vierge St Merry Nuit Blanche 2006. ©fc

Convocation de saints à l’accueil de Saint-Merry

L’église est rarement vide, un va et vient incessant de visiteurs anime cet espace sacré. La grande ouverture de la nef et la disposition des chaises invitent aux parcours, d’un point de vue à l’autre pour les photographes ou d’un recoin à l’autre pour le recueillement. L’accueil est attente, disponibilité, silence, prudence, car il ne faut ni effaroucher, ni blesser ni bousculer par un pas en avant de trop, un geste trop vif, un regard trop appuyé, un sourire qui s’éternise…

Arrive vers la table de l’accueil une femme imposante, à la démarche pesante, lourde et pourtant vive, décidée. Elle choisit avec détermination les papiers sur l’église et repart aussi résolue. Pas d’échange juste une halte, toutes deux conscientes de notre proximité silencieuse.

Quelques temps plus tard je la vois revenir, hésitante, s’arrêter et constater sans me regarder : « Je n’ai pas trouvé sainte Rita  – oui, je ne sais si elle est ici –  j’ai trouvé saint Antoine – oui – et aussi une femme avec un enfant dans les bras – oui, la Vierge Marie et l’enfant Jésus – vous savez… mon fils a perdu son emploi et je viens mettre un cierge. Saint Antoine ça pourrait aller, il fera l’affaire ? ou la Sainte Vierge ? qu’est ce que vous feriez vous ? –  je le mettrais à la Sainte Vierge parce qu’elle est la Mère de Dieu » m’entendis-je répondre, un peu éberluée par ce choix spontané. Et dans un grand sourire partagé tout s’illumina. Cette femme repartit d’un pas allégé et je ressentis tout d’un coup le poids vivant de l’Eglise, bruissant de cette multitude de croyants venus oser leur plainte, élever leur prière, éclairer leur requête.

Le froid avait cédé, il faisait bon dans l’église.

Catherine Charvet

Billet du dimanche 5 mars 2017

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