C

Coup de foudre pour des musulmanes

En juin 2013 alors que j’étais Vice-présidente d’un centre de soins aux torturés, Parcours d’Exil, je suis devenue Présidente d’une petite association née d’un groupe de parole créé pour des patientes, SOS Africaines en Danger. Il s’agissait de jeunes femmes réfugiées d’Afrique de l’Ouest, musulmanes, francophones, originaires pour beaucoup de Guinée et demandeuses d’asile.

Elles avaient fui l’excision et le mariage forcé subis enfant et venaient chercher la liberté en France. Toutes étaient victimes des crimes d’excision et de viol conjugal répété du vieux polygame auquel leurs pères les avaient vendues. Mais toutes aussi étaient des battantes, des femmes qui avaient osé s’élever contre les traditions ancestrales, ce pourquoi elles risquaient de subir le crime « d’honneur » si elles étaient reprises par leur père ou mari pour avoir « déshonoré la famille ».

Aucune de ces jeunes femmes n’avait encore été convoquée à l’OFPRA. Sans papiers, elles ne pouvaient déposer leurs statuts à la Préfecture. C’est ainsi que je suis devenue la première Présidente de SOS Africaines en danger, les africaines en danger étant leurs fillettes laissées au village, en risque d’excision, leur cauchemar.

Je me suis présentée à ces femmes en leur disant pourquoi j’étais solidaire de leurs combats. Je leur ai expliqué que j’étais née en 1938 sous le régime de l’incapacité juridique de la femme mariée, qu’en 1961 lorsque je me suis mariée je devais obéissance à mon mari, qu’en 1962 et 1964 quand sont nés nos enfants mon mari était le seul à avoir l’autorité parentale, et tous les combats que nous les femmes en France nous avons menés au XXème siècle pour parvenir à l’égalité femmes/hommes en droit, sinon dans la vraie vie. Elles étaient très étonnées que nous aussi nous ayons connu la domination masculine, mais tout aussitôt elles m’ont rétorqué « si vous avez gagné tous ces combats, nous aussi on gagnera le nôtre ».

Ainsi est né entre elles et moi un attachement à nos valeurs communes et un amour réciproque malgré nos différences : elles sont jeunes, noires, musulmanes, excisées, souvent peu instruites du fait de leur mariage précoce, souvent bourrées de cicatrices car le vieux polygame non seulement les a violées mais aussi torturées, et moi je suis très âgée, blanche, chrétienne, bien portante, et bourrée de diplômes.

Pour leur statut de réfugiée je les forme chez moi à savoir répondre à un Officier de protection et je les assiste à l’entretien à l’OFPRA, l’Office Français de Protection Pour les Réfugiés et Apatrides, comme Tiers Accompagnant.

En dehors de nos actions tant en Afrique qu’en France pour faire baisser l’excision, je suis devenue leur grand-mère, je leur apporte à nos réunions les livres que me donne mon libraire, les objets de toilette que collecte mes amis. Elles savent que je serai toujours là pour elles et elles me rendent au centuple l’affection et l’admiration que j’ai pour elles.

La vie m’a conduite à un voyage vers l’autre que je ne soupçonnais pas devoir vivre.

Danielle Mérian

CatégoriesNon classé
Danielle Mérian

Devant l’horreur des photographies des camps de concentration, elle a décidé de devenir la voix des sans-voix. Quarante-deux ans avocate au barreau de Paris, elle s’est consacrée à la défense des droits humains pour : l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture et de la peine de mort (ACAT), Prisonniers Sans Frontières qui humanise les prisons en Afrique de l’Ouest (PRSF), Parcours d’Exil, centre de soins aux torturés, SOS Africaines en Danger, pour de jeunes réfugiées musulmanes ayant fui l’excision et le mariage forcé.

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.