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Covid. Faut-il manifester pour le maintien des messes dominicales ?

Au milieu de la lutte contre le Covid, des manifestants, puis la Conférence des évêques, ont mis en cause, au nom des catholiques, les décisions du gouvernement. Jean de Savigny analyse les raisons, souvent controversées, de ces revendications.

Ainsi, “les” catholiques manifestent contre l’interdiction de se réunir dans les églises pour la messe dominicale: des rassemblements sont organisés sur la voie publique ; la Conférence des évêques de France saisit la justice ; des représentants du clergé s’invitent dans les médias pour s’indigner que le gouvernement refuse aux paroissiens les dérogations qu’il accorde aux clients des grandes surfaces ; des représentants de l’Église s’associent à ceux des autres religions pour presser le Premier Ministre de revenir sur “une atteinte à un droit fondamental de notre démocratie”.

Un tel déchaînement interroge non seulement les catholiques mais aussi les autres citoyens actuellement soumis aux contraintes du confinement.

La première question est d’ordre juridique : y a t-il atteinte à la liberté du culte, principe qui inclut traditionnellement que l’État n’intervient pas dans l’organisation, par chaque religion, de ses pratiques cultuelles ? Comme toutes les libertés, celle-ci s’exerce dans le cadre des lois qui la réglementent. C’est donc à l’État et plus généralement aux pouvoirs publics de fixer sous le contrôle du juge les limites de l’exercice de ce droit. Par exemple, il appartient à l’autorité détentrice du pouvoir de police d’autoriser les manifestations religieuses extérieures telles que prières sur la voie publique, processions, etc. Le gouvernement est donc dans son droit lorsqu’il interdit temporairement les réunions dans les églises pour un motif d’ordre public, comme il le fait à l’égard des entreprises, des commerces ou des particuliers, tout en prévoyant certaines dérogations telles que l’ouverture des magasins délivrant des produits dits “essentiels”. De la même façon, autorise t-il, par dérogation, les réunions dans les églises pour les mariages ou les enterrements.

Doit-il aller plus loin et, comme le demandent certains responsables catholiques, reconnaître comme tout aussi essentiel le droit de se regrouper pour prier le dimanche, considérant que, sinon, il encouragerait implicitement une évolution progressive de notre société vers un matérialisme tout-puissant ? Sur ce point, le Conseil d’État a répondu en validant la décision du gouvernement. On imagine mal en effet l’État chercher à s’introduire au sein des pratiques religieuses pour tenter d’y distinguer celles qui lui paraîtraient “essentielles”.

Ce sera donc à l’Église catholique elle-même de le faire et notamment de répondre à cette interrogation : la messe dominicale revêt-elle un caractère si sacré qu’il importe que ses fidèles puissent y assister de manière présentielle, même en cas de danger ? Trois remarques aideront à éclairer cette question.

1 – Il n’existe dans cette Église aucun dogme qui fasse obligation à ses pratiquants de participer à l’eucharistie le dimanche, ainsi que, par exemple, on l’observe dans la religion juive pour ce qui concerne le sabbat. C’est au cours de l’histoire qu’est apparu le besoin de consacrer un jour de la semaine au partage d’un repas et à la prière, en référence au jour de la résurrection du Christ. Il n’y a pas si longtemps que le catéchisme, fidèle à cette tradition, faisait obligation aux fidèles non seulement d’assister à la messe dominicale mais aussi de s’abstenir de tout travail ce jour-là.
L’esprit de ce dimanche chrétien s’est beaucoup altéré de nos jours. Il appartient aujourd’hui aux autorités religieuses de définir sous quelles formes devra se revivre la mémoire du sacrifice du Christ compte tenu de l’évolution de la société et dans le cadre imposé par les circonstances ( notamment sanitaires pour ce qui nous concerne présentement). C’est ainsi que de nombreuses paroisses ont organisé spontanément des célébrations en utilisant des moyens numériques pour faire face aux contraintes actuelles.

2 – L’interdiction de se réunir physiquement pour célébrer l’eucharistie est l’occasion pour les catholiques de s’interroger sur la signification qu’ils donnent à ce rassemblement hebdomadaire. Que reste t-il aujourd’hui de l’enthousiasme des rassemblements pour la “fraction du pain” instaurée dés les débuts du christianisme, auxquels les manifestants de dimanche dernier paraissent tant tenir ? Est-elle joyeuse participation collective à un renouvellement du sacrifice du Christ ? Est-elle source et concrétisation d’une rayonnante communauté paroissiale ? Ou n’est-elle qu’une rituelle rencontre mondaine ? Trop de messes dominicales donnent un spectacle qui laisse songeur sur la réponse. En tout cas, la plus élémentaire manifestation de l’altruisme chrétien sera d’abord d’éviter que ces rassemblements n’entraînent le moindre risque, pour ceux qui souhaitent y participer.

3 – Le souci de fraternité auquel devraient être sensibles les chrétiens s’étend aux personnes de la paroisse géographique privées de leurs relations sociales et de tout ou partie de leur revenu par le confinement. Elles seraient en droit d’attendre de ceux qui se rassemblent habituellement dans l’église voisine des gestes de solidarité traduisant l’esprit de charité prêché par le Christ au nom de qui ils se retrouvent. D’ailleurs, celui-ci ne les y a t-il pas conviés implicitement lorsqu’ils demandait à ses disciples d’aller se réconcilier avec leurs proches avant d’aller présenter leur offrande à l’autel ? Cela peut être un thème de méditation pour ceux qui manifestent pour la possibilité de se retrouver le dimanche puis vont passer, en toute bonne conscience, leurs commandes à Amazon !

C’est cet esprit de charité pour temps de Covid que l’on aurait aimé voir rappeler plus souvent par les autorités catholiques plutôt que des paroles de soutien aux réclamations bruyantes sur le retour de la messe dominicale.


Jean de Savigny 

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