nous sommes portés à étiqueter, catégoriser, exiger et porter des jugements, plutôt qu’à prendre conscience de nos sentiments et de nos besoins.

La communication-non violente veut nous aider à ouvrir les yeux sur notre manière de communiquer et nous faire découvrir un mode de communication qui nous rend conscients des conséquences de nos actes, de nos attitudes, de nos comportements. Nous invite à assumer sa propre responsabilité et à reconnaître la responsabilité de l’autre en dehors d’une communication conflictuelle.

Qu’est-ce que la communication-non violente ? C’est un mouvement, apparu dans les années 1970, créé par Marshal B. Rosemberg. La CNV sous-entend que notre communication est créative, empathique, qui cherche à reconnaître en nous, et dans les autres, notre état naturel de bienveillance au sens où l’entendait Gandhi. Car, bien que nous poussions avoir l’impression que notre façon de parler n’a rien de « violent », il arrive souvent que nos paroles soient source de souffrance pour autrui ou pour nous-mêmes.

La CNV repose sur une pratique du langage qui renforce notre aptitude à conserver nos qualités de cœur, même dans des conditions éprouvantes. Son objectif est de nous rappeler ce qui fait la valeur profonde des interactions humaines et de nous aider à les vivre avec cette conscience, de reconsidérer la façon dont nous nous exprimons et dont nous entendons l’autre. Les mots ne sont plus des réactions routinières et automatiques, mais deviennent des réponses réfléchies, émanant d’une prise de conscience de nos perceptions, de nos émotions et de nos désirs, portant sur l’autre un regard empreint de respect et d’empathie. Nous sommes à l’écoute de nos besoins les plus profonds et de ceux de l’autre.

La CNV , au lieu de critiquer et de juger nous invite à être attentifs à ce que nous observons, ressentons et désirons pour découvrir l’ampleur de notre propre bonté naturelle. Elle privilège la qualité de l’écoute de soi et de l’autre avec respect, attention et empathie.

 

10.Démarche. Question : a) « Sommes-nous conscients des souffrances, des incompréhensions causées par une manière ordinaire de communiquer ? b) « Avons-nous le désir authentique de mettre en place une communication empathique, bienveillante, dans la compréhension de soi et de l’autre ? »
Avec la CNV nous apprenons à définir et à formuler clairement ce que nous souhaitons dans une situation donnée. Cette démarche, pour élémentaire qu’elle paresse, est un puissant moyen de transformation. En se libérant de nos vieux schémas de défense, de retraite ou d’attaque nous sommes amenés à une perception neuve de nous-mêmes et des autres, mais aussi de nos intentions et de nos relations.

Lorsque une personne ou un groupe fait quelque chose qui ne correspond pas à nos valeurs, on a la réaction spontanée à donner des jugements, à évaluer, à critiquer. Alors que nous pourrions simplement dire ce que nous observons, ce que nous ressentons, ce que nous pensons, ce que nous désirons. Tout cela exclut tout jugement. Je prend toute la responsabilité sur moi. C’est une autre forme de langage qui s’impose à nous si voulons que les relations humaines expriment de la bienveillance et pas de la violence.

11.Pourquoi notre manière de communiquer, parfois, nous met  face à des obstacles, à des tensions et donc à des incompréhensions ?  La réponse est immédiate : Nous avons une méconnaissance de soi, de notre manière de fonctionner, d’être conscient des effets de nos comportements, de notre manière de communiquer et donc méconnaissance de l’autre. Nous sommes ignorants de tout ce qui concerne notre monde intérieur, nos sentiments, nos émotions, nos désirs, nos pensées. On attribue la responsabilité de nos sentiments aux autres  en créant sentiments de culpabilité. C’est encore le jugement notre réaction immédiate aux événements de la vie. C’est comme si, sur le plan psychique, on est dominé par tout ce en quoi on est identifié. Il y a la nécessité de rechercher en nous un point stable qui puisse être notre centre, notre centre de conscience, qui a la capacité d’observer, de voir clairement et diriger les différentes parties de nous-mêmes qui  ont besoin d’être harmonisées. C’est un travail qui se fait dans le silence et qui demande de l’attention, la présence à soi-même, la capacité d’être à l’écoute.

 

Franco Salvini.

 

Des livres de références :

1. Marshall B. Rosemberg, LES MOTS SONT DES FENETRES, Ed. La Découverte, Paris, 1999, 2002, 2005.
2. Yhomas D’Ansembourg, CESSEZ D’ETRE GENTIL SOYEZ VRAI!, Les éditions de l’homme, (Montréal, Québec) 2001.
3. Marshall B. Rosemberg, LA COMMUNICATION NON-VIOLENTE au quotidien, Jouvence éditions (Genève) 2003.
4. Marshall B. Rosemberg, NOUS ARRIVERONS A NOUS ENTENDRE!, Jouvence éditions, 2005.

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